Congrès de QS : La véritable «audace», c’est la lutte pour le socialisme!

On sait désormais quelle vision «audacieuse» et «réaliste » Québec solidaire nous propose pour les prochaines élections provinciales. Le parti visera les classes moyennes avec un discours anti-CAQ axé sur l’environnementalisme et le financement des PME. Le congrès de novembre s’est bien gardé d’attaquer la propriété des grandes compagnies et des géants de l’immobilier.  Le […]

La crise du logement étudiant s’accentue

Comme pour la majorité des gens, le logement est en train de devenir une dépense de plus en plus impossible à couvrir pour la population étudiante. Pourtant le premier ministre du Québec et son gouvernement nient l’existence de la pire crise du logement depuis 20 ans. Durant la pandémie covidienne, la classe ouvrière a particulièrement […]

Rassemblement de solidarité près du 234 rue Hickson

S’organiser politiquement pour stopper les rénovictions dans Verdun!

Une nouvelle locataire de Verdun s’est fait évincer hier par un propriétaire véreux. En l’espace d’une semaine, cette dame est la 7e personne à être évincée du 234 Hickson. L’immeuble est maintenu dans un état d’insalubrité depuis des années. Si la dame devait effectivement être évacuée de cet endroit, elle n’aurait toutefois pas dû l’être selon les termes et au profit du propriétaire. Une trentaine de personnes sont d’ailleurs venues faire le guet en solidarité avec elle.

Comme une dizaine de hotspots de Montréal, le 234 rue Hickson est bien connu des services policiers. Prostitution, trafic de drogue, violence domestique, tout y passe. Il représente aussi une « ressource privée » pour certains services en santé et services sociaux de Verdun. Depuis des années, cet immeuble de 32 unités est utilisé comme une maison de chambres bon marché pour y loger des personnes démunies, qui utilisent des drogues injectables, qui sont en détresse psychologique ou qui nécessitent des soins adaptés. Profitant de leur vulnérabilité, le propriétaire ne leur a offert que l’insalubrité et le mépris.

 

Immeuble insalubre et dangereux

« Des rats, des punaises de lits, des coquerelles… on a tout eu, lance Debbie, une ancienne locataire déménagée le 1er mai dernier. Maintenant, il y a des excréments humains dans des corridors depuis que des gens ont défoncé les portes et les fenêtres pour dormir dans les appartements vides. » Debbie explique la stratégie du propriétaire pour se débarrasser des locataires : « Il ne fait pas les réparations. Il ne fait pas exterminer la vermine. Il laisse tout pourrir jusqu’à ce que les gens n’en peuvent plus et quittent. » Elle souligne que plusieurs personnes, ne connaissant pas leurs droits, se sont fait expulser du jour au lendemain sans compensation.

Le 234 rue Hickson est aussi connu des services du cadre bâti de l’arrondissement de Verdun. Sur la liste des endroits à surveiller, l’immeuble a été le théâtre d’une intervention réalisée par 10 inspecteurs au printemps dernier. Leur travail a révélé que l’intérieur de l’immeuble était complètement à refaire. La structure demeure toutefois sécuritaire. C’est ce qu’il fallait au propriétaire pour avoir légalement les coudées franches et virer tout le monde afin de tout rénover en prévision d’offrir de nouveaux appartements luxueux.

 

« Gentrification par l’abandon »

Cette pratique de la « gentrification par l’abandon » est dénoncée par le Comité d’action des citoyennes et citoyens de Verdun (CACV). Averti in extremis, le CACV a mobilisé des travailleuses de rue et quelques ressources pour la dame évincée hier. Le 234 rue Hickson est officiellement la propriété d’une compagnie à numéro (10558486 CANADA INC.) qui possède aussi trois autres immeubles à Montréal. Le propriétaire a d’ailleurs un antécédent qui parle de lui-même. Devenu dangereux, l’un de ses anciens immeubles fait partie des rares bâtiments à avoir été repris par la ville tellement il a été laissé à l’abandon. Les bureaux de cette compagnie enregistrée en juin dernier sont répertoriés au 1635, rue Sherbrooke Ouest, suite 200.

A-t-on affaire à un propriétaire véreux (slumlord)? « Oui », répond spontanément Debbie. Alors pourquoi le conseil d’arrondissement de Verdun ne fait-il rien de sérieux pour empêcher ces personnes de profiter de la misère des autres? Pourquoi les propriétés gardées insalubres pendant des années, au su et au vu des toutes les institutions publiques, ne sont-elles pas expropriées sur le champ par la ville et reconverties en logements publics et abordables?

 

L’histoire aurait pu être différente

Dans une société où l’on se soucie du bien-être des gens, la dame en question n’aurait pas été évincée par un huissier sans savoir où aller, faute d’argent. Elle aurait été évacuée de son taudis infesté de vermine par les services publics. L’arrondissement lui aurait offert un logement public, à prix modique et répondant à ses besoins particuliers.

Dans une société où l’on se soucie de la santé mentale des gens, un système de santé et de services sociaux publics massivement financé offrirait ses propres établissements. Son personnel bénéficierait de conditions de travail lui permettant de faire les suivis et les démarches requises avec les ressources adéquates.

Mais dans notre société capitaliste, la classe dirigeante ruine nos services publics, notre environnement, notre santé et nos conditions de vie pour le profit. Les grands propriétaires profitent de la forte demande en logement pour élever les prix des loyers ou négliger l’entretien de leurs immeubles. Ceux et celles qui portent l’odieux de cette crise de la gestion capitaliste du logement siègent sur les conseils municipaux et les assemblées législatives. Ce sont ces personnes qui déroulent le tapis rouge aux vampires de l’immobilier en leur laissant faire des flips ou acheter des quartiers entiers.

Il n’y a pas un palier gouvernemental pour racheter l’autre. Le conseil d’arrondissement de Verdun, dont le maire a fait carrière dans l’immobilier, laisse aller la gentrification depuis des années, tandis que l’équipe à la mairie de Montréal a activement amplifié l’embourgeoisement partout à Montréal! De leur côté, les gouvernements provinciaux et fédéraux comptent sur la performance de l’industrie privée de la construction, en particulier pour les condos de luxe, afin de stimuler leur économie à la dérive.

 

Organiser politiquement la lutte pour le logement

Les propriétaires et leurs élu⋅es n’ont jamais laissé nos cris d’indignation et nos blessures stopper leur course au profit. Pour nous attaquer aux intérêts de ces gens-là, nous devrons aller au-delà des actes symboliques et frapper là où ça fait mal. Les grands propriétaires ont aussi des adresses. Ils ont des activités lucratives à déranger. Mais pour leur opposer un rapport de force social, le mouvement pour le droit au logement doit s’élargir. Il doit organiser un maximum de travailleurs, de travailleuses et de jeunes pour avoir des chances de gagner. Ces personnes sont concernées plus que jamais par l’enjeu du logement. Elles ont besoin de stratégies pour gagner les luttes, maintenant.

L’automne 2021 voit la tenue d’élections fédérales et municipales. Elles peuvent aider au développement d’un mouvement de locataires large et combatif. Le champ de la réglementation municipale peut offrir des armes redoutables pour combattre les grands propriétaires et développer des quartiers qui répondent à nos besoins.

Le système capitaliste est incapable d’assurer le droit au logement décent pour tout le monde. Les élu⋅es qui gèrent la politique et l’économie pour le compte des capitalistes sont tout aussi incapables. Ne laissons pas d’autres gentrificateurs s’installer aux rênes des conseils municipaux! Investissons les postes d’élu⋅es municipaux!

Si vous partagez cette réflexion, contactez-nous pour mettre sur pied une campagne électorale municipale dans Verdun dans le sillage de la campagne Nos quartiers ne sont pas à vendre!

Aida Gonçalves Photo FC-CSN

Le groupe hôtelier Tidan congédie la présidente d’un syndicat en négo

Les millionnaires de Tidan Inc. bafouent les droits des employé·es du Marriott Château Champlain. Ils tentent de les intimider avec le congédiement injuste de la présidente de leur syndicat, en pleine période de négociation. Près de 200 syndiqué·es de la CSN se sont rassemblé·es devant l’hôtel, le 29 juillet dernier, en solidarité avec leurs collègues pour faire respecter leurs droits collectifs. Alternative socialiste était sur place.

Sans contrat de travail depuis plus d’un an, les employé·es de l’hôtel Marriott Château Champlain se tiennent debout face à une direction plus intransigeante que jamais. « L’arrogance des patrons est incroyable, lance Mélanie, une employée du Château Champlain qui travaille en hôtellerie depuis 25 ans. Aida a payé pour toutes nous autres. »

Aida Gonçalves est la présidente du Syndicat des travailleuses et travailleurs du Marriott Château Champlain–CSN. Elle explique: « Le 8 juillet, nous étions environ 75 personnes. Nous avons fait 20 minutes de bruit dans le lobby de l’hôtel, comme à chaque négo. » L’action de visibilité s’est déroulée sans anicroche dans le cadre des négociations pour le renouvellement de la convention collective. La direction a toutefois accusé Mme Gonçalves de menaces et de voies de fait. La présidente a été la seule personne suspendue, puis congédiée le 14 juillet.

Pour ajouter l’insulte à l’injure, l’employeur a ensuite refusé la présence de Mme Gonçalves à la table de négociation, au local syndical et sur les lieux de travail. C’est pourtant son droit en vertu de la loi. Le Tribunal administratif du travail a été saisi du dossier. Le 2 août dernier, il a ordonné à l’employeur de reconnaître Mme Gonçalves comme la présidente du syndicat et de lui redonner les accès à l’hôtel.

« Ce n’est pas à l’employeur de décider qui est présidente du syndicat, souligne la vice-présidente du Conseil central du Montréal métropolitain-CSN, Chantal Ide. Il s’agit d’une attaque frontale aux droits syndicaux ». « C’est de l’ingérence », estime quant à lui le président de la Fédération du commerce-CSN (FC-CSN), Alexandre Boileau Laviolette, la fédération à laquelle le syndicat du Château Champlain est rattaché.

 

Tidan Inc. et le démantèlement syndical

Pour Michel Valiquette, trésorier de la FC-CSN, « l’objectif du boss, c’est de faire peur aux syndiqués. Aida est une vraie leader. Les gens lui font confiance. » M. Valiquette, lui-même serveur de métier avec 35 ans d’expérience, souligne la tradition de démantèlement syndical (union busting) de l’employeur Groupe hôtelier & immobilier Tidan. « À la Fédération du commerce, nous avons eu des démêlés juridiques concernant l’accréditation syndicale d’employés d’autres établissements de Tidan Inc. Mais nous avons gagné. Un des directeurs en place a d’ailleurs congédié deux fois un président de syndicat. »

Les deux fondateurs de Tidan Inc., Mike Yaval et Jack Sofer, sont deux fiers anciens militaires israéliens. Ils se sont lancés en affaires au Canada en 1970, notamment en revendant plus cher des propriétés rénovées rapidement. Au fil des ans, leur compagnie s’est constitué un portefeuille diversifié de propriétés nord-américaines. Tidan possède et opère 14 hôtels, dont le prestigieux Mount Stephen et le Méridien Versailles de Montréal.

MM. Yuval et Sofer ont acheté le Marriott Château Champlain en avril 2018. Ils ont ensuite complètement changé l’équipe de direction, dont certaines personnes qui y travaillaient depuis des décennies.

Aida Gonçalves souligne que les nouveaux propriétaires « ne reconnaissent pas le syndicat. Ils refusent de nous parler. Ils ne répondent même pas aux courriels. ». Pour celle qui travaille au Château Champlain depuis plus de 30 ans, c’est la première fois qu’on l’empêche de parler à ses propres membres. Mais ce n’est que la pointe de l’iceberg.

 

Des « voyous » et des profiteurs

Michel Valiquette de la FC-CSN n’a pas mâché ses mots pour taxer de « voyous » les propriétaires de Tidan Inc. « Ils se servent de la pandémie pour charcuter dans les conditions de travail », a-t-il lancé au micro, lors du BBQ militant du 29 juillet. Au début de la pandémie, le syndicat du Château Champlain a mis de l’eau dans son vin en baissant de moitié ses demandes salariales. Mais, rien n’y fait. L’employeur continue de demander des reculs à plusieurs niveaux en plus de ne pas respecter l’entente actuelle.

L’arrogance de la compagnie devient indécence lorsque l’on sait toute l’aide financière obtenue de Québec et Ottawa. Tidan est l’un des bénéficiaires du Programme d’action concertée temporaire pour les entreprises (PACTE), à hauteur de 10,8 millions $. Une partie de ce prêt sera pardonnable, donc se transformera en subvention. Du côté fédéral, Tidan Inc. perçoit la Subvention salariale d’urgence du Canada (SSUC). Avec l’emploi de scabs au Château Champlain, nous sommes en droit de nous questionner sur l’utilisation de ces fonds publics.

 

Convention collective non respectée

Mme Gonçalves signale un nombre élevé d’infractions reprochées aux patrons. « Nous avons déposé plusieurs griefs parce qu’ils utilisent des sous-traitants pour nettoyer les chambres », mentionne-t-elle. Selon la convention collective, l’employeur doit plutôt rappeler au travail les employé·es temporairement mis à pied. Le syndicat reproche aussi le fait que le personnel-cadre réalise du travail destiné aux syndiqué·es. Ces entorses injustifiées se produisent alors que seulement une dizaine d’employé·es sur 213 sont revenu·es sur le plancher.

Quant à elle, Mélanie mentionne les retards dans la rénovation des infrastructures dédiées aux employé·es. « Les patrons ont fait rénover toutes les chambres, le resto, le bar, le lobby. C’est vraiment beau. Mais on n’a plus de vestiaire, plus de cafétéria, plus de machine à café, plus de repas chauds ». Elle dénonce aussi une politique arbitraire dans les rappels au travail fait par la direction.

Mme Gonçalves souligne également une situation très problématique : celle du maintien du lien d’emploi. « La majorité de mes collègues ne travaillent pas depuis plus d’un an. S’ils n’accumulent pas d’heures, leur lien d’emploi risque d’être brisé après 2 ans. Et l’échéance est mars 2022 pour plusieurs », explique-t-elle. Cette approche semble être l’ultime stratégie de l’employeur pour se débarrasser du personnel actuel, souvent en poste depuis des décennies. Il pourra ainsi faire entrer une nouvelle vague moins solidaire et avec moins d’expérience. Dans ces circonstances, « on est obligés de faire des moyens de pression », affirme Mélanie.

 

La solidarité pour faire respecter nos droits

Lors du BBQ militant, la 3e vice-présidente de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), Katia Lelièvre, a souligné que la convention collective des employé·es de l’hôtel est le résultat de leurs efforts déployés sur des années. « Vous êtes plus forts que votre boss parce que vous êtes ensemble », a-t-elle lancé. « On ne se laissera pas intimider, a pour sa part scandé Chantal Ide du CCMM-CSN. Les 300 000 membres de la CSN sont derrière Aida! »

Plusieurs autres syndicats sont venus en solidarité, notamment le Syndicat des employés de magasins et de bureaux (SEMB-CSN) de la Société des alcools du Québec, le Syndicat des Travailleuses et Travailleurs du Cimetière Notre-Dame-Des-Neiges (CSN), le Syndicat des travailleuses et des travailleurs du CISSS de Laval-CSN ainsi que celui des employé·es de l’hôtel Best Western de l’aéroport de Montréal. Le président de ce dernier, Fernando Almaraz, signale que ses membres ont aussi débuté les moyens de pression dans le cadre des négociations coordonnées dans l’hôtellerie.

 

Négociations coordonnées

Vingt-six syndicats participent à une plateforme de demandes communes pour cette 10e ronde de négociations coordonnées de l’hôtellerie à la Fédération du commerce (FC–CSN). Ces syndicats représentent plus de 2 500 professionnel·les de l’hôtellerie des régions de la Capitale-Nationale, de la Montérégie, de l’Estrie et du Grand Montréal. Ils ont le mandat de négocier avec leurs employeurs respectifs au cours des prochains mois.

 

La plateforme commune comprend quatre demandes de base que les syndicats participants se sont engagés à défendre coûte que coûte :

  • une convention collective d’une durée de quatre ans;
  • des améliorations aux régimes d’assurance collective;
  • le maintien des liens d’emploi — et donc des droits de rappel et d’ancienneté — rétroactivement au 13 mars 2020;
  • et des augmentations salariales raisonnables variant entre 2,1 % et 4 % par année.

En appui à ces négociations, en particulier avec celle des travailleurs et travailleuses du Marriott Château Champlain, Alternative socialiste vous invite à participer à la manifestation organisée par les syndicats de l’hôtellerie ce samedi 7 août à 13h devant les bureaux de Tidan Inc. (666, rue Sherbrooke Ouest)! Les syndiqué⋅es devront redoubler d’efforts militants pour vaincre l’arrogance et l’intransigeance de Tidan Inc. Cette lutte s’inscrit dans celle que mène actuellement l’ensemble de la classe ouvrière d’ici et d’ailleurs. Les patrons veulent faire reposer le poids de la crise économique et pandémique sur nos épaules en faisant appel à la sous-traitance et à la précarisation de nos conditions de travail. Pendant ce temps, ces mêmes patrons siphonnent l’argent des gouvernements pour rétablir leur marge de profits. Basta!

 

Pour la réembauche de la présidente Aida Gonçalves!

Contre l’intimidation; la solidarité!

Contre tout recul; la force du nombre!

Négo secteur public en santé: pour des grèves, blocages et occupations!

Après un an d’actions, les travailleurs et travailleuses de la santé s’arment désormais de mandats de grève dans le cadre des négociations qui les opposent à l’État québécois. Comme la loi sur les services essentiels restreint grandement l’exercice du droit de grève en santé, comment établir un réel rapport de force?    Les syndicats d’un demi-million […]

Entrevue avec Katia Lelièvre : Renouveler avec un syndicalisme combatif

L’élection en congrès national de deux syndicalistes combatifs, Katia Lelièvre et de David Bergeron-Cyr, sur le conseil exécutif de la CSN donne l’impression qu’un changement de cap est désiré. L’arrivée de Lelièvre à la 3e vice-présidence en est symptomatique. Il est très rare qu’une candidature militante provenant d’un syndicat local se fasse élire directement à l’exécutif de la centrale.

Alternative socialiste s’est entretenu avec Katia Lelièvre pour en savoir plus sur sa vision de la mobilisation, des relations internes de la CSN et de ses liens avec les luttes sociales.

Alternative socialiste (AS). Plusieurs personnes interprètent votre élection comme un virage à gauche pour la direction. Qu’en pensez-vous?

Katia Lelièvre (KL). Notre syndicalisme doit être plus combatif. On doit réfléchir à des moyens d’action qui sortent de la boîte. Comme je viens d’arriver, je suis encore en mode apprentissage. Il faudra faire un diagnostic avant, mais la collaboration inter équipes, entre les syndicats, doit devenir une culture, un réflexe. On en parle au Service d’appui aux mobilisations et à la vie régionale (SAMVR).

Avec le 2e Front, on a des batailles sociales à mener. La lutte syndicale, c’est pour des conditions de travail, mais aussi pour des conditions de vie en général. Il faut mener toutes ces batailles. Sauf qu’on a besoin de les cibler, d’en prendre moins, mais de les mener jusqu’au bout. Les syndicats locaux reçoivent de l’information sur beaucoup de campagnes. Mais pas d’info sur les résultats. On reçoit beaucoup de demandes pour se mobiliser sur ci ou ça et ensuite on passe à l’autre campagne sans prendre le temps de savoir ce qui a été gagné ou réalisé.

On ne peut pas faire plaisir à tout le monde. Il faut avoir suffisamment de ressources et d’énergies pour gagner. On dit: Qui trop embrasse mal étreint. L’objectif, c’est de gagner et de publiciser nos victoires.

On a besoin d’alliances les plus larges possibles, mais avec quelles forces? Ça dépend des luttes. Par exemple, au SEMB-SAQ-CSN1, quand il y a eu la légalisation du cannabis, on parlait déjà de s’occuper de ça, d’une nationalisation. Couche-Tard se voyait déjà en train de faire des profits! On a embauché une firme de relations publiques et on a formé une coalition avec des alliés des commissions scolaires, de la santé publique, etc. pour faire bouger le gouvernement.

Les intérêts de ces acteurs peuvent être différents, mais il y a eu une convergence dans ce cadre là, un regroupement autour du même objectif. Face à la pression, le gouvernement n’a pas eu le choix de faire des audiences publiques, puis de créer une société d’État qui profite aux Québécois.

AS. Durant votre campagne au poste de 3e vice-présidente de la CSN (responsable des relations avec les conseils centraux et du SAMVR), vous avez mis l’accent sur le dialogue et la communication. De quoi est-il question au juste?

KL. Il faut favoriser la communication avec les membres. Comme trouver un forum d’échange. Il faut aussi favoriser les échanges entre les membres. Échanger les expériences permet de solidariser les syndicats entre eux. La meilleure façon de communiquer, c’est de demander direct aux syndicats!

L’enjeu, c’est de synthétiser l’information, comme avec une capsule vidéo ou en format web. C’est important de donner des exemples tangibles des impacts des politiques patronales sur la vie quotidienne des gens. Dans le passé, on a comparé l’évolution du salaire moyen à la SAQ vs le salaire de la présidente de la SAQ. L’exemple montrait clairement la perte du pouvoir d’achat, mais pas pour la présidente.

Lors du conflit de travail à la SAQ en 2018, l’exécutif syndical réagissait souvent tout de suite après les négos. On mettait une capsule en ligne le soir même, ou on faisait des Facebook Live quand ça n’allait pas bien. La réaction en succursale était instantanée. Les membres les échangeaient entre-eux et arrêtaient d’avoir peur. Les braves commençaient à discuter, puis les gens étaient entraînés. Les membres suivaient les consignes des moyens de visibilité, comme le port de jeans à la place de l’uniforme.

L’employeur détestait ça. Quand on disait qu’on allait devoir parler à nos membres, ils disaient «Non, non, non, restez à la table de négo. Vous allez quand même pas faire un Live?». On diffusait à partir d’un groupe Facebook privé fermé de près de 3 000 membres du SEMB. Suite à une plainte, Facebook nous a avertit que des commentaires ne suivaient pas son code d’éthique. On a modéré certains commentaires, mais Facebook a quand même fermé notre groupe. On n’a jamais su pourquoi vraiment.

On a aussi essayé le mode exploratoire avec l’employeur. Ce type de négos sort du mode traditionnel. On fait des scénarios possibles et les discussions n’impliquent rien. Mais ça implique un niveau de confidentialité. Le syndicat est moins habilité à communiquer dans ce mode. C’est moins facile parce qu’il n’y a rien de tangible. On a fait ça par petits bouts.

AS. Quel est le défi le plus important pour la CSN?

KL. Il y a beaucoup de défis pour le mouvement syndical, pas uniquement à la CSN. Il faut trouver une relève, l’impliquer dans une approche collective. Il faut aussi maintenir une vie syndicale entre les négociations.

C’est plus difficile de repartir une mobilisation à zéro. Une négo établit un rapport de force, mais il faut le maintenir. Les patrons utilisent leur droit de gestion et tentent toutes sortes de dérogations pour gagner du terrain. Si on ne se donne pas la capacité et les outils pour se battre entre les négos, on va perdre des acquis.

C’est un défi pour tout le mouvement syndical. C’est sûr qu’on ne peut pas faire de moyens de pression entre les négos, mais on peut faire des moyens de visibilité. La bataille entre les négos permet de monter un rapport de force. D’autant plus que la durée des conventions collectives s’allonge.

On doit déstabiliser nos employeurs pour installer une crainte, être imprévisible. On peut faire des trucs drôles qui mobilisent, par exemple.

AS. Comment voyez-vous la dynamique des moyens de pression des syndicats du secteur public actuellement en négociation avec l’État québécois?

KL. C’est difficile pour les travailleurs et les travailleuses essentielles fatiguées. La pandémie et les négos ont épuisé le monde, mais il ne faut pas lâcher. Les syndicats commencent à se dire qu’il faut se battre.

Legault fait son show et tente de dissocier les syndicats de leurs membres. Il est très habile pour ça. Comment répondre? De façon plus agressive! Il faut montrer comment ce gouvernement entube les gens. Comment il est inhumain et même pas foutu de leur donner des bonnes conditions de travail.

Il n’y a pas de différence entre le syndicat et le travailleur. Mais ça prend de la démocratie. Quand les revendications syndicales viennent du monde, le gouvernement peut difficilement les dissocier.

Je crois qu’on doit redoubler d’efforts pour gagner la bataille de l’opinion publique, parce que Legault gouverne de façon populiste. Nos actions vont déranger la population, mais elles sont nécessaires. Faut qu’elle y participe!

Il y a une façon d’expliquer, d’indigner la population et de répondre que de toute manière, ça va vous coûter plus cher d’impôt de la manière que le gouvernement gère la situation. L’argent existe, mais le gouvernement ne va pas la chercher à la bonne place. La SAQ rapporte plus au gouvernement québécois que les impôts des 20 plus grandes compagnies! Ce monde-là se sauve pour ne pas faire leur part! C’est bien plus facile pour le gouvernement de piger dans les poches des gens.

AS. Comment voyez-vous la mission politique de la CSN, celle du 2e front?

KL. C’est un peu une question piège pour la CSN. La centrale ne peut pas prendre parti pour un parti politique. Pendant les élections, on fait de la sensibilisation à la base sur les programmes des partis. Le gouvernement de Stephen Harper a d’ailleurs tenté de paralyser l’action politique syndicale en 2016.

Mais rien n’empêche un syndicat local d’appuyer une candidature politique, par contre.

Les gouvernements successifs nous disent que la priorité, c’est la santé, mais ils font autre chose. Je crois qu’on devrait avoir plus de référendums. Les gouvernements prennent des décisions sans nous demander notre accord, comme les traités internationaux. On n’est plus maître chez nous.

La démocratie est basée sur la représentation politique, mais les syndicalistes, les travailleurs et les travailleuses sont sous-représentées dans le gouvernement. Celui de la CAQ est full de banquiers! Comment ça, tant d’hommes d’affaires et pas de monde ordinaire? C’est la cause des politiques dans l’intérêt des banquiers!


1 Syndicat des employé-es de magasins et de bureaux de la SAQ – CSN

Katia Lelièvre et David Bergeron-Cyr

66e congrès de la CSN : Du sang neuf à l’exécutif

Les dernières élections à la CSN ont permis à deux syndicalistes militants d’atteindre des positions exécutives à la fin janvier. Comment travailler à construire le syndicalisme de combat dont le nouveau et la nouvelle élu·e se réclament?

Du 18 au 21 janvier 2021, la Confédération des syndicats nationaux (CSN) a tenu virtuellement son 66e congrès. D’après le site du congrès, 2 000 membres, provenant de 400 syndicats affiliés ont participé aux instances virtuelles divisées en blocs de 2h. Dans les circonstances, cette solution était probablement parmi les meilleures, mais non sans lacunes qui doivent être corrigées.

Un congrès virtuel de moins de 15h

Le mode virtuel a apporté un lot d’enjeux techniques supplémentaires. Il ne permet pas aux congressistes de voir les gens qui attendent leur tour de parole afin de se préparer en conséquence. Si la présidence décide qu’elle veut empêcher quelqu’un de parler, s’il y a un problème technique ou n’importe quelle autre situation, les congressistes n’ont aucune façon de le savoir. De plus, se limiter à deux séances de 2h par jour est peut-être compréhensible. On a suffisamment entendu parler de la fatigue zoom depuis quelques mois, un problème bien réel. Toutefois, est-ce que six séances de 2h et une de 2h30 sont vraiment suffisantes pour assurer la démocratie dans une organisation qui représente 300 000 travailleuses et travailleurs?

Démocratie interne

Les congrès CSN ont lieu tous les trois ans, à moins de circonstances exceptionnelles. C’est le moment où les membres peuvent débattre des orientations que prendra la centrale, des dossiers prioritaires pour la classe ouvrière, du budget et, bien entendu, les élections du Comité Exécutif (CE). Lors de congrès précédents, on a eu l’impression que les décisions étaient prises d’avance par l’appareil. Il y a actuellement un manque de transparence. Les propositions du CE sont rarement connues d’avance, ce qui ne laisse pas assez de temps pour en discuter en instance et y apporter des amendements. Les rares propositions que les membres osent apporter de manière indépendante sont plus souvent qu’autrement battues ou référées au CE.

Visiblement, les congressistes sont resté·es sur leur faim. Le congrès a choisi de renvoyer aux conseils confédéraux plusieurs décisions importantes sur ses orientations. Cela découle en particulier de la faiblesse des orientations apportées par le CE et la possibilité d’amendement quasi nulle. Personne n’espère mordre sans dents.

Soulignons toutefois une nouveauté dans ce congrès: une séance plénière de 2h30 où les quatre candidatures à l’élection au CE ont dû répondre à différentes questions. Cette formule est une première. Elle a été gagnée suite à un long débat lors du conseil confédéral de mars 2020. Avec de la pression venant de la base, il y a un potentiel de faire adopter des changements structurels.

Du sang neuf à l’exécutif

Trois membres de l’exécutif avaient annoncé leur départ. Jean Lacharité, 2e vice-président depuis 2011 et Pierre Patry, trésorier depuis 2004, sont partis à la retraite. Véronique de Sève, 3e vice-présidente depuis 2014 quitte pour aller occuper un poste honorifique à Fondaction. Les syndicalistes plus radicaux ne les ont pas pleuré.

Sur les six postes en élection, quatre ont été élus par acclamation. Jacques Létourneau à la présidence, Jean Lortie au secrétariat général et Caroline Senneville à la 1e vice-présidence ont vu leurs mandats renouvelés. Yvan Duceppe a été élu par acclamation à la trésorerie. Il est rare qu’un·e titulaire dans un exécutif soit défait·e. Les membres hésitent donc beaucoup avant de se présenter contre quelqu’un déjà en place. La machine CSN est reconnue pour être assez lourde et favorise souvent la personne déjà en place. Pourtant, il est tout à fait possible pour n’importe quelle personne membre de la CSN de se présenter à sa direction avec les appuis nécessaires.

Les congressistes ont profité de l’ouverture laissée par les postes vacants pour élire des candidatures bien plus radicales qu’à l’habitude. David Bergeron-Cyr et Katia Lelièvre ont été élu·es à la 2e et à la 3e vice présidence. David Bergeron-Cyr a été président de la fédération du commerce (FC-CSN) pendant 3 ans après avoir assuré la vice-présidence. Sous sa présidence, la  FC-CSN a élaboré de nouvelles stratégies de syndicalisation, notamment le syndicat des employé·es de la restauration (SER-CSN) qui facilite l’accès à de meilleures conditions de travail pour de petites unités. Rappelons que pour la bureaucratie syndicale, c’est plus rentable d’avoir de gros syndicats que de toutes petites unités. Son approche, qui semble s’inspirer de Labor Notes, porte fruit. Le SER-CSN compte maintenant plus de 1 000 membres. En pleine période d’ubérisation du travail, cette vision est nécessaire pour contrer la désyndicalisation et solidariser l’ensemble des secteurs d’emploi.

Katia Lelièvre a été présidente du Syndicat des employé-es de magasins et de bureaux de la SAQ–CSN (SEMB-SAQ-CSN) pendant 12 ans. Ce syndicat de 5 500 membres fait constamment face à des menaces de privatisation et des relations de travail difficiles. Le militantisme de ses membres est bien connu dans les différentes instances de la CSN. Katia Lelièvre est une militante de terrain qui sait mobiliser. Son implication et celle des membres de son syndicat ont fait la différence lors de la campagne pour empêcher la privatisation de la SQDC et la garder dans le giron de la SAQ.

Un vent de changement?

La crise sanitaire et économique actuelle participe à polariser de nombreuses personnes au Québec. On sent déjà une radicalisation des syndicalistes de la base. L’arrivée de Katia Lelièvre et de David Bergeron-Cyr donne l’impression que les congressistes réclament un changement à la CSN. Leurs positions plus radicales et leur expérience militante ouvrent une fenêtre sur des pratiques syndicales plus combatives. Et la CSN en aura besoin face aux énormes défis du prochain mandat de l’exécutif: négociations dans le secteur public, réforme des lois sur la santé-sécurité au travail, sans compter les effets de la pandémie sur les travailleuses et travailleurs.

Nous saluons l’élection de Lelièvre et Bergeron-Cyr pour la perspective de syndicalisme de combat qu’elle représente. Mais, au-delà de l’expérience, des qualités et des intentions personnelles, c’est toute l’orientation actuelle de la CSN qui doit changer. L’exécutif de la CSN doit être la caisse de résonance de la volonté de combattre de sa base. Pour la mobiliser, la direction a besoin de l’écouter, de communiquer et d’agir avec elle de manière transparente et démocratique.

Politiser la solidarité

Une approche combative sans programme politique clair ne peut mener qu’à des coups d’épée dans l’eau. Avec des débats politiques démocratiques dans les syndicats locaux sur les grands objectifs sociaux à atteindre, on peut élaborer les meilleures stratégies et tactiques pour lutter.

Même des demandes aussi ciblées que celles des hausses salariales ont une portée politique. Le mouvement syndical est la plus grande force économique de la classe ouvrière. Il a aussi le potentiel de devenir sa plus grande force politique. La crise actuelle rend la situation de plus en plus claire: la CSN doit renouer avec son programme de changement socialiste de la société! Un programme qui pose clairement la nécessité pour la classe ouvrière de prendre le pouvoir contre les partis des riches et du patronat!

En informant et en organisant les instances locales de la CSN autour d’une vision socialiste et démocratique de la société, chaque lutte sera en mesure de remettre en cause l’approche d’aménagement de l’austérité et du «partenariat social» actuelle. Il est impératif de construire ce rapport de force au sein de la CSN (et du mouvement syndical en général) à partir de la base. Car c’est elle qui est le moteur vivant de la CSN et qui doit orienter son action. Sans le renfort de cette base politisée, Lelièvre et Bergeron-Cyr risquent d’être submergés ou découragés par l’appareil actuel.

Dans un esprit de solidarité intersyndicale et de solidarité avec l’ensemble de la classe ouvrière, travaillons dès maintenant à contrecarrer les plans des gouvernements d’austérité, à les faire tomber et à renverser leur système capitaliste en décrépitude! La période dramatique qui s’ouvre devant nous ne réclame rien de moins du mouvement syndical!

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