Convoi à Québec

Stoppons la CAQ et le vent de droite!

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Le gouvernement caquiste est incapable de gérer les multiples crises auxquelles il est confronté. Les sondages lui donnent toutefois une confortable avance sur tous les autres partis en vue des élections du 3 octobre. Démasquons le mandat désastreux de François Legault et organisons la résistance contre son gouvernement dès maintenant!

En 2018, la Coalition avenir Québec (CAQ) s’est fait élire sur le thème du changement. Sa victoire est moins due à son programme qu’à une volonté populaire de se débarrasser du Parti libéral du Québec (PLQ) et du Parti québécois (PQ). Durant les 40 dernières années, ces deux partis ont mené une politique néolibérale au service des ultra riches et contre les intérêts de la classe travailleuse. Comme ailleurs dans le monde, ces partis associés au néolibéralisme ont payé cher leur participation aux politiques antisociales.

La colère et la polarisation politique montantes canalisées par la CAQ ont mis un terme à des décennies d’alternance entre les deux partis traditionnels du monde des affaires. La CAQ l’a emporté grâce à un «vote sanction» qui a aussi favorisé Québec solidaire ainsi qu’en raison d’un taux de participation électoral relativement bas.

Tout comme en 2018, la CAQ doit son avance actuelle dans les sondages (40%) à l’effondrement des deux partis historiques du pouvoir à Québec. Ces deux derniers se dirigent vers une chute encore plus prononcée cette année.

L’avance écrasante de la CAQ cache toutefois un recul de l’appui aux partis politiques des élites économiques et politiques. En 2018, la CAQ, le PQ et le PLQ recueillent près de 79% de tous les suffrages. Les sondages indiquent un recul à 68% pour ces élections. La polarisation politique souffle plutôt dans les voiles des deux partis anti-establishment: le Parti conservateur du Québec et Québec solidaire.

Bilan sanitaire désastreux

Après deux ans de pandémie, le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) accuse toujours le pire taux de mortalité de COVID-19 au Canada. Le gouvernement de François Legault n’a jamais hésité à pointer du doigt le directeur de la santé publique pour se déresponsabiliser. Les volte-face sur la question des masques, les confinements arbitraires, les tentatives d’imposition de la vaccination en santé ou encore les couvre-feux inutiles ont accentué l’instabilité et la colère dans les familles du Québec.   

La gestion autoritaire de la pandémie a exacerbé tous les problèmes déjà existants dans le réseau de la santé, dans les services sociaux ou dans l’éducation. Tous les abus ont été commis sur le dos des «anges gardiens» et de leur esprit de sacrifice. 

Apprendre à mourir avec la COVID-19

La pandémie est arrivée à un moment où la situation était désastreuse dans le secteur de la santé, en particulier auprès des aîné⋅es. La CAQ n’est pas responsable de la ruine du système hérité des derniers gouvernements. Mais ses politiques d’austérité n’ont pas été différentes de celles de ses prédécesseurs. L’incompétence de sa ministre responsable des Ainés, Marguerite Blais, est le meilleur exemple. Cette dernière a occupé le même poste de 2007 à 2012 sous la bannière du Parti libéral de Jean Charest.

L’armée canadienne a dû intervenir dans les résidences pour personnes âgées en 2020. Des milliers de personnes sont mortes prématurément dans des résidences privées, dont plusieurs dans l’horreur de l’isolement et du manque de soins.

Au printemps 2022, le gouvernement a laissé tomber la plupart des mesures sanitaires. Une 6e vague d’infection a immédiatement suivi. Jusqu’ici en 2022, le nombre de décès est 40% plus élevé que dans toute l’année 2021 (4 513 vs 3 280). Les Québécoises et les Québécois sont conscients de cette gestion catastrophique. Près du trois quart se disent insatisfaits de la gestion en santé de Legault.

Près de la moitié des gens déplore aussi son bilan climatique. Legault s’acharne sur des projets autoroutiers comme le 3e lien entre Québec et Lévis. Et son gouvernement n’a pas de problèmes à élever les normes de pollution au profit des compagnies, que ce soit à Québec ou à Rouyn-Noranda

Quatre ans de gouvernance pour les patrons et les proprios

Le gouvernement caquiste, c’est 1,6 milliard $ versés en cadeau par l’État québécois à des entreprises privées. C’est l’appui ouvert à des patrons véreux comme ceux de l’Aluminerie ABI. C’est une économie dopée à construire des tours à condos de luxe qui ne servent pas à loger les familles québécoises. La CAQ laisse aller le Québec à sa pire pénurie de logements abordables en 40 ans. Cette pénurie était prévisible puisqu’elle a balayé le Canada d’ouest en est durant les dernières décennies.

Pour tenter de nous faire oublier les effets additionnels de la pire inflation en 40 ans, la CAQ a versé un chèque de 500$ aux particuliers suite à leur dernier rapport d’impôts. D’autres chèques et coupures de taxes sont promis si la CAQ est réélue.

Contrairement aux autres chefs conservateurs dans le monde, Legault n’a pas vu son appui souffrir de la pandémie. Les intentions de vote pour son parti se sont maintenues entre 40% et 50% depuis le début du printemps 2020. Sa grande présence télévisuelle durant les premières vagues de la pandémie semble avoir joué en sa faveur. 

Le «changement» dans la continuité

Le gouvernement de la CAQ a pris le relais de la défense du privé: austérité dans les services publics, projets autoroutiers, projets miniers louches et autres subventions sans conditions à des multinationales. La CAQ a continué à offrir des cadeaux pharaoniques aux compagnies d’aéronautique comme Bombardier en réaction à leur chantage et à leurs mises à pied massives. Ses grands projets visent maintenant l’exploitation minière du lithium pour la fabrication de piles et le développement hydroélectrique pour exporter de l’hydrogène

La crise mondiale de 2007, la guerre en Syrie, la crise des réfugiés, la mauvaise direction du mouvement ouvrier puis la montée des forces de droite radicale en Europe a ouvert la voie à un discours nationaliste identitaire décomplexé partout dans le monde. Les péquistes de Pauline Marois l’ont adopté en 2012, espérant ainsi barrer la route à la CAQ. Durant les dernières décennies, l’aura «progressiste» du PQ auprès des travailleurs et des travailleuses s’est évaporée. Les vagues de coupures et son tournant xénophobe l’ont achevé.

Québec solidaire a profité de cette chute avec une montée fulgurante en 2018. Vue comme une organisation militante, ses victoires électorales ont suscité un réel enthousiasme en particulier chez les jeunes des villes. Mais le type de politique parlementaire mené jusque-là n’a pas porté sur les intérêts des travailleurs et travailleuses ainsi que sur leur défense.

Cela a pavé la voie à une solution plus confrontationnelle, mais sans danger pour les capitalistes: le «changement» de la CAQ. La CAQ a réussi à rassembler les différents courants nationalistes québécois, notamment en évitant de susciter des craintes sur l’indépendance du Québec. La colère et la polarisation politique montantes canalisées par la CAQ ont mis un terme à des décennies d’alternance entre les deux partis traditionnels du monde des affaires, le PQ et le Parti libéral.

Une xénophobie décomplexée

Désormais, un discours nationaliste xénophobe émane du gouvernement québécois lui-même. Il pointe du doigt les personnes réfugiées, immigrées ou musulmanes. Sans preuve, il les accuse de mettre en péril les valeurs, l’identité ou la sécurité nationale du Québec. À travers une série de politiques discriminatoires, le gouvernement caquiste s’en est pris aux droits de ces minorités pour les exploiter davantage.

La bigoterie a toutefois des limites. La promesse électorale de la CAQ d’abaisser le seuil d’immigration au Québec a été critiquée par le Conseil du patronat et les chambres de commerce. Avides de main-d’œuvre à (très) bas salaire, ces capitalistes bien de chez nous ont eu gain de cause: la CAQ est revenue sur sa promesse. Le nombre de personnes arrivées dans le cadre du Programme des travailleurs étrangers temporaires a doublé entre 2017 et 2019. Jamais le Québec n’a accueilli autant de personnes immigrantes.

Polarisation politique accentuée

Pour les élections de 2022, la CAQ nous invite à lui laisser «continuer» son travail. Dans un contexte économique mondial instable, la CAQ va continuer d’abaisser les normes environnementales, de maintenir les conditions de travail au plus bas ou de privatiser la santé. Mais cela va s’effectuer avec un financement gargantuesque du privé par l’État québécois. Plusieurs vont continuer à croire au nationalisme économique, identitaire et autoritaire de Legault.

Mais les nouvelles difficultés économiques vécues par les gens accentuent l’instabilité politique. Les appuis politiques sont volatiles et de nouvelles couches de gens se dirigent vers des solutions plus radicales. D’autres partis tentent de surfer sur cette vague de polarisation. Le Parti conservateur du Québec (PCQ) d’Éric Duhaime et Québec solidaire sont maintenant ceux qui promettent le changement, soit en s’attaquant à l’État ou en élargissant son champ d’action.

La réaction du PCQ

Le PCQ est le seul parti à tirer son épingle du jeu durant la pandémie aux dépens de la CAQ. Les autres partis se sont ralliés – de manière critique ou non – à la gouvernance caquiste. Éric Duhaime s’est installé à la chefferie du parti au printemps 2021. Le PCQ est ensuite devenu le porte-voix politique de la vague d’opposition aux mesures sanitaires. Duhaime a donné son appui aux «convois de la liberté» du début 2022, tout en tenant un discours flou sur la vaccination. L’appui au PCQ (14%) exprime un ras-le-bol populaire face à la gestion incohérente de la pandémie par Legault.

Lors d’un point de presse en juin dernier, Duhaime a invité la population à faire entrer «toute cette grogne» au parlement le 3 octobre. Il comble un vide politique avec son discours de méfiance envers le gouvernement et les médias de masse. Sauf que pour le PCQ, l’ennemi c’est l’intervention de l’État, pas les capitalistes qui contrôlent ses institutions.

Duhaime est un fervent partisan des pétrolières albertaines. Il a d’ailleurs reconnu qu’un gouvernement du PCQ augmenterait les émissions de GES en exploitant les hydrocarbures. Face aux ravages de l’inflation, le PCQ tente de se positionner comme le parti de «l’allègement du fardeau fiscal des contribuables». Ses thèmes nationalistes, populistes et libertariens le positionnent à la droite de la CAQ avec des privatisations encore plus massives et le moins d’intervention de l’État possible.

Le PCQ est au coude-à-coude avec Québec solidaire dans les intentions de vote nationales et le talonne dans son financement électoral. Les appuis électoraux du PCQ sont les plus fermes, tous partis confondus. En un peu plus d’un an, son membership a atteint près du triple de celui de Québec solidaire (59 000 vs 20 000).

Loin de défendre les intérêts des gens ordinaires, le PCQ utilise son discours pro-liberté pour dissimuler à qui sa «liberté» profite réellement: aux multinationales, aux pétrolières et aux autres puissances de l’argent. Le Québec risque de connaître une petite révolution conservatrice identitaire si la CAQ et le PCQ obtiennent une majorité absolue à l’Assemblée nationale. Il faut dès maintenant contrer ce scénario.

Le tournant modéré de QS

De son côté, Québec solidaire (QS) apparaît comme la seule opposition de gauche crédible. Le parti présente une série de réformes concrètes intéressantes (salaire minimum à 18$/h, gratuité scolaire et du transport collectif). Sa plateforme électorale comprend aussi des revendications radicales comme la création de Pharma-Québec, d’un réseau de chemin de fer public électrifié et la nationalisation du secteur des énergies renouvelables.

Toutefois, QS s’est fortement modéré et rigidifié durant la pandémie. Plus de populisme de gauche radical à la Bernie Sanders, mais un discours environnementaliste et nationaliste tourné vers la jeunesse urbaine, les professionnel⋅les aisé⋅es des quartiers gentrifiés, les PME des régions et la «classe moyenne».

Les autres propositions de sa plateforme électorale ont le désavantage de ne pas s’attaquer directement à la propriété des pollueurs, des grands propriétaires immobiliers ou des institutions financières derrière les multiples crises qui nous tombent sur la tête.

L’atmosphère de droite qui enveloppe le Québec depuis plusieurs années n’a pas facilité un développement socialiste des politiques de QS. Sa campagne climatique de mobilisation terrain, Ultimatum 2020, présentait un potentiel certain. Elle a été abandonnée par la direction durant la pandémie.

Durant les dernières années, plusieurs député⋅es solidaires ont activement appuyé des luttes pour le droit au logement, pour la santé et la sécurité du travail ou pour un environnement sain. Ce travail parlementaire et les relations publiques de QS le font apparaître comme une organisation de gauche militante.

Mais son échec à remporter des victoires concrètes pour les gens ordinaires fait stagner son appui électoral au niveau des dernières élections (16%). La popularité de son chef parlementaire, Gabriel Nadeau-Dubois, est son atout principal. Ce dernier ferait le meilleur chef d’opposition à François Legault selon les sondages.

À l’inverse, l’appui à QS s’évapore lorsqu’il est question de lui faire confiance face à la récession économique. Les réformes audacieuses proposées par QS sont rarement accompagnées des véritables solutions pour les financer à long terme. Cela nécessiterait de défendre ouvertement l’expropriation et la nationalisation démocratique d’une série de compagnies privées.

La vraie audace, c’est la lutte socialiste

La nouvelle vague de candidatures solidaires issues des professions libérales et des entrepreneurs régionaux éloigne davantage QS de la réalité de la majorité de la population. Virtuellement aucune d’entre elles ne s’est fait connaître pour son leadership politique à mener des luttes populaires visant à améliorer les conditions de vie des travailleurs et travailleuses.

Les élu⋅es de QS sont un atout pour les luttes populaires lorsqu’elles leur servent de relais au parlement. Mais la gravité des attaques de la droite nécessite un rapport de force qui va bien au-delà du travail parlementaire.  

Pour que les idées radicales de QS deviennent réalité, elles doivent d’abord prendre racine dans des luttes de terrain concrètes qui répondent, ici et maintenant, aux besoins des communautés. Nous avons besoin de leadership politique audacieux et socialiste. Il doit être capable de mobiliser les communautés sur la base d’un programme de changement radical de la société. 

L’emprise de la droite sur les travailleuses et les travailleurs peut se relâcher si une force politique devient un réel instrument de lutte dans leur milieu de vie. 

S’organiser pour que ça change

La polarisation politique est un phénomène de désillusion générale à l’égard des échecs des partis traditionnels à redresser la situation actuelle. Elle représente une opportunité de croissance pour la droite radicale et la gauche socialiste. Mais le tournant à droite actuel est très marqué au Québec. Contrer la CAQ et le PCQ efficacement nécessite d’écouter la colère des gens et de l’orienter vers les vrais responsables des crises actuelles.

Il est essentiel d’identifier clairement les ennemis de la classe ouvrière. Ceux qui tirent leur pouvoir des largesses de l’État québécois et du cadre oppressif de l’État canadien. Une approche de lutte de classe est essentielle pour susciter l’intérêt, éviter le cynisme, combattre la droite et la vaincre.

Les élections provinciales sont l’occasion de discuter de politique et de ses effets dans la vie de tous les jours. C’est le moment de parler des origines de la crise actuelle, de l’inflation et de notre appauvrissement accéléré.

On doit pointer du doigt ceux qui doivent payer: les élites économiques et politiques. Même chose pour la crise du logement: les grands propriétaires immobiliers privés sont incapables d’assurer le droit à un logement décent et abordable. Leur parc immobilier, en particulier celui des résidences pour personnes âgées et des CHSLD privés, doit être mis sous contrôle public et démocratique. Il en va de même pour les compagnies du secteur de l’énergie et des hydrocarbures. Seule leur nationalisation démocratique permettra une production qui répond aux besoins réels. De cette manière, on peut reconvertir les emplois vers des projets de transports en commun ou d’aménagement du territoire qui respectent l’environnement.

Construire notre force politique

Durant la dernière année, la vague de combativité syndicale dans le secteur privé montre qu’on peut faire plier les patrons même en période de ralentissement économique. Ce mois de septembre sera ponctué de nombreuses manifestations. Voilà une belle occasion pour les syndicats et les associations étudiantes de s’emparer de ces revendications et de se faire entendre!

Les négociations de 2023 dans le secteur public représentent la prochaine grande période de lutte sociale. Ça sera le moment d’étendre la bataille pour l’indexation des salaires au coût de la vie à l’ensemble des travailleurs et travailleuses du Québec. 

La rentrée scolaire en présentiel – une première pour beaucoup – donnera l’occasion à la jeunesse de canaliser sa colère et son énergie dans la vie associative étudiante. Des luttes concrètes sur les enjeux du logement, des salaires ou du climat peuvent recréer la cohésion.

Les syndicats et les associations étudiantes sont des espaces démocratiques à travers lesquels de grands segments de la classe travailleuse peuvent se mobiliser et lutter. Ils peuvent être le socle d’une force politique indépendante des partis capitalistes. Pour en arriver là, il est essentiel que leurs membres lient leurs combats de tous les jours à leur contexte historique et politique. À travers un syndicalisme démocratique et combatif, on peut reconstruire une vision socialiste de la société. Les grandes luttes du début des années 1970 donnent un aperçu de ce qu’il est possible de faire quand l’unité syndicale et communautaire rencontre le projet socialiste.

La construction de cette force politique ouvrière est une tâche incontournable pour notre classe sociale. On ne peut pas espérer que la CAQ finisse par gérer les services publics selon nos besoins. Pas plus qu’on ne peut s’attendre à ce qu’un patron veuille gérer de manière démocratique et écologique la production d’une usine. C’est pourquoi nous devons nous organiser ensemble, dès maintenant!

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