Émeutes en Suède : Racisme, inégalité et violence

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Les émeutes du week-end de Pâques ont fait l’objet d’une grande attention et sont préoccupantes. Les personnes vivant dans des «zones vulnérables» ont été soumises à la violence et à la destruction, déclenchées par l’autodafé du Coran par le raciste Rasmus Paludan.

Les «solutions» des politiciens traditionnels et de la police sont toujours les mêmes, ce sont précisément elles qui ont conduit à la situation actuelle. Il y est question de la défense du «droit» de Paludan à s’engager dans des provocations racistes, sous une imposante et coûteuse protection policière. La véritable question qui préoccupe les nombreuses personnes concernées par Paludan est, bien entendu, de savoir comment mettre fin au racisme.

Après le week-end, les inquiétudes étaient grandes parmi les résidents et résidentes des zones où les émeutes ont eu lieu. 14 civils et 26 policiers ont été blessés dans les banlieues pauvres de six villes (Linköping, Norrköping, Stockholm, Örebro, Malmö et Landskrona). 44 personnes ont été arrêtées par la police, dont trois ont été blessées par des tirs de sommation de la police. Des voitures de police et des véhicules civils ont été détruits et brûlés.

Police et répression

Des sanctions plus sévères et davantage de policiers avec des armes plus puissantes, telle est la réponse des politiciens et des médias, résumée par la Première ministre Magdalena Andersson en ces termes: «Les responsables doivent être arrêtés, condamnés et purger leur peine». Le ministre de la police Morgan Johansson se défend en affirmant que la police a reçu un financement record ces dernières années.

Les racistes sur les médias sociaux applaudissent et intensifient leur campagne pour les expulsions de même que leur haine de toute personne qui défend une politique humaine en matière de réfugiés et de migration.

Détérioration du niveau de vie et de criminalité

Rien de tout cela n’est neuf. Ceux et celles qui vivent dans les 61 zones désignées comme vulnérables par la police ont vu leur niveau de vie se détériorer régulièrement depuis de nombreuses années, parallèlement à la hausse de la criminalité. Les seules mesures positives sont les initiatives, les réseaux et l’organisation au niveau local.

Ceux et celles qui vandalisent ou vendent de la drogue n’ont pas été limité·es par la police de Morgan Johansson. Les mesures les plus efficaces ont été prises par les organisations communautaires locales, par exemple dans le quartier de Husby à Stockholm, Jordbro à Haninge et Hammarkullen à Göteborg. Ce week-end, les médias locaux ont fait état d’initiatives à Örebro et à Jönköping. À Rosengård, les habitants ont éteint plusieurs incendies.

Les habitants des quartiers défavorisés n’ont pas choisi d’être plus pauvres, ils et elles ont des emplois moins sûrs et un niveau d’éducation plus faible. L’augmentation spectaculaire des inégalités en Suède est le résultat de politiques délibérées. D’un côté, il y a le nombre record de milliardaires, et de l’autre, les jeunes sans avenir.

Les émeutes de ce week-end ont commencé à Skäggetorp, à Linköping. Là, la proportion de personnes ayant un «faible niveau économique» est de 47,4%, contre 15,3% dans le reste de la ville. La proportion de personnes ayant un niveau économique élevé est de 0,4%, alors qu’elle est plus de dix fois supérieure dans l’ensemble de Linköping. Le taux de chômage à Skäggetorp est supérieur à 20%. Sur une population d’un peu plus de 10 000 habitants, 1778 sont des enfants vivant dans une relative pauvreté.

La classe ouvrière immigrée

Les zones vulnérables comptent une forte proportion de personnes nées à l’étranger ou dont les deux parents sont nés à l’étranger. Derrière cela, il n’y a pas d’ «explication ethnique», c’est simplement une question de classe – les travailleurs et travailleuses immigré·es mal payé·es et les personnes au chômage vivent dans les banlieues.

Sur les 556 000 personnes vivant dans les quartiers défavorisés, 411 000 sont d’origine étrangère. Plus de la moitié y vivent depuis 10 ans ou plus et 76% sont des Suédois et Suédoises («origine étrangère» signifie être né à l’étranger ou avoir deux parents nés à l’étranger). Il y a 2 543 420 personnes d’origine étrangère dans l’ensemble du pays.

La police attaquée

En plusieurs endroits, c’est la police, et non Paludan, qui semble avoir été prise pour cible par des groupes masqués. Un témoin oculaire de l’un de ces endroits raconte à Offensiv:

Entre 25 et 50 hommes plus jeunes, habillés en noir avec des capuches, se tenaient en groupe. Ils ont rassemblé des pierres et des pavés en un tas, mais sont restés immobiles. Nous étions un groupe d’habitants qui se tenaient à l’écart, en espérant que rien ne se passerait. Au bout d’un moment, deux bus de police sont arrivés. Le groupe de personnes masquées a alors attaqué directement les policiers. Alors que la police se dispersait, le groupe a reculé jusqu’à sa «base». La confrontation a continué pendant quelques heures.

Le groupe violent ne semblait pas avoir de but politique ou religieux – aucune information n’a été diffusée ici, que ce soit verbalement ou par écrit. Ils n’ont pas cherché à s’enraciner localement.

Une société divisée

Magdalena Andersson met en garde contre une «cohésion réduite», mais les divisions n’ont pas été créées ce week-end, mais depuis des décennies. Un rapport du Conseil de prévention de la criminalité résume:

Dans certains quartiers, la criminalité et l’insécurité sont plus élevées que dans le reste du pays. Il s’agit souvent de zones qui se caractérisent également par d’autres problèmes sociaux tels qu’un statut socio-économique faible, un taux de chômage élevé, un faible niveau d’éducation et des niveaux élevés de mauvaise santé.

Leurs chercheurs ont tiré les conclusions suivantes sur l’action de la police :

– Les résultats sont meilleurs lorsque l’usage de la force par la police est combiné à des actions à caractère social.
– Les mesures purement dissuasives et punitives prises par le système judiciaire à l’encontre des jeunes peuvent avoir des effets plutôt négatifs.
– Une action policière basée sur le dialogue local, en coopération avec d’autres, peut augmenter la confiance des habitants dans la police.

Un provocateur raciste

Rasmus Paludan est un provocateur raciste, avec un programme de nettoyage ethnique par des expulsions forcées. Mais ceux qui, comme le leader du Parti de gauche Nooshi Dadgostar, décrivent le week-end comme lui ayant donné «exactement ce qu’il cherchait» n’offrent aucune alternative à ce qui aurait dû être fait. La responsabilité d’agir incombe à la police, la même police qui lui a donné la permission et l’a protégé.

Les racistes ont sans aucun doute été renforcés et vont maintenant plus loin qu’avant. Il y a une menace sérieuse d’augmentation de la violence raciste, y compris de la part de l’État, et de poursuite de la politique de droite avec des divisions encore plus grandes.

Contre le racisme et la violence

La gauche, les antiracistes et les syndicats ont la responsabilité d’agir à la fois contre le Paludan et contre la violence insensée. Brûler des véhicules et des bâtiments, et agir masqué et violemment est une plus grande menace pour les résidents locaux que pour «la démocratie du pays» comme l’insistent les politiciens. La lutte contre le racisme doit être organisée.

Il faut un changement de cap complet, organisé autour des revendications d’un enseignement de qualité et égalitaire, d’un investissement réel dans les quartiers, de la protection sociale et d’emplois sûrs pour tous. Il y a des ressources comme jamais auparavant: faisons payer les milliardaires et les banques.

Un mouvement pour un tel changement de cap doit avoir pour priorité la lutte contre le racisme et le sexisme. Toutes les tentatives de faire des migrant·es et des musulman·es des boucs émissaires doivent être contrées. Le rôle des racistes est de nous diviser «ici-bas» au profit du 1% de la population qui détient le pouvoir économique. Des rassemblements et des manifestations avec un message clair contre le désarmement de la politique, contre le racisme et contre la violence sont la voie à suivre.

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