Joe Biden ne représente pas la solution contre Trump, il faut construire un nouveau parti!

À l’approche de l’élection présidentielle américaine, la pression monte pour nous faire voter pour Joe Biden afin de mettre Trump à l’écart. Même le New York Times a publié un éditorial intitulé « Pourquoi les socialistes devraient soutenir Joe Biden ». Mais les véritables socialistes ne doivent pas abandonner leur lutte et se soumettre à un “moindre mal” électoral.

J’habite New-york, et au cours du dernier mois, et dans pratiquement chaque conversation que j’ai eu à propos des élections, j’ai entendu le même son de cloche : « Trump c’est une catastrophe, et Biden ne vaut pas beaucoup mieux. Mais je voterai pour Biden parce que je déteste Trump ». Je comprends cette logique. Elle vient de l’envie irrépressible des gens de résoudre le chaos qui nous entoure et de mettre un terme à la croissance de la droite. Mais cette position, bien que tout à fait compréhensible, laisse de côté la situation d’ensemble que les socialistes ont pour obligation d’expliquer. Les médias institutionnels et l’establishment Démocrate affirment religieusement que « revenir à la normale » et combattre la droite signifie qu’il faut donner sa voix au « Démocrate du jour ». Les organisations de gauche, les organisations socialistes et des figures socialistes importantes comme Alexandria Ocasio-Cortez et Bernier Sanders ne devraient pas reprendre docilement cette logique.

Aussi lamentable que soit Trump et malgré ce que sa réelection signifierait pour les travailleurs, des millions d’Américains n’éprouvent absolument aucun enthousiasme à l’idée de voter pour Biden. Dans une telle situation, imaginez qu’au lieu d’avoir cédé et plié le genou devant l’establishment, Bernie Sanders soit en train de faire campagne pour un nouveau parti des travailleurs ! Dans le contexte d’une pandémie globale, d’un soulèvement contre les violences policières racistes, du soutien écrasant pour la revendication d’un système universel de soins de santé (Medicare for All) et une taxe sur les fortunes, cela aurait pu galvaniser des millions de jeunes et de travailleurs. Ça aurait représenté une opportunité historique de briser le carcan qu’est le Parti Démocrate.

A cause du refus de Sanders de poser ces pas en avant, nous assistons impuissants à une compétition entre deux mauvaises options pour les travailleurs, sans nulle part vers où tourner le regard. Les socialistes ont la responsabilité de clarifier les raisons pour lesquelles nous en sommes là et quelles sont les opportunités qui ont été manquées.

Les débats dans la gauche

Dans un article, deux figures majeures des Democratic Socialists of America (DSA) Eric Blanc et Neal Meyer écrivent : « Les socialistes ne peuvent pas empêcher ce cauchemar d’eux-mêmes. Mais nous pouvons – et nous devons – faire partie du mouvement plus large qui peut le faire. Oui, malheureusement, cela signifie de voter pour Joe Biden et de faire le maximum pour convaincre nos amis, nos collègues, nos voisins, nos camarades et notre famille de faire de même – et cela indépendamment de l’endroit où l’on vit. »

Il s’agit d’une rupture par rapport à l’approche pourtant déjà conservatrice adoptée par un certain nombre de personnalités des DSA qui ont signé une promesse appelant à un « vote anti-Trump » sans jamais mentionner le nom de Biden. Les DSA sont une organisation qui n’est pas loin de rassembler 80.000 membres, avec des positions élues dans des gouvernements locaux et d’Etat, mais aussi dans les syndicats ; une telle organisation à l’obligation de diriger la lutte contre l’extrême droite, plutôt que d’y renoncer au simple prétexte qu’il y a une élection qui se prépare.

Il existe des millions de personnes qui en ont ras-le-bol que le Parti Démocrate tienne leur vote pour acquis et qui sont mûrs pour suivre une direction de gauche audacieuse. A ces personnes, Blanc et Meyer répondent que s’organiser pour le compte de Joe Biden est la manière la plus efficace de combattre la droite. Il s’agit d’une tragique capitulation.

Des centaines de millions de dollars se déversent sur les comptes de campagne de Biden, des milliers d’ONG travaillent à convaincre les gens d’aller voter, et des personnalités comme Obama et même Bernie Sanders courent aux quatre coins du pays pour appeler à voter Biden. Et ce serait de la responsabilité de travailleurs désillusionnés, qui ont été abandonnés et méprisés par le Parti Démocrate de faire campagne pour appeler à voter Biden ?

Des centaines de milliers de combattants de la classe ouvrière pourraient être attirés au sein du mouvement socialiste si ce dernier était audacieux et décomplexé. Mais ce qu’ils ne peuvent que constater chez certains membres dirigeants des DSA et même chez Bernie Sanders, c’est encore et toujours la vielle rengaine.

Nous espérons que les membres du rang des DSA écarteront respectueusement les conseils de Blanc et Meyer, et appelleront plutôt à voter pour Howie Hawkins, le candidat socialiste du Parti Vert, afin de montrer concrètement une voie pour sortir du Parti Démocrate. Même si nous ne sommes pas d’accord avec tout ce qu’il dit, la réponse de Jérémy Gong, membre des DSA, à l’article de Blanc et Meyer est dans son ensemble très positive et nous encourageons les membres des DSA à la lire. Nous accueillerions avec enthousiasme que les sections des DSA se joignent à Socialist Alternative dans nos efforts pour rassembler des coalitions dans nos villes afin de préparer des manifestations de masse et de désobéissance civile si Trump tente de voler les élections.

Si Trump gagne, ce ne sera pas à cause de travailleurs qui ne se sont sentis représentés par aucun candidat et qui ont choisi de ne pas voter. Ce ne sera pas non plus la faute des gens qui auront fait un vote de protestation contre les deux candidats. Ce sera la faute du Parti Démocrate qui, pour vaincre Trump, a choisi comme candidat un représentant des entreprises parfois mentalement confus, alors qu’un candidat capable de galvaniser des millions de personnes était disponible en la personne de Bernie Sanders.

L’élite démocrate a crée Trump

Dans leur article, Blanc et Meyer ne consacrent pas une seule phrase à l’explication du rôle que le Parti Démocrate a joué pour créer l’espace dans lequel Trump et le trumpisme ont pu s’épanouir. Il ne s’agit pas d’un accident : toute investigation poussée sur la logique du « moindre mal » finira par prouver que les décennies d’attaques impitoyables des Démocrates sur les travailleurs ont fertilisé le sol dont on a vu Trump émerger. C’est une leçon historique cruciale que les activistes de la classe des travailleurs se doivent de tirer.

Le 8 novembre 2016, la victoire électorale de Trump sur Clinton et son accession à la présidence a laissé tout le monde bouche bée. Les experts libéraux et leurs instituts de sondage étaient sous le choc, totalement incapables d’expliquer comment leur candidate parfaite, avec des décennies d’expérience à Washington, avait perdu face à un homme d’affaires milliardaire et une star de la télé-réalité. Ils n’ont pas pu comprendre que la montée de Donald Trump, tout comme celle du Tea Party avant lui, reposait sur leur propre incompétence et leur soumission à la classe des milliardaires.

Les démocrates contrôlaient la Maison Blanche et les deux branches du Congrès pendant la pire crise financière que les États-Unis aient connue depuis la Grande Dépression (jusqu’à présent). Avec leur supermajorité, ils ont trouvé toutes les raisons de donner des milliards de dollars aux grandes banques de Wall Street, mais ont haussé les épaules face aux neuf millions d’emplois perdus et aux quatre millions de maisons saisies.

Au cours des huit années qui ont suivi, alors qu’Obama et Biden étaient confortablement installés au pouvoir, la richesse des milliardaires a explosé et les classes ouvrières et moyennes sont restées sur les genoux. Certes, le chômage a diminué – mais la grande majorité des emplois créés sous l’administration Obama étaient des emplois de l’industrie des services, à bas salaire. Les mêmes emplois qui ont maintenant disparu avec l’arrivée du Covid-19 en 2020

L’abandon prévisible des travailleurs par les démocrates sous l’administration Obama/Biden (qui a poursuivi les imprudentes politiques de prêt, de déréglementation et de financiarisation, ainsi que les attaques incessantes contre les acquis des travailleurs qui avaient marqué les présidences Clinton et Bush) a posé les bases de la victoire surprise de Trump en 2016. Ils n’ont pas été capables de motiver les travailleurs à voter pour Hillary Clinton, dont l’élection comme présidente n’aurait signifié que la poursuite des mêmes politiques. Plus de 200 comtés (communes) qui avaient voté pour Obama en 2012 ont voté pour Trump quatre ans plus tard !

Durant sa campagne de 2016, M. Trump a également élaboré le programme xénophobe et réactionnaire qu’il n’a cessé de développer depuis. Les démocrates n’ont pas été en mesure de contester de manière crédible ses idées réactionnaires.

Ainsi, non seulement les démocrates ont déroulé un tapis rouge allant de l’appartement de Manhattan de Trump jusqu’aux marches de la Maison Blanche, mais en plus ils n’ont absolument rien fait pour le combattre pendant les quatre années qu’il a passées là-bas !

Ils ont littéralement déversé l’équivalent d’années d’attention et d’énergie dans le scandale du « Russiagate » et dans des absurdités comme l’Impeachment – se soustrayant ainsi aux véritables combats qui touchent les travailleurs. Ils ont substitué à toute lutte réelle contre Trump des actes symboliques de « résistance » et des tweets impertinents. La nomination sans heurt d’Amy Coney Barret à la Cour suprême, que les démocrates n’ont même pas prétendu combattre, en témoigne de façon déprimante.

Si la gauche veut avoir l’oreille des gens, elle ne peut pas s’aligner derrière le premier cadavre que le Parti démocrate exhibe aux élections. Ce ne ferait que préparer la voie à quelque chose de pire encore que Trump en alimentant les forces qui lui ont donné le micro en premier lieu.

Au vu de l’ampleur de la crise économique en cours, une administration dirigée par Biden pourrait bien être prête à dépenser des sommes significatives d’argent, mais il ne doit y avoir aucune illusion sur le fait qu’il puisse défendre ne serait-ce qu’un semblant d’agenda progressistes. Son administration, ainsi que la plupart des démocrates au Congrès, s’attaquera sans relâche aux travailleurs tout en renflouant les grandes entreprises, en octroyant des subventions aux grandes compagnies d’assurance et en s’opposant à des politiques populaires comme l’assurance maladie pour tous. L’espace pour l’extrême droite s’élargirait très probablement sous une administration Biden, et Trump pourrait très bien continuer à gagner du soutien pour ses idées même s’il perd les élections. En fait, une situation où Trump se déchaînerait en étant libre de rallier sa base en dehors des limites d’une fonction élue pourrait conduire à la création d’un parti d’extrême droite.

Défaire la droite par une vraie politique indépendante des Démocrates

Un véritable combat contre Trump, et les forces réactionnaires qui gravitent dans son orbite, nécessite des mesures décisives. Nous avons besoin que la gauche au sens large s’engage avec audace dans la campagne en faveur de l’assurance maladie pour tous, d’un New Deal vert, d’un soutien covid pour les travailleurs et du définancement de la police. Dans le cadre de la construction de ces mouvements, il est crucial que nous commencions à prendre des mesures pour construire une alternative politique indépendante de gauche en dehors du Parti démocratique.

La véritable « réduction des risques » dans laquelle les organisations et les personnalités de gauche devraient s’engager consiste à mobiliser les rangs les plus larges de la classe ouvrière dans des mouvements de masse et à créer d’urgence un nouveau parti politique avec un programme de défense de la classe ouvrière et une stratégie basée sur la lutte de classe. Un parti qui puisse être un foyer politique pour les millions de gens ordinaires qui ont soutenu Bernie Sanders.

Les organisations et les personnalités de gauche ne doivent pas mener les travailleurs désabusés dans le piège du Parti démocrate. Ils doivent mener, depuis le front, une marche directement vers l’extérieur du Parti démocrate et vers quelque chose de nouveau. Nous devons combattre la droite et la classe des milliardaires, et il n’y a pas de temps à perdre.

Meeting en ligne ce 3 novembre : USA, quelle alternative ?

Venez discuter de quelle alternative nous avons besoin avec les Étudiants de Gauche Actifs – EGA et son organisation sœur aux États-Unis Socialist Alternative. We Won’t Die For Wall Street!
Discussion en FR, NL et EN (sous-titres et traduction prévus)

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