Aide de service, oui… mais au service de qui ?

Cet été, pendant la crise de la COVID-19, je me suis portée volontaire comme aide de service aux unités de soins de longue durée de l’hôpital de LaSalle. On me disait qu’en allant aider les PAB, j’allais « ramasser de la merde ». J’ai plutôt ramassé plusieurs leçons sur notre système de santé et les politiques qui nous affectent.

Quand j’ai commencé au poste d’aide de service, il n’y avait plus de cas de COVID-19 dans l’hôpital. Le niveau de stress était moins haut que je pensais. Mais, il y avait tout de même énormément de problèmes, qui ne surprendront pas les gens qui travaillent dans ce domaine. Les horaires de travail étaient mal faits. Trop souvent on manquait de personnel, alors que d’autre fois on était en surnombre. Les préposé·es aux bénéficiaires (PAB) doivent travailler en équipe de deux, mais le principe du travail en solo est de plus en plus courant. Les travailleuses en retour progressif doivent être en travaux légers, mais elles se font plutôt mettre en solo. Les ratios de patients ne sont pas respectés. Les aides de service sont appelé·es à faire des gestes pour lesquels on n’est pas assuré·es. Difficile de dire si ce sont les gestionnaires qui ne savent pas comment faire leur travail ou la lourdeur des CIUSSS qui leur complique la tâche…

Tout ça pour dire que nos ainé·es écopent. Même quand on a le temps de ramasser leur « merde », on n’a pas le temps de leur parler, de les écouter, de rire avec eux et elles, de les rassurer… Une chance qu’on était quelques aides de service qui ne pouvaient parfois pas aider les PAB. Comme ça, on a eu un peu de temps pour apporter de la douceur dans ces vies esseulées. Pour traiter le côté humain, pas juste le côté médical, ça prend du temps. Et ce temps-là, les travailleurs et les travailleuses de la santé ne l’ont pas, depuis belle lurette déjà.

En plus, des collègues PAB m’ont parlé de leurs problèmes de dette de carte de crédit chronique. Avec un salaire qui frise le seuil de pauvreté, difficile de faire autrement… C’est quoi le rapport ? Le premier ministre François Legault et ses amis corporatifs sont plus intéressés à couper dans les salaires et privatiser le système de santé qu’à aller chercher l’argent où il est pour le financer correctement. Les paradis fiscaux, les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft), les super riches… Tout ce beau monde a de l’argent, mais pas les gens qui prennent soin de nos ainé·es. (Ni les gens qui prennent soin de nos enfants ou qui nous alimentent, d’ailleurs.)

Je ne veux pas être au service de gens qui tuent notre système de santé.

Je veux être au service de nos ainé·es, de notre population vulnérable, des gens comme vous et moi qui en ont assez de s’appauvrir d’année en année alors que d’autres s’enrichissent sur notre labeur. Labeur crucial pour « faire rouler l’économie » selon eux. Mais surtout, labeur crucial pour garder la population en vie.

Les travailleurs et les travailleuses de la santé nous défendent contre un virus, oui. Mais ces personnes nous défendent surtout, depuis longtemps, des attaques d’un système où les riches s’enrichissent et les pauvres s’appauvrissent. Le système capitaliste nous opprime sur bien d’autres fronts : environnement, logement, racisme, sexisme… Autant de crises (changements climatiques, crise du logement, profilage policier, violences sexuelles, etc.) qui n’ont pas lieu d’être. Le capitalisme est un ennemi redoutable. Je ne vous dis pas ça pour vous faire peur. Je vous dis ça pour qu’on se pose la question : on est au service de qui ? Des riches ou de nous autres ?

Si vous voulez joindre la lutte contre le capitalisme et toutes ses formes d’oppression, contactez-nous !

Rosalie B.

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