Vague de grève en Iran : Solidarité avec les luttes ouvrières !

Depuis le début du mois d’août, des grèves importantes ont eu lieu dans plus de 50 entreprises à travers le pays, en particulier dans le Sud riche en pétrole. Des entreprises pétrolières, gazières et pétrochimiques ont été touchées alors qu’elles représentent un secteur clé de l’économie iranienne.

Après l’apparition du COVID-19 en Iran, il a semblé un certain temps que la contestation faiblissait, Mais elle a refait surface en dépit de la répression brutale. La lutte est passée des confrontations de rue aux lieux de travail, ce qui constitue une nouvelle étape importante pour le développement d’un nouveau mouvement de travailleurs indépendants en Iran.

Les conditions de vie de la classe ouvrière deviennent de plus en plus précaires et insupportables, ce qui est le contexte derrière ces nouveaux mouvements de grève. Avec la nouvelle crise, dans de nombreuses entreprises, les salaires ne sont tout simplement pas payés depuis des mois. Il existe un nombre choquant d’entreprises dans lesquelles le niveau moyen des salaires ne représente qu’un tiers du seuil de pauvreté officiel. La semaine dernière, quatre travailleurs sont morts dans un accident minier dans la province de Kerman. Les travailleurs n’avaient pas reçu l’équipement de protection nécessaire. Ce type d’accident est fréquent dans le pays.

L’un des éléments déclencheurs de la vague de grève dans l’industrie a été la mort d’un travailleur contractuel début août dans une usine pétrochimique, ce qui a provoqué des protestations contre les conditions de travail dans tout le secteur. Les conditions de travail sont souvent catastrophiques et très dangereuses, la majorité des travailleurs dans de nombreuses industries sont employés sous contrat temporaire. Cette lutte a également touché des travailleurs de l’un des plus grands gisements de gaz naturel au monde, un projet dans lequel diverses multinationales sont également impliquées.

Ces luttes sont souvent caractérisées par une très forte détermination. Dans une raffinerie d’Ispahan, des colonnes de forces de sécurité ont bloqué les portes pour empêcher les travailleurs en grève de sortir manifester, mais elles ont été littéralement débordées par les travailleurs. L’émergence de la classe ouvrière sur la scène de la lutte est un élément clé pour les mois et années à venir. Cela aggravera la crise du régime, d’autant plus que les revendications économiques dominantes sont souvent directement liées aux revendications politiques, les employeurs étant souvent directement liés au régime au travers du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI).

En outre, ces dernières semaines et ces derniers mois, il y a eu des grèves de mineurs, des manifestations de retraités, des grèves de cheminots, de chauffeurs de bus, d’enseignants et de nombreux autres, tous prêts à risquer l’emprisonnement et la torture.

La grève de Haft Tappeh continue – maintenant plus de 90 jours

La grève des travailleurs de Haft Tappeh, qui dure depuis la mi-juin, est un exemple pour les travailleurs de tout le pays qui veulent passer à l’action. Il s’agit de la plus longue grève de leur histoire. Leurs revendications comprennent le paiement immédiat des salaires impayés, le licenciement du propriétaire corrompu et la nationalisation de l’entreprise. Ils demandent également la réintégration des travailleurs licenciés et l’extension de leur assurance maladie. Seuls certains des travailleurs de Haft Tapeh ont reçu un salaire cette année. Les affirmations de l’employeur corrompu et des autorités selon lesquelles ils ne connaissaient pas les revendications des travailleurs de Haft Tappeh les ont contraints à poursuivre leur grève sous la forme de manifestations quotidiennes. La situation des travailleurs de Haft Tapeh est représentative de la détérioration permanente de la situation de millions de travailleurs iraniens.

Les travailleurs de Haft Tappeh ont été constamment intimidés par l’administration et le système judiciaire, certains des grévistes et des syndicalistes de premier plan ont été arrêtés à maintes reprises. En même temps, le régime, poussé par la peur, a récemment tenté d’apaiser les travailleurs en envoyant une délégation parlementaire à l’usine et a invité le syndicat indépendant à une réunion avec une commission parlementaire. Lors de sa visite à Haft Tappeh, la délégation a été confrontée au discours d’un syndicaliste qui a directement attaqué le régime pour cela et pour l’emprisonnement des grévistes.

Si les travailleurs franchissent l’étape suivante et, comme annoncé, occupent à nouveau l’usine, cela signifierait une nouvelle étape d’escalade et conduirait à une dure confrontation avec le régime. Cela signifierait également la nécessité d’une solidarité massive entre les travailleurs en Iran et au niveau international.

Et ensuite ?

Dans cette situation désespérée, le régime a cherché le salut dans un accord avec la Chine. Dans le cadre d’un accord de «partenariat stratégique», la Chine devait investir 400 milliards de dollars en Iran au cours des 25 prochaines années et obtenir un «accès privilégié» au marché iranien. En retour, l’accord prévoyait que la Chine recevrait de l’Iran du pétrole bon marché. La coopération militaire entre les deux pays devait également être approfondie. Mais il y a une résistance massive à cela, même au sein des factions de la bourgeoisie iranienne, ce qui illustre que les divisions prennent de l’ampleur au sein de la classe dirigeante.

Récemment encore, les protestations en ligne contre les exécutions, la répression et la torture ont augmenté. Les manifestants emprisonnés des manifestations de 2019/2020 risquent d’être exécutés. Alors que la répression augmente, la colère augmente aussi. Le président du Syndicat libre des travailleurs iraniens, Jafar Azimzadeh, est l’un des travailleurs persécutés et arrêtés, comme d’autres syndicalistes. Après qu’il ait entamé une grève de la faim à la mi-août, les travailleurs en grève ont multiplié les protestations et les pressions pour sa libération.

Les récentes grèves et protestations ont été mieux coordonnées qu’auparavant. Selon une déclaration commune de la mi-août de 50 organisations indépendantes de travailleurs, associations d’enseignants, associations d’étudiants, publications et associations de retraités, qui soutiennent les grèves et les protestations des travailleurs de Haft Tappeh, Hepco et des industries pétrolière, gazière et pétrochimique :

«Nous, les signataires de cette déclaration, déclarons que dans la crise économique actuelle de ce pays, il est très naturel et attendu que de plus en plus de travailleurs et de groupes opprimés se joignent à ces grèves ; la crise qui fait perdre patience à tous les gens provient des privatisations, de la déréglementation des prix, de la dégradation des conditions de vie des travailleurs, les poussant au bord de la mort (et pas seulement de la pauvreté), du non-paiement même des salaires de misère, etc. Il est clair que pour que ces grèves se développent et aboutissent à leurs revendications dans ces circonstances critiques, les travailleurs en grève doivent être capables de s’organiser et de s’unir plus que tout autre chose, et de poursuivre la question sérieuse et à haut risque de la formation d’organisations autonomes basées sur la volonté et la capacité des travailleurs».

Mais il est clair que la plupart des lieux de travail n’ont pas la force militante des travailleurs de Haft Tappeh et de la communauté qui les soutient. C’est pourquoi la création et la coordination de comités de grève dans tout le pays sont nécessaires. Cela pourrait également être la première étape de la création d’un nouveau parti révolutionnaire indépendant de la classe ouvrière. La tâche principale de la prochaine période sera d’organiser d’autres grèves et une grève générale afin d’arracher des droits fondamentaux pour les travailleurs, la nationalisation de l’industrie et de toute l’économie sous le contrôle des travailleurs et aussi de construire un mouvement puissant afin de renverser le régime.

Nina Mo, SLP (ISA en Autriche)