Grèce : Vers la fin du procès des néonazis d’Aube Dorée

Après 5 ans et demi et 453 séances intenses, le procès d’Aube Dorée touche à son terme. Selon le planning annoncé par le Tribunal, après les conclusions des avocats de la défense d’Aube Dorée, les juges se prononceront le 7 octobre.

Il s’agit sans doute du procès le plus important qui s’est déroulé en Grèce après celui qui a conduit en prison les colonels responsables de la dictature en 1975. Mais l’événement revêt également une grande importance pour les autres pays européens, parce que le fascisme est un danger pour toutes et tous.

Le mouvement antifasciste exclu de la salle lors de la séance du 2 septembre

A la séance du 2 septembre, et pendant qu’une action de la campagne «Ils ne sont pas innocents» était en cours en dehors du Tribunal, les manifestants se sont vus exclus de la salle sous prétexte des mesures sanitaires. Pourtant une trentaine d’aubedoristes ont eu accès à la salle. Le public était par ailleurs autorisé dans les autres salles de procès. Les manifestants ont essayé de négocier la présence d’un nombre limité de militants, avec respect de la distanciation sociale mais deux heures après le début du procès, personne n’avait été admis en salle.

Il s’agit de toute évidence d’une décision politique du gouvernement qui a voulu interdire la présence du mouvement antifasciste non seulement à la séance du 2 septembre, mais aussi à la dernière, lorsque le jugement sera rendu. Le mouvement antifasciste a été présent pendant toutes les séances ces cinq années et cela fut crucial pour rendre les faits publics et montrer à la société l’attitude provocante des accusés nazis. De cette façon, et même si tout a été fait pour que le procès se déroule sans trop de publicité, l’argumentation et les preuves présentées de la part des avocats des victimes sont devenues connues de la société. Il est devenu ainsi plus qu’évident qu’il s’agit effectivement d’une organisation criminelle, dont la structure, les croyances et la façon d’opérer est copiée sur celles des partis nazis des années ‘30, notamment du parti hitlérien.

Le gouvernement a donc essayé d’isoler le mouvement antifasciste et le garder à la marge; mais les militants antifascistes sont déterminés à ne pas permettre cette exclusion. Une manifestation est déjà prévue pour le 7 octobre pendant la séance; une mobilisation impressionnante est également actuellement à l’œuvre sur les réseaux sociaux: des milliers de personnes ont ajouté le cadre “Ils ne sont pas innocents” leur photo de profil et se montrent déterminés à participer aux actions.

Aucun gouvernement n’a vraiment voulu mettre les néonazis en prison

En 2013, le gouvernement de droite a été obligé de recourir aux procédures légales contre Aube dorée, parce qu’ils se sont rendus compte que l’organisation se trouvait en dehors de son contrôle.

A l’époque, sur un laps de temps de dix jours peine, ils avaient attaqué des cadres de la Nouvelle Démocratie (le parti de droite au gouvernement à l’époque), avaient blessé sérieusement des syndicalistes du PAME (syndicat du parti communiste) et avaient assassiné le musicien antifasciste Pavlos Fyssas alors qu’ils flirtaient avec les 11% dans les sondages. Plusieurs gouvernements auraient pu s’en prendre légalement à Aube dorée, surtout après 1992, quand l’organisation avait commencé à se présenter au public et à disposer de véritables groupes d’assaut armés.

Les avocats de l’organisation ont essayé de détourner les faits au cours du procès, en se référant à des actes judiciaires qui cachaient les liens entre certains actes criminels et Aube dorée avant 2008; une ligne défensive qui a été complètement démantelée par les avocats de Pavlos Fyssas et des autres victimes.

A partir de 1992, suite à la croissance du mouvement nationaliste à cause de l’émergence de la question de la Macédoine, Aube dorée s’est attaquée à de centaines de militants, migrants, réfugiés et en général à toutes celles et ceux qui ne correspondent pas aux croyances nazies de l’organisation. Le comble a été atteint en 1998, quand 10 militants d’Aube dorée ont attaqué trois étudiants, membres de l’organisation de gauche NAR. Une de ces trois personnes, Dimitris Koussouris, était aussi représentant au Comité central du syndicat des étudiants grecs (EFEE); Koussouris était la cible principale de cette attaque, suite à laquelle il a failli mourir, a passé presque deux mois en soins intensifs et a dû suivre des traitements pendant plusieurs années après l’attaque. Les auteurs de cette attaque sont à présent libres.

Les gouvernements de cette période-là n’ont jamais voulu toucher Aube dorée, qui a été reconnue comme un parti politique légal par la Cour suprême et a participé à de nombreuses élections. Il a fallu l’assassinat de Pavlos Fyssas, le 18 septembre 2013 et un mouvement antifasciste éclatant, pour que le pouvoir exécutif se décide à conduire Aube dorée au tribunal.

Le début du procès

Le procès n’a commencé que le 20 avril 2015, avec 69 membres d’Aube dorée sur le banc des accusés. Le choix d’un tribunal situé dans un quartier d’Athènes difficilement accessible, l’absence de couverture médiatique, un public très limité et des retards répétitifs et constants de la part des avocats des accusés: tout a été fait pour assurer que le procès ne soit pas médiatisé, mais reste à l’écart de l’opinion publique.

Aujourd’hui, la ligne de défense des accusés est que: «Aube dorée n’est pas une organisation criminelle, ni nazie. Les actes de Roupakias (l’assassin de Pavlos Fyssas) et les autres crimes examinés sont des faits isolés, les dirigeants n’en avaient pas connaissance. Tous les incidents évoqués pendant le procès sont des conflits privés pour des causes hors du sujet».

On comprend aisément que les membres et avocats d’Aube dorée n’ont que des éloges pour le «procès équitable» et la «proposition excellente» de la procureure Adamantia Oikonomou, qui à la base proposait que l’organisation soit innocente et qu’il ne fallait condamner que Roupakias.

Les prochains jours

La décision est attendue le 7 octobre. Désormais, Aube dorée est très affaiblie : elle est restée en dehors du Parlement, a perdu son député européen (qui a démissionné du parti sans quitter son siège parlementaire), a subi trois scissions en une année et se retrouve sans sources financières.

Il est clair que l’avenir du fascisme en Grèce ne sera pas jugé sur base des décisions du tribunal. Et pourtant la décision juridique a son rôle à part dans l’évolution et les perspectives de l’extrême droite sous toutes ses formes.

Le mouvement antifasciste se prépare pour faire des mois de septembre et d’octobre des mois d’action antifasciste. La Campagne «Ils ne sont pas innocents», la Coordination antifasciste d’Athènes/Pirée, ainsi que les comités antifascistes dans d’autres villes, sont en train d’intensifier leurs présence et leurs actions à tous les niveaux. Une manifestation qui devrait être grandiose est prévue le 18 septembre, date du dernier anniversaire de l’assassinat de Pavlos Fyssas avant la décision du tribunal. Des actions sont aussi prévues pour le 7 octobre, pour crier fort que la place des nazis est en prison.

C’est d’ailleurs notre verdict, clair et net: tous les nazis – pas seulement d’assassin de Pavlos Fyssas, mais aussi les chefs d’Aube dorée et tous ceux qui ont scissionné et créé d’autres groupes- ne sont pas innocents: ils doivent être en prison.

Les militants et les organisations antifascistes et de gauche ne veulent pas donner l’impression qu’il s’agit d’un événement purement inscrit dans le contexte pénal et juridique. Ce contexte est sans doute important, mais la lutte antifasciste se mène dans la rue, les quartiers, sur les lieux de travail, dans la société. Lutter pour que les nazis d’Aube dorée soient emprisonnés est une bataille importante que le mouvement antifasciste va mener, tout en continuant à mener des luttes et des actions dans la société. Et nous sommes bien sûr conscients du fait que le fascisme n’est qu’une arme dans les mains du système capitaliste; les connexions des compagnies allemandes comme Krupps ou Thyssen avec le régime nazi sont très connues et en sont la preuve. La lutte contre ce système capitaliste est étroitement liée à la lutte antifasciste.

Takis Yiannopoulos, Xekinia (ISA en Grèce)

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