Contrôle public et démocratique de la production : Nécessaires plus que jamais!

La pandémie de la COVID-19 révèle plus clairement que jamais les failles fondamentales du système économique capitaliste dans lequel nous vivons. Les gouvernements capitalistes sont incapables de répondre adéquatement aux enjeux de la crise sanitaire actuelle. Les gouvernements ont été lents à réagir. Les systèmes de santé sont maintenant surchargés et les pénuries de matériel sont massives.

L’insuffisance de la réponse n’est pas, comme beaucoup de défenseurs du capitalisme voudraient nous le faire croire, due à un manque de fonds ou de ressources. Au contraire, nous vivons à une époque sans précédent de productivité et d’abondance. Notre société possède les capacités technologiques et les talents humains nécessaires pour faire et créer des choses incroyables. Pour comprendre l’insuffisance de la réponse sanitaire actuelle, nous devons comprendre dans quel but, et dans quel intérêt, toute la capacité productive de la société est dirigée sous le capitalisme.

Une situation prévisible

Bien que le moment exact et la gravité de la pandémie de la COVID-19 étaient bien sûr imprévisibles, les médecins et les scientifiques nous ont mis en garde contre le risque d’une pandémie de cette ampleur depuis des décennies. Un événement comme celui-ci n’est pas tout à fait sans précédent. Nous pouvions non seulement nous baser sur l’exemple de la pandémie de grippe espagnole (1918-1919), mais sur celles plus récentes des éclosions de SRAS (Syndrome respiratoire aigu sévère) en 2003 et de MERS (Syndrome respiratoire du Moyen-Orient) en 2012. Ces deux dernières maladies étaient également dues à des coronavirus. Néanmoins, durant les deux dernières décennies, les capitalistes ont jugé bon de dépenser des milliards de dollars pour la fabrication d’armes de guerre, tout en refusant de dépenser une fraction de ces montants pour des respirateurs, des masques ou tout autre équipement nécessaire pour sauver des vies.

Un système qui empêche la coopération

Les États capitalistes n’ont pas la capacité de prendre des mesures décisives et coordonnées pour répondre à la crise. Pourquoi? Parce que leur système basé sur la course au profit est antithétique à la coopération nécessaire pour prendre ce type de décisions. Dans le système capitaliste, la plupart des terres, des richesses et des machines appartiennent à une minorité privilégiée d’individus et de sociétés en concurrence les uns avec les autres. Malgré le fait que la majorité de la population se consacre à l’utilisation productive de cette terre, de cette richesse et de cette machinerie, les propriétaires les utilisent uniquement dans le but de faire du profit. Pendant ce temps, les gouvernements des États capitalistes se mènent une concurrence constante pour le contrôle des ressources, dans l’intérêt de leur classe capitaliste nationale respective. Cette façon de faire rend impossible n’importe quel effort de coopération internationale qui nuirait à la profitabilité.

Une course au profit insensée

En raison du confinement, la demande commerciale s’est écroulée pour de nombreux produits et services. Certains producteurs agricoles préfèrent détruire la nourriture que de perdre davantage d’argent. Pendant ce temps, les gens ont toujours besoin de manger, y compris les travailleuses et les travailleurs qui ont été mis à pied. La seule façon de comprendre cette contradiction est de réaliser que le but réel de la production alimentaire sous le capitalisme n’est pas de nourrir la population, mais plutôt de faire du profit.

La recherche du profit est si forte sous le capitalisme que même une catastrophe – comme les changements climatiques menaçant la vie de presque toute la planète – n’est pas une raison suffisante pour provoquer un changement systémique. Pour les capitalistes, la destruction de l’environnement ne cessera jamais d’être rentable.

Notre santé prise en otage par les compagnies

Au cours des mois précédents, la réponse de nos gouvernements à la crise de la COVID-19 s’est limitée à la négociation avec les entreprises privées. Ils les ont encouragées ou incitées à changer leur production afin de fabriquer les respirateurs, les équipements de protection individuelle (EPI) et les autres fournitures nécessaires pour répondre à la crise. Si nous avions eu une économie socialement planifiée, tous les moyens de production seraient déjà entre les mains d’un gouvernement des travailleurs et travailleuses.

La production aurait pu être réorientée rapidement afin de produire les approvisionnements dont nous avons besoin. Notre infrastructure économique serait déjà habituée à travailler avec un plan pour servir l’intérêt commun. Cela aurait permis une intervention rapide et efficace. Les laboratoires médicaux et les chercheurs auraient pu être immédiatement mobilisés pour commencer à étudier les traitements et à préparer la production d’un potentiel vaccin, plutôt que de s’en remettre aux compagnies pharmaceutiques privées.

L’alternative : planifier la production

Les problèmes du capitalisme sont fondamentaux et irréformables. Mais, il existe une alternative à la dynamique des marchés capitalistes : la planification socialiste de la production. Le principe d’une économie socialement planifiée est d’assurer un niveau de vie décent pour tout le monde en société. La planification économique a pour tâche de concilier notre capacité de production avec nos besoins en élaborant un plan démocratique pour y répondre. Dans une économie socialement planifiée, le but de la production n’est pas de faire du profit pour les propriétaires, mais de pourvoir au bien commun.

En retirant un secteur économique de la logique du profit, nous pouvons réarticuler sa production sur les bases saines d’une gestion publique. En prenant la terre, la richesse et les machines aujourd’hui concentrées entre les mains du privé, nous pouvons les utiliser collectivement de manière totale et efficace, les libérant du gaspillage et de l’inefficacité de la concurrence capitaliste. En planifiant l’économie, nous pouvons tenir compte des intérêts à long terme des êtres humains et de la nature, en nous assurant d’utiliser les ressources naturelles de façon responsable.

Planifier démocratiquement

La propriété publique telle que nous la connaissons renferme le potentiel de planifier l’économie selon les véritables besoins de la population. Toutefois, la propriété publique sous le capitalisme ne suffit pas. Cette propriété publique doit être dirigée démocratiquement, dans l’intérêt des travailleurs et travailleuses.

Ainsi, l’élément le plus crucial de toute économie planifiée repose dans le contrôle démocratique qu’exercent les travailleuses et travailleurs concernés. Cela signifie que les conditions de travail, y compris la santé et la sécurité, ainsi que l’organisation et la répartition du travail, sont déterminées à travers un processus de débat et de décisions collectives. Tous les gestionnaires doivent être élu·es, sous réserve de révocation, et recevoir un salaire égal aux autres travailleurs et travailleuses. Toutes les personnes expertes et spécialistes doivent rendre des comptes au reste du personnel.

Alternative socialiste applique déjà ces principes pour ses membres élu·es dans différents parlements. Par exemple, notre conseillère municipale à Seattle, Kshama Sawant, gagne un salaire d’environ 80 000$/an. Elle ne garde que l’équivalent d’un salaire médian (45 000$/an). Elle redonne près de la moitié aux différentes campagnes de lutte en cours dans la ville.

Cette approche démocratique est très différente de celle adoptée par les entreprises publiques opérant au sein des États capitalistes actuels. Les institutions comme les universités et les hôpitaux, ou encore les sociétés d’État comme Postes Canada, Radio-Canada et Hydro-Québec, sont toutes dirigées de haut en bas par des bureaucrates. La relation entre les personnes dirigeantes et le personnel employé par ces entreprises n’est pas si différente de celle qui existe dans les entreprises privées.

Sans démocratie ouvrière, le contrôle bureaucratique de l’État conduit aux mêmes travers que la gestion privée : corruption, privilèges d’une élite et dégradation des conditions de vie et des écosystèmes. Critiquant la dérive bureaucratique de l’Union soviétique, Trotsky a écrit « une économie planifiée exige la démocratie, tout comme le corps humain a besoin d’oxygène ».

Le désastre de la COVID-19, une affaire de gestion privée

Durant la crise de la COVID-19, nous avons vu de nombreux exemples de grappes d’éclosions en milieu de travail. Les premiers décès attribuables au virus au Canada ont eu lieu au Centre de soins de longue durée Lynn Valley. Il s’agit d’un établissement à but lucratif qui fonctionnait avec une pénurie de personnel et des employé·es sous-payé·es. Récemment, la santé publique a été forcée de fermer une usine de transformation de volaille à Coquitlam, en Colombie-Britannique. Deux travailleurs ont obtenu un résultat positif au coronavirus. Ces deux cas, et d’autres comme eux, auraient pu être évités sous une démocratie ouvrière.

Les personnes atteintes pourraient être sauvées et les usines rester ouvertes. Pourquoi? Parce que les travailleuses et les travailleurs qui prendraient les décisions sont les mieux placé·es pour savoir quel type de travail est essentiel. Ces personnes savent comment l’améliorer et comment assurer leur sécurité au travail. Alors que les travailleuses et les travailleurs savent comment gagner du temps et conserver les ressources, les directions préfèrent réduire le personnel et ajouter plus de travail dangereux pour ceux qui restent. Elles forcent ainsi les gens à choisir entre leur gagne-pain et leur santé, et, par extension, la santé de leurs communautés.

La classe dirigeante capitaliste contrôle notre économie, les élites politiques et l’appareil d’État. Elle garde jalousement et maintient impitoyablement son contrôle. Seul un renversement de son système – une révolution – mené par une classe ouvrière unie pourra briser cet étranglement.

La crise capitaliste entourant la gestion de la COVID-19 fait prendre conscience à beaucoup de gens qu’un changement social est nécessaire. Et le développement de cette conscience passe par la lutte collective! L’économie planifiée et la démocratie ouvrière ne pourront être obtenues que de cette façon. C’est pourquoi Alternative socialiste exige des mesures immédiates pour garantir les moyens de subsistance de la population. L’aide économique doit aller à la classe ouvrière plutôt qu’aux banques et aux super-riches. Les travailleuses et les travailleurs doivent décider eux-mêmes quel service est essentiel et dans quelles conditions ils et elles travailleront. Cela passe par une sécurité absolue au travail. Pour l’assurer, il faut lutter pour un contrôle public et démocratique de toutes les compagnies privées liées à la production de matériel et de services médicaux essentiels la nationalisation des compagnies.

Simon-Pierre Lauzon

Pour en savoir plus, consultez notre programme de lutte contre la crise de la COVID-19

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