Salaires dans les services publics : Une hausse juste pour tout le monde!

La CSN a renoué, au début mai, avec une tradition de revendications salariales combatives. En vue des négociations du secteur public de 2020, la centrale a réintroduit la demande d’une indexation automatique des salaires au coût de la vie ainsi que celle d’une hausse salariale selon un montant fixe. Popularisons largement ces demandes chez les membres, dans tous les titres d’emploi des services publics!

Des centaines de milliers de travailleurs et de travailleuses des services publics, toutes allégeances syndicales confondues, élaborent en ce moment leur cahier de demandes pour la prochaine ronde de négociation avec le gouvernement. La proposition de politique salariale de la CSN ramène deux revendications historiques du mouvement ouvrier à l’avant-scène : l’échelle mobile des salaires et le montant fixe.

Pour une échelle mobile des salaires

Demander l’échelle mobile des salaires consiste à lutter pour réintégrer dans nos conventions collectives un mécanisme d’indexation annuelle automatique des salaires au coût de la vie. Cette revendication a été abandonnée au début des années 90. La réintégrer est un bon moyen de prévenir les “fausses augmentations” comme les montants forfaitaires et le « réajustement » de la relativité salariale. Il est toutefois obligatoire qu’elle s’accompagne d’une hausse salariale substantielle dès la première année pour stopper l’appauvrissement des bas salarié·e·s.

Pour un montant fixe

Voilà pourquoi la CSN demande une hausse salariale de 3$ la première année, pour tout le monde. C’est la première fois depuis 1976 qu’une demande salariale est faite selon le principe du montant fixe plutôt qu’en pourcentage. La différence est importante. Une augmentation de 1,5% pour un salarié qui gagne 40 000$/an représente 600$. Elle constitue le double, soit 1 200$, pour une personne qui gagne 80 000$/an. Cette logique creuse les écarts salariaux et accentue l’inégalité. Surtout dans un contexte où l’augmentation du coût de la vie affecte toujours plus durement les bas salarié·e·s.

Le caractère inégalitaire des demandes salariales en % a toujours été utilisé par le gouvernement pour diviser le mouvement syndical. C’est ce qui est arrivé en 2015 avec l’intégration de la relativité salariale dans l’offre finale du gouvernement. Cette mesure fixait une augmentation de 0.32%/h pour un préposé aux bénéficiaires (PAB), soit une hausse de 0.07$/h, alors qu’elle était en moyenne de 6,4%/h pour les titres d’emploi du secteur cégeps. Au fur et à mesure que les assemblées de haut salarié·e·s ont accepté l’entente de principe, les autres secteurs des services publics se sont démobilisés, démoralisés de se faire « lâcher ». L’entente du Front commun 2015 a laissé un goût amer aux bas salarié·e·s. L’application de la relativité salariale ce printemps a ravivé cette mémoire.

Le SECHUM change la donne

Une offre acceptable pour un titre d’emploi peut ainsi être un scandale pour un autre. Une acceptation large du montant fixe par les travailleurs et travailleuses des services publics permettrait de maintenir la solidarité entre les titres d’emploi et de favoriser l’unité des alliances syndicales. C’est pourquoi le Syndicat des employé·e·s du CHUM a mené dès décembre 2018 une énergique campagne pour l’indexation des salaires du coût de la vie (échelle mobile) et le montant fixe.

En février 2019, les quatre fédérations des services publics de la CSN ont dû se prononcer sur leur protocole d’alliance en vue des négociations 2020 avec le gouvernement. L’idée d’une « attention particulière pour les bas salariés » était sur la table. Mais, sans revendications concrètes inscrites dans le protocole, ces intentions étaient nettement insuffisantes. Lors des débats, l’indexation a rapidement été intégrée et le montant fixe a été laissé sur table.

Au début du mois d’avril, la CSN est allée de l’avant et a proposé une hausse de 1$/h la 1re année. Position insuffisante pour le SECHUM, le syndicat de 3 800 personnes a défendu une hausse de 5$/h la 1re année, pour tout le monde. Au terme des débats, le plancher a accepté à quasi-unanimité 3$/h la 1re année et 1$/h pour les deux années suivantes. Après consultation avec les autres fédérations de la CSN, le 3$/h la 1re année a été maintenu, mais les 1$/h fixes sont tombés en faveur de %.

Voici la proposition complète :

« Que les fédérations du secteur public de la CSN revendiquent :

  • L’introduction de clauses de convention collective qui assurent l’indexation annuelle à l’inflation selon l’IPC Québec ;

Pour la durée de la convention collective de trois (3) ans, selon la formule la plus avantageuse, l’indexation annuelle à l’inflation selon l’IPC Québec plus zéro virgule cinq pour cent (0,5 %) ou :

La première (1re) année, un redressement versé sous forme de montant fixe et intégré aux échelles de trois dollars (3 $) ;

La deuxième (2e) année, une hausse salariale de trois pour cent (3 %) ;

La troisième (3e) année, une hausse de trois pour cent (3 %). »

La bataille est loin d’être terminée

La principale contradiction de la proposition de la CSN est le maintien des hausses en pourcentage la 2e et 3e année, malgré l’acceptation d’un montant fixe pour la 1re. Pourquoi recreuser l’écart entre les hauts et les bas salarié·e·s? La seule raison apparente semble être une concession aux hauts salarié·e·s. Le montant fixe entre en collision directe avec la hiérarchisation des salaires. C’est la première fois depuis des décennies qu’elle est si fortement remise en cause.

Il est possible que la proposition avancée par la CSN soit, sous la pression des professionnel·le·s et des hauts salarié·e·s des autres syndicats, diluée, voire carrément abandonnée, lors de l’adoption finale des cahiers de demandes vers la fin du mois de septembre 2019. Si c’est le cas, ce sera présenté comme le prix à payer pour le maintien de l’unité intersyndicale. Il n’en tient qu’à nous de faire en sorte d’éviter ce scénario. Popularisons ces demandes parmi les syndiqué·e·s des services publics, parmi les membres des autres syndicats de bas salarié·e·s et surtout parmi les hauts salarié·e·s!

Un rapport de force à établir

Nous ne sommes pas en guerre contre les hauts salarié·e·s. Nous voulons simplement payer nos paiements et notre hypothèque sans nous appauvrir. Et comme ces personnes, défendre les services publics! Les discussions entre syndicats locaux de différents titres d’emploi pourront servir de base au développement de liens de solidarité intersyndicaux à la base. Même l’ancien ministre de la Santé, Gaétan Barrette, reconnaît que « les déclarations du premier ministre Legault sur les emplois payants ou sur le retard salarial de la fonction publique québécoise, combinées aux surplus budgétaires, placent les syndicats dans une position idéale ». Il faut battre le fer quand il est chaud: passons à l’offensive!

Le gouvernement a déjà prévu le coup

Or, le gouvernement Legault a déjà ouvert la porte à des augmentations salariales pour « certains titres d’emploi ». Cette stratégie de division pourrait prendre la forme d’une proposition de hausse substantielle des salaires pour les PAB, mais presque rien pour les autres titres d’emploi similaire.

Les actions militantes des dernières années ont permis de faire reconnaître, parmi la population, que les personnes qui s’occupent des malades ne sont pas uniquement des médecins et des infirmières. Pour qu’un traitement, qu’un hôpital ou qu’un centre de soin fonctionne, il faut une armée de personnes pour nourrir, nettoyer, prendre les rendez-vous, déplacer les patients, s’occuper du matériel, gérer les médicaments, etc. Le vidéo pour le personnel administratif du Syndicat des travailleuses et des travailleurs des Laurentides en santé et services sociaux (STTLSSS-CSN) témoigne bien de cette interdépendance entre les titres d’emploi.

L’unité du mouvement syndical, une question de classe!

Ne nous laissons pas diviser! Les membres d’Alternative socialiste luttent dans le mouvement syndical pour y favoriser l’unité de classe la plus large possible. Voilà pourquoi nous défendons l’action locale des travailleurs et des travailleuses sur la base de revendications concrètes et de campagnes positives. Par exemple, nous avons poussé la nécessité de hausser le salaire minimum à 15$/h maintenant. Nous avons aussi fait adopter la journée de perturbation économique du 1er mai 2015 dans nos différentes instances syndicales. Cette journée a été la plus grande action unitaire de classe depuis 2003.

Alternative socialiste est maintenant fière d’être un élément moteur dans la promotion de l’échelle mobile des salaires et du montant fixe dans les services publics. Ce type de revendications permet de démasquer la banqueroute de la gestion capitaliste des services publics. Pour les sauver, nous devrons nous battre pour le pouvoir politique local et national, le pouvoir de gérer tous les services essentiels à notre qualité de vie dans l’intérêt de la majorité.

Si défendre concrètement les idées socialistes dans le mouvement syndical vous intéresse, joignez Alternative socialiste!

3$ pour tout le monde la 1re année !

Rien en bas du coût de la vie les années suivantes !

Pour une augmentation salariale égale pour tout le monde !

Bruno G., membre du SECHUM et d’Alternative socialiste

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