Les codes vestimentaires féminins ou comment détourner les débats

Alternative socialiste lutte pour que les femmes de toutes origines, de toute confession, de toutes orientations sexuelles puissent exercer leur droit à un travail décent sans ingérence gouvernementale dans leurs garde-robes.

Société de classe, vêtement de classe
De tout temps, on a tenté d’imposer aux travailleurs et travailleuses des codes vestimentaires. Selon la classe sociale, le métier ou l’origine d’une personne, on s’attend à ce qu’elle s’habille selon certaines normes sociales. Le bleu est la couleur du monarque, le blanc celle de la pureté et le noir celle du deuil. Ces règles ne sont pas les mêmes chez tous les peuples, bien entendu. Certains vêtements sont issus de traditions culturelles ou religieuses et sont alors portés fièrement ou lors de certaines fêtes. Parfois, les vêtements deviennent une manière d’exprimer sa personnalité voire même ses opinions politiques.

Sous le capitalisme occidental moderne, certains codes vestimentaires ont fait surface. Le banquier portera un costume sombre à fines rayures, la responsable des ressources humaines un vêtement coloré, mais sobre, le patron moderne un jean (sans trous, bien entendu) et une chemise colorée, mais pas trop, la publicitaire se permet un look plus funky puisque ça fait partie du métier.

Codes vestimentaires, constructions sociales
Ces codes vestimentaires découlent des rôles sociaux imposés par la société capitaliste. On nous répète souvent qu’il faut s’habiller pour l’emploi que l’on veut obtenir. Qu’il y a des règles à suivre pour paraître compétent·e et que de ne pas les suivre constitue un crime suffisamment grand pour se voir refuser un emploi ou une promotion.

Techniquement, la Charte des droits et libertés garantit aussi le droit de porter ce que l’on souhaite. Pourtant, les préjugés ont la vie dure. C’est encore plus vrai pour les femmes qui ne doivent être ni trop ni pas assez maquillées ou pour les personnes issues de l’immigration qui ont peut-être appris des codes différents.

Ces codes vestimentaires servent à nous distinguer les un·e·s des autres pour nous garder à notre place dans la société : les boss en complets chics et de bon goût, les travailleurs et travailleuses avec des vêtements plus ordinaires qui démontrent bien notre appartenance sociale.

Imposer ce que les femmes doivent porter
Dès qu’une personne se permet de déroger du code et ce, encore plus lorsqu’il s’agit d’une femme, on jette de grands cris : « le décorum ne permet pas de porter un t-shirt à l’Assemblée nationale », « cette jupe est trop courte (ou longue, selon le cas) », « seules les femmes soumises portent des hijabs »… Et voilà, un nouveau débat de société est lancé!

Force est de constater que c’est souvent sur le dos des femmes que se fait le débat sur le code vestimentaire approprié. Les femmes sont souvent prises à partie pour leurs vêtements. Ils sont toujours trop quelque chose ou pas suffisamment son contraire. Impossible de manœuvrer. Seule solution : céder et acheter plus de vêtements. Qu’on nous reprochera plus tard d’avoir acheté dans une entreprise qui exploite des enfants !

Les femmes sont vite coupables d’en montrer trop, ou trop peu. Le débat actuel sur le port des signes religieux ne fait pas exception. La société québécoise semble accepter plus facilement qu’une femme soit à moitié nue pour vendre une auto ou qu’un employeur force ses employées à porter des talons hauts, mais pas qu’une femme choisisse en toute liberté de porter un hijab.

Revenir aux vrais enjeux
Il serait temps de reconnaître que nous, les femmes, avons la capacité de déterminer seules quels vêtements nous conviennent. Nous n’avons pas besoin d’une loi pour nous dicter ce que nous avons ou non le droit de porter au travail. Ce dont nous avons besoin, c’est d’une réelle équité salariale. Des lois qui vont enfin faciliter la conciliation travail-famille. D’un salaire minimum décent. De services publics à la hauteur de nos besoins. Nous avons besoin que la discrimination et le harcèlement cessent dans nos milieux de travail. Nous avons besoin que notre droit au travail soit un droit inaliénable. Peu importe la couleur de nos voiles et la longueur de nos jupes.

Alexandra L.

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