PERSPECTIVES 2019 : III. Pour un mouvement étudiant uni, démocratique et socialiste!

À l’image du syndicalisme, le mouvement étudiant traverse une crise politique après la chute du bloc soviétique et le triomphe du néolibéralisme. Au tournant des années 90, des jeunes du Parti québécois (PQ) créent la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) et de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ). Ces fédérations adoptent une approche de concertation et de collaboration avec le patronat, les centrales syndicales et les gouvernements néolibéraux.

En 1994, les deux fédérations sont les seules organisations étudiantes nationales au Québec. Elles ne favorisent pas la démocratie directe en leur sein et utilisent uniquement le lobbying pour représenter le mouvement étudiant auprès du gouvernement péquiste.

Refondation d’un mouvement étudiant combatif et démocratique

En 1995, le paiement des transferts fédéraux pour l’éducation post-secondaire est arrêté. La lutte contre cette réforme donne naissance au Mouvement pour le droit à l’éducation (MDE). Le MDE conteste l’hégémonie des fédérations étudiantes et revendique notamment la gratuité scolaire. Il oppose son approche de mobilisation de masse à celle de lobbyisme et de concertation des fédérations.

Le MDE rassemble entre 12 000 et 25 000 membres issues d’une demi-douzaine d’associations étudiantes. Les comités locaux étudiants ainsi que les individus peuvent aussi être membres du MDE. Cette ouverture permet à des éléments d’extrême gauche non étudiants de noyauter la direction du MDE.

Grève de 1996

En 1996, la ministre péquiste de l’Éducation, Pauline Marois, laisse planer la menace d’un dégel des frais de scolarité et de compressions en éducation dès l’automne. Le MDE lance un appel à une grève générale illimitée (GGI) devant débuter lors du Sommet socio-économique de la fin octobre. Une trentaine d’associations étudiantes de cégeps débrayent jusqu’à cinq semaines.

La FECQ et la FEUQ, qui s’opposent aux actions de grève, sont dépassées par le mouvement. Elles claquent la porte du Sommet – auquel elles étaient les seules conviées – et tentent de reprendre la direction du mouvement étudiant. Seules interlocutrices étudiantes accréditées par la ministre, les fédérations négocient une sortie de crise sans le MDE. Lors d’un point de presse avec la FEUQ, la ministre déclare le maintien du gel. Du même souffle, elle annonce une série de compressions et de privatisations en éducation, dont la taxe à l’échec.

Le MDE contribue à la mise sur pied d’une campagne de boycottage de la taxe à l’échec. À l’automne 1999, le MDE tente un nouveau mouvement de grève générale pour une meilleure accessibilité en éducation. La mobilisation est un échec.

L’année suivante, la FECQ et la FEUQ donnent leur aval aux politiques universitaires néolibérales du gouvernement lors du Sommet du Québec et de la jeunesse. Le MDE, non invité aux discussions, boycotte ce Sommet et manifeste à l’extérieur.

À l’automne 2000, le MDE se liquide. Les luttes politiques internes déchirent sa direction qui s’écroule, endettée.

Création de l’ASSÉ

Néanmoins, le mouvement de boycottage contre la taxe à l’échec et la mobilisation contre le Sommet des Amériques donne naissance à l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ) en 2001. L’ASSÉ cherche à dépasser les limites organisationnelles du MDE, tout en conservant son héritage de mobilisation et de démocratie. Le membership individuel n’est plus admis. L’ASSÉ organise désormais le mouvement étudiant à un niveau national sous l’étiquette d’un syndicalisme étudiant de combat. Elle regroupe presque autant d’associations que le MDE avant elle. La taxe à l’échec est abolie la même année.

Grève de 2003

En 2003, les libéraux de Jean Charest l’emportent sur les péquistes de Bernard Landry. L’ASSÉ lance un mot d’ordre de GGI contre la hausse des frais au niveau collégial. L’échec de la mobilisation permet aux militant·e·s de constater l’ampleur du travail que nécessite l’organisation d’une telle grève.

Grève de 2005

Au printemps 2004, les libéraux annoncent que les bourses étudiantes seront réduites 103M$ et que ce montant sera reconverti en prêts. Au début 2005, l’ASSÉ entame un mouvement de GGI contre ces coupures dans le régime d’aide financière aux études. Les fédérations opposent leur approche de lobbyisme à celle de la grève. L’ASSÉ élargit alors ses structures pour favoriser la plus grande mobilisation possible. Sa coalition large, la CASSÉÉ, regroupe 47 000 étudiant·e·s contre les coupures dans une perspective de gratuité scolaire.

En mars, 70 000 étudiant·e·s sont en grève. Dépassées par le mouvement qui touche aussi leurs associations, la FECQ et la FEUQ finissent par appeler à la grève. Le ministre de l’Éducation Jean-Marc Fournier décide alors d’exclure la CASSÉÉ, jugée « violente », de la table de négociation. Le 16 mars, alors que 170 000 étudiant·e·s sont en grève, près de cent mille participent à une marche appelée par les trois organisations nationales.

Au terme de négociations secrètes au début avril, la FECQ et la FEUQ signent une entente à rabais avec le gouvernement. La FEUQ recommande cette entente à ses associations, tandis que la FECQ et l’ASSÉ la soumettent en assemblées générales. Plus de 110 000 étudiant·e·s la rejettent. Toutefois, la majorité des associations étudiantes décident de cesser la grève dans l’esprit de repli stratégique mis de l’avant par la direction de l’ASSÉ. Cette grève – qui a duré 7 semaines pour certaines associations – est alors la plus longue de l’histoire du mouvement étudiant québécois.

Grève de 2007

Réélu en mars 2007, le Parti libéral hausse les frais de scolarité. L’ASSÉ, qui compte désormais 40 000 membres, tente seule une GGI de quelques semaines. Elle échoue à mobiliser sa base et la hausse est confirmée.

Grève de 2012

En 2011, le gouvernement libéral de Jean Charest annonce une augmentation des frais de scolarité universitaires de 1 625$ sur 5 ans. Après avoir effectué une campagne d’information partout au Québec, l’ASSÉ déclenche un mouvement de GGI en février 2012 contre la hausse, dans une perspective de gratuité scolaire.

L’ASSÉ élargit de nouveau ses structures. La CLASSE réussit à coaliser 102 000 membres. Son agenda militant fait adhérer de nouvelles associations aux dépens de la FECQ et de la FEUQ.

La Coalition large de l’ASSÉ coordonne la grève au niveau national avec la FECQ et la FEUQ. En mars, plus de 300 000 étudiant·e·s sont en grève sur un total d’environ 400 000. Pendant 8 mois, des manifestations de centaines de milliers de personnes et d’innombrables actions font de cette grève la plus longue et la plus imposante de l’histoire du Canada. En référence au Printemps arabe, le mouvement est surnommé Printemps érable. Ce mouvement aura une influence politique déterminante pour toute une génération de militant·e·s.

Perdant le contrôle de la situation, le gouvernement adopte en mai une loi restreignant le droit de manifester et de rassemblement. Une répression policière brutale s’abat sur le mouvement de contestation à travers tout le Québec. Au terme du conflit, 3 509 personnes ont été arrêtées. Environ 1 400 n’auront aucune accusation portée contre elles. Le service de police de la ville de Montréal signale que « jamais un corps policier au Québec, voire au Canada ou aux États-Unis, ne fut confronté, quotidiennement, a un mouvement social d’une telle intensité.»

La répression, qui vise également l’activité syndicale, polarise la situation. Le mouvement de contestation s’étend alors à toute la population. Le gouvernement Charest est forcé de tenir des élections générales anticipées en septembre. Non seulement les libéraux perdent les élections, mais son chef n’est même pas réélu dans sa propre circonscription.

Durant l’été, les membres de l’ASSÉ élisent une nouvelle direction. Plutôt que d’appuyer Québec solidaire (QS) – le seul parti qui défend toutes les revendications des étudiant·e·s – cette direction fait la promotion du boycottage des élections et de la poursuite de la grève, malgré l’essoufflement. Cette stratégie isole le secteur le plus combatif du mouvement étudiant et laisse tout l’espace politique au PQ de Pauline Marois. Les jeunes votent massivement pour le PQ, qui présente la présidente de la FEUQ et le président de la FECQ sous sa bannière. Ce dernier est élu. Sitôt élu, le PQ annule la hausse des frais de scolarité, mais les indexe par la suite.

Fragmentation du mouvement étudiant

Après la grève, les fédérations étudiantes traversent une période de crise. La FECQ connaît une vague de désaffiliation dès 2012. Des associations universitaires désaffilient la FEUQ à partir de 2013.

Cette dernière se dissout en février 2015. Deux fédérations étudiantes universitaires en émergent: l’Union Étudiante du Québec (UEQ) et l’Association pour la Voix Étudiante du Québec (AVEQ). Si plusieurs référendums d’affiliation à l’UEQ ont lieu, la plupart se soldent par une victoire du non. Comme la FEUQ avant elles, ces fédérations sont proches du PQ et du Bloc québécois. Peu militantes, ces fédérations étudiantes misent sur le lobbyisme et la concertation avec les gouvernements.

Déclin de l’ASSÉ et décentralisation

Après 2012, l’ASSÉ décline lentement. Sa direction traverse une crise politique et organisationnelle qui désoriente son action. Au printemps 2015, un mouvement de grève se forme en réaction aux coupures dans les services publics effectuées par le nouveau gouvernement libéral de Philippe Couillard.

L’ASSÉ perd l’initiative du mouvement au profit des comités Printemps 2015 (P15), un réseau décentralisé des militant·e·s principalement basé dans les cégeps et universités de Montréal. Les dirigeant·e·s informel·le·s de P15 sont en conflit ouvert et en compétition avec la direction nationale de l’ASSÉ.

Plutôt que de mener une campagne sur des enjeux étudiants concrets, les comités P15 proposent une lutte abstraite contre « l’austérité et les hydrocarbures ». P15 souhaite être la bougie d’allumage d’une « grève sociale », censée enflammer l’ensemble de la société. Son horizon stratégique est celui d’une grève qui doit s’étirer jusqu’à la chute du capitalisme.

Plusieurs associations étudiantes « sous-traitent » aux comités P15 le travail de mobilisation et d’information de leurs membres. À son paroxysme, le mouvement étudiant de 2015 regroupe 60 000 étudiant·e·s en grève pendant trois semaines. Appelée par l’ASSÉ, une manifestation nationale rassemble 135 000 personnes le 2 avril.

Le mouvement tombe immédiatement après. D’un côté, la direction de l’ASSÉ est politiquement faible et veut suspendre la grève pour la reprendre à l’automne. De l’autre, le discours radical abstrait, les pratiques démocratiques affinitaires (représentation non élue et non redevable aux assemblées générales étudiantes) ainsi que la structure décentralisée des comités P15 ne favorisent pas la participation des étudiant·e·s aux décisions et aux actions. Ces pratiques nuisent à leur légitimité auprès de la base étudiante et de la population en général.

Le mouvement étudiant de 2015 est incapable d’établir des liens de solidarité réels avec le mouvement syndical et ne réussit pas à mobiliser des alliés hors des établissements scolaires. Il échoue à établir un rapport de force avec le gouvernement.

Le soulèvement spontané d’une « grève sociale » tant espérée ne se produit pas. Les éléments les plus radicaux se retrouvent isolés et face à une répression, notamment à l’UQAM. Cet échec accélère la dynamique de repli des éléments de P15.

Lors du congrès de l’ASSÉ en avril 2015, la tendance décentralisatrice issue de P15 réussit à faire destituer tous les membres de l’exécutif national. L’absence prolongée d’une direction à l’ASSÉ entraîne une déstructuration interne grave. Des luttes de tendances suivent et mènent à plusieurs suspensions et désaffiliations d’associations étudiantes.

Campagnes contre les violences sexuelles

À partir de 2014, des cas d’agressions sexuelles dans des universités poussent les étudiant·e·s à s’organiser. La campagne de sensibilisation sur le consentement sexuel menée par l’Université de Montréal, son Bureau d’intervention en matière de harcèlement (BIMH) et la Fédération des associations étudiantes du campus de l’Université de Montréal (FAÉCUM) favorise la convergence des forces sur le sujet. Au printemps 2016, 16 établissements universitaires et 19 associations étudiantes locales lance la campagne Sans oui, c’est non.

En octobre 2016, un étudiant de l’Université Laval agresse sexuellement plusieurs femmes dans une résidence étudiante. Deux jours plus tard, des centaines de personnes se rassemblent devant la résidence en solidarité avec les victimes. Cet événement propulse les initiatives contre les violences sexuelles.

De nombreux comités femmes autonomes se forment sur les campus pour dénoncer le sexisme, la culture du viol et les agressions à caractère sexuel dans les milieux d’enseignement. Durant l’année 2017, celle du mouvement de dénonciations #MeToo, les fédérations étudiantes nationales ainsi que les associations de l’université et du cégep de Sherbrooke mettent sur pied des campagnes contre les violences à caractère sexuel. Un projet de loi déposé en décembre oblige les établissements post-secondaires à se doter d’un plan de lutte contre les agressions sexuelles.

À partir de 2016, c’est la revendication pour la rémunération des stages, position adoptée par la FECQ et l’ASSÉ, qui commence à mobiliser les étudiant·e·s. Face à l’inaction des associations nationales sur cet enjeu, la campagne s’organise hors de leurs structures.

Lutte pour la rémunération des stages

À l’automne 2016, des éléments critiques de l’ASSÉ font désaffilier leur association étudiante au cégep Marie-Victorin. Ces personnes mettent ensuite sur pied le premier Comité unitaire sur le travail étudiant (CUTE). À l’image de P15, le CUTE est un réseau de comités décentralisés présents sur des campus de cégeps et d’universités. Officiellement, le CUTE n’a pas de membership ni de direction. Ses architectes opposent leur mode de fonctionnement à celui des fédérations et des associations étudiantes locales jugées trop centralistes et bureaucratiques, raison de leur incapacité politique.

Théoriquement ancré dans l’autonomisme italien, le CUTE milite pour la rémunération du travail intellectuel étudiant (salariat étudiant universel). Sa campagne principale dans le milieu étudiant est celle de la rémunération de tous les stages.

Dès le départ, le CUTE souligne que la majorité des stages non rémunérés appartiennent au domaine des services sociaux – où œuvrent principalement des femmes – tandis que ceux qui sont rémunérés se trouvent dans des domaines traditionnellement masculins comme la médecine, l’ingénierie ou l’informatique. Cet angle féministe attire plusieurs femmes qui étudient en travail social, en enseignement et en soins infirmiers. Elles prennent la tête de la campagne.

Le mouvement pour la rémunération des stages est essentiellement féminin. L’approche féministe du CUTE lui permet d’être la seule campagne qui organise et mobilise les nouvelles couches de jeunes femmes radicalisées.

À l’automne 2016, le CUTE joue un rôle dans la grève des stages menée par des étudiantes en psychologie. La grève de 3 mois se solde par le gain d’une compensation pour l’internat. La campagne s’étend dans plusieurs régions du Québec. Le 2 novembre, le CUTE rassemble une centaine de personnes à Montréal pour une manifestation sur la reconnaissance du travail étudiant.

À partir du printemps 2017, l’ASSÉ est au bord de l’implosion. D’une part, l’influence de l’identity politic sur les pratiques de l’association empoisonne les débats et paralyse l’action politique de masse. À titre d’exemple, le Comité femmes de l’ASSÉ propose de suspendre 12 associations membres (soit 30% du membership) en raison de leur absentéisme et de leur absence de campagne féministe. D’autre part, certains éléments du CUTE jouent sur le mécontentement des associations de région pour favoriser une rupture d’avec l’ASSÉ. Les militant·e·s du CUTE du cégep de Sherbrooke, également exécutant·e·s de leur association étudiante, proposent à plusieurs reprises la dissolution de l’ASSÉ en congrès.

Pour la première fois à l’appel du CUTE, des associations étudiantes représentant 30 000 étudiants votent une journée de grève pour la rémunération des stages le 16 février. Le CUTE rassemble alors quelques centaines de personnes lors d’une manifestation à Québec.

Les comités régionaux du CUTE s’organisent en région. En novembre 2017, QS fait adopter une motion d’appui aux stagiaires en enseignement à l’Assemblée nationale. Deux autres journées de grève étudiante pour la rémunération des stages sont votées. Celle du 10 novembre compte 20 000 étudiant·e·s en grève et celle du 20 février 2018, 15 000. Un mois plus tard, la ministre de l’Enseignement supérieur annonce une compensation pour le stage final en enseignement.

Le 8 mars, alors que 30 000 étudiant·e·s font grève, la manifestation du CUTE rassemble quelques centaines de personnes, essentiellement de jeunes femmes combatives.

À l’occasion des élections provinciales d’octobre 2018, le CUTE refuse de considérer la lutte politique partisane aux côtés de QS comme une option. Le réseau se coupe volontairement du front parlementaire et profite des élections pour lancer un ultimatum au futur gouvernement.

Suivant cette approche jusqu’au-boutiste, le CUTE organise une semaine de grève en novembre comme prélude à une grève générale illimitée en février 2019. Plus d’une trentaine d’associations étudiantes totalisant 58 000 membres vote au minimum une journée de grève le 21 novembre 2018. Près de 2 000 personnes se rassemblent à Montréal et 125 autres à Sherbrooke afin de manifester pour la rémunération de tous les stages. Cet enjeu bénéficie d’une couverture médiatique relativement positive et s’impose comme débat dans la sphère publique.

Depuis 2016, seule la campagne de terrain des CUTE donne une consistance politique massive au mouvement étudiant. L’ASSÉ y joue un rôle de second plan. Cette association en souffre et passe de 80 000 membres à environ 50 000 en 2018. La FECQ, l’UEQ et l’AVEQ, qui représentent respectivement 78 000, 79 000 et 42 000 membres, ne jouent aucun rôle durant les mobilisations de novembre. L’inertie politique et les problèmes financiers de l’AVEQ provoquent la désaffiliation de 2 de ses 3 associations membres en automne 2018.

Plusieurs associations étudiantes sans affiliation nationale se retrouvent isolées en terme politique et organisationnel. Cette décentralisation célébrée par les CUTE joue le jeu des fédérations étudiantes qui retrouvent leur représentativité d’antan.

Stages et tarification

À l’aube de 2019, la volonté du nouveau gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) de revoir la tarification d’une série de services, notamment de transport en commun, annonce de nouveaux combats pour le mouvement étudiant. Une lutte contre une hausse des frais de scolarité et pour la gratuité scolaire pourrait réémerger. L’opposition actuelle des CUTE à ces revendications risquerait de mettre leur pertinence et leur utilité à rude épreuve. Une telle lutte offrirait la possibilité de reconsolider une association étudiante nationale combative.

Malgré l’ouverture de façade du nouveau ministre de l’Éducation, la lutte pour la rémunération de tous les stages demeure nécessaire. Le mouvement actuel peut établir un rapport de force économique important avec le gouvernement en coordonnant une grève des stagiaires. Toutefois, si certains programmes universitaires avec stage obligatoire sont déjà mobilisés, de nombreux autres ne le sont pas, notamment dans les cégeps.

La meilleure arme dont dispose le mouvement étudiant est sa capacité à déclencher une grève générale illimitée. Une GGI victorieuse implique toutefois deux conditions : mobiliser les associations étudiantes en faisant vivre leurs structures démocratiques et assurer une collaboration et une concertation nationale des associations afin d’agir simultanément.

Les CUTE sont de formidables comités de mobilisation étudiants. Leurs principes de décentralisation excluent néanmoins toute forme de représentation et de coordination nationale. Le mouvement étudiant devra reconstruire une direction politique nationale légitime, combative et démocratique afin de surmonter cette contradiction et réaliser des gains d’envergure nationale.

Une grève massive des stagiaires dans l’ensemble du Québec semble donc peu probable à l’hiver. L’absence de coordination nationale de la lutte constitue le principal obstacle à cette mobilisation de masse. Le mouvement actuel est vulnérable à la division et à la logique d’arrangements au cas par cas promu par les fédérations étudiantes.

Pour un mouvement étudiant socialiste

Seul un mouvement démocratique de grève étudiante, étendu massivement à l’échelle du Québec, soutenu par des organisations syndicales — dont celles des auxiliaires de recherche et d’enseignement — et finalement capable d’utiliser QS comme caisse de résonance à l’Assemblée nationale est en mesure de gagner son bras de fer avec le gouvernement de François Legault.

Le combat pour la rémunération de tous les stages est un jalon important de la lutte contre la précarité et la pauvreté des étudiant·e·s. Il pourrait constituer le premier mouvement de masse capable de porter un coup au gouvernement caquiste.

Le mouvement étudiant doit s’armer d’un programme socialiste s’il veut réellement mettre fin à l’exploitation et à la précarité. Cette lutte doit se mener avec la classe des travailleurs et des travailleuses, la seule force sociale capable de s’emparer du pouvoir politique et de mettre un terme aux inégalités vécues par les étudiant·e·s et l’ensemble de la population.

En plus des stages rémunérés, les étudiant·e·s ont notamment besoin d’un enseignement gratuit, accessible et de qualité. Des luttes massives de l’ensemble des travailleurs, des travailleuses et des étudiant·e·s seront nécessaires pour obtenir un refinancement public massif de l’enseignement et des services publics. La rémunération des stages doit également aller de pair avec le refinancement public du milieu communautaire qui repose notamment sur le travail non rémunéré des stagiaires. Seule une société socialiste, où la classe des travailleurs et des travailleurs a renversé le capitalisme et s’est emparée des principaux leviers politiques et économiques, peut garantir une telle amélioration de nos conditions de vie.

L’animation de comités d’Étudiant·e·s socialistes est un outil essentiel pour défendre un programme socialiste dans la base étudiante ainsi que pour gagner la direction nationale du mouvement étudiant à ce programme.

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