Pour une autodéfense démocratiquement organisée!

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L’autodéfense du peuple ukrainien contre l’invasion russe est particulièrement héroïque. Des milliers de personnes prennent les armes contre la prise en main de leur existence par un dictateur tel que Poutine. Cette autodéfense est juste et nécessaire.

Un pays en crise

Malgré ses ressources naturelles, l’Ukraine est un pays en crise. Après la chute des dictatures staliniennes et l’indépendance du pays en 1991, ce pays n’a jamais connu la prospérité. La nature dictatoriale du régime, la corruption et la baisse du niveau de vie après la récession de 2008-09 (lorsque l’économie s’est contractée de 15%) ont provoqué des mobilisations sociales en 2014. Mais ce mouvement, l’Euromaïdan, a été détourné en une discussion sur l’Ouest contre l’Est, l’Union européenne contre la Russie. La situation désespérée de la population a fait naître des illusions envers l’Union européenne (UE), alors que la Russie ne voulait pas relâcher son emprise sur l’économie ukrainienne. En l’absence d’un mouvement ouvrier fort, la protestation s’est transformée en une lutte entre intérêts impérialistes, cette lutte dans la région orientale du Donbass se poursuivant depuis lors par des moyens militaires.

Ce n’est qu’en 2016 qu’il y a eu une forte croissance économique, notamment grâce à l’argent envoyé par les émigré·es. Ces fonds (12 milliards de dollars en 2019) ont dépassé les prêts du FMI. Toutefois, la croissance est restée très inégale et les salaires très bas. Le secteur des technologies de l’information, qui représente 7 % des exportations, offre des salaires élevés, allant jusqu’à 1000 dollars par mois, alors que le salaire moyen en Ukraine n’est que de 500 dollars par mois.

La politique néolibérale du gouvernement pro-UE, avec le soutien de l’extrême droite, a raboté le niveau de vie des travailleurs et travailleuses et des jeunes. Cette tendance a été renforcée par le prix élevé du conflit militaire à l’Est. Les prix du gaz et du logement, entre autres, ont augmenté et les plus grandes entreprises publiques ont été privatisées.

Dans ce contexte, Zelenski a été élu en 2019 comme un outsider qui n’avait entretenu aucun lien avec les oligarques ou l’establishment politique corrompu. Il a promis une croissance économique de 40% sur cinq ans, qu’il entendait atteindre en intensifiant encore les contre-réformes libérales et en créant un «climat d’investissement attractif». Zelenski a rapidement dû remanier son gouvernement en raison de sa forte baisse de popularité due à l’absence de changement. Les luttes des travailleurs et travailleuses pour de meilleurs salaires se sont multipliées et les femmes ont aussi commencé à descendre dans les rues.

La crise du coronavirus a provoqué un tournant dans la politique: les privatisations ont été arrêtées et des investissements ont été réalisés dans les petites entreprises et les soins de santé. Cela n’a toutefois pas suffi à améliorer les conditions de vie, surtout lorsque les confinements dans d’autres parties de l’Europe ont fait pression sur les revenus des émigré·es.

Avant la guerre, la popularité de Zelenski était au plus bas puisque ses promesses de changement et de rupture avec la politique au service des riches oligarques n’avaient pas été tenues.

De l’autodéfense militaire à l’autodétermination politique

La guerre a renforcé la popularité de Zelenski: il a choisi de rester sur le terrain plutôt que de s’exiler en toute sécurité. Il est considéré comme un combattant courageux qui ne se résigne pas face à l’invasion russe.
La question de savoir ce que le peuple ukrainien veut à la place de l’occupation russe reste toutefois entière. Un retour à une politique au service des oligarques? Le nationalisme peut aider à garder le moral, mais permet-il également de mettre du pain sur la table? Les bases de l’Ukraine d’après-guerre doivent être posées dans le cadre de l’autodéfense actuelle.

Il faut défendre chaque pas vers une autodéfense organisée démocratiquement, impliquant le plus grand nombre de personnes possibles dans le respect de l’individualité de chacun, quelle que soit sa langue. Ceux et celles qui prennent les armes ne doivent pas laisser l’initiative de la gestion de la société aux oligarques, et encore moins à l’extrême droite qui, avant la pandémie, s’opposait invariablement aux travailleurs et travailleuses en lutte pour des hausses de salaire.

La classe ouvrière doit organiser elle-même la société. Pour y parvenir, la reconnaissance des droits des minorités nationales est essentielle. Cela renforcera la résistance collective à l’invasion russe et compromettra un scénario de guerre civile par la suite. La crise politique de ces dernières années est due au manque de perspectives de progrès pour la population. Une telle perspective ne viendra ni des oligarques, ni des politiciens libéraux, ni de l’Union européenne, qui organise une misère croissante dans ses propres pays.

La classe ouvrière doit prendre le contrôle de la richesse potentielle de l’Ukraine et l’utiliser pour rendre possible un avenir pacifique et prospère. C’est le changement socialiste pour lequel nous nous battons dans le monde entier.

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