Convoi de camions : Les directions syndicales doivent se réveiller!

Depuis plus de dix jours, le centre d’Ottawa est bloqué par le «convoi de la liberté», une manifestation nationale qui demande la fin de toutes les mesures sanitaires fédérales et provinciales contre la COVID-19. Certaines personnes sont allées plus loin et ont appelé à la destitution du gouvernement élu.

La couverture de ces convois a totalement dominé l’actualité canadienne depuis. Cela contraste avec l’absence de couverture du genre pour les nombreux rassemblements pour la justice climatique des dernières années. 

Des foules de manifestants et de manifestantes — dont l’identité politique varie — sont descendues dans les rues pour appuyer les convois. Un blocage à Coutts, sur la frontière entre les États-Unis et le Canada, a sporadiquement réussi à fermer le principal passage routier entre l’Alberta et les États-Unis.

Au cours de la fin de semaine du 5 et 6 février, des convois ont été organisés dans de nombreuses villes du pays. Au moment où cet article est mis en ligne, des manifestations sont en cours à Ottawa et à Coutts, en Alberta. Le 7 février, une manifestation a interrompu la circulation vers les États-Unis sur le pont Ambassador entre Windsor et Detroit. Ce passage est le plus fréquenté par les camions entre les deux pays, emprunté par plus de 10000 véhicules commerciaux par jour. Ce blocage rendra la vie encore plus difficile aux camionneurs qui l’empruntent!

Les principales personnes qui organisent ces convois et blocages, à l’insu de bon nombre de celles qui y participent, sont ouvertement des suprémacistes blancs. Tamara Lich, qui a recueilli plus de 10 millions de dollars sur GoFundMe pour le convoi, est une ancienne membre du défunt parti Wexit, célèbre pour avoir affirmé que le gouvernement Trudeau espère «dépeupler [le Canada] de la race blanche anglo-saxonne». Pat King, un organisateur clé de la collecte de fonds dans les premiers jours du convoi, est bien connu dans les cercles racistes extrémistes. Christopher Pritchard, qui a pris la parole lors du rassemblement à Ottawa, est connu pour ses opinions antisémites et racistes. Canada Unity, qui a lancé le convoi, a été fondé par James Bauder, un partisan de la théorie du complot QAnon. Romana Didulo, très présente dans QAnon et se décrivant comme «la reine du Canada» a brûlé le drapeau canadien lors des manifestations d’Ottawa. En décembre, elle a exhorté en ligne ses adeptes à «tirer pour tuer toute personne qui tente d’injecter des enfants de moins de 19 ans (avec les vaccins contre la COVID-19)». L’extrême droite québécoise est également impliquée, notamment La Meute, un groupe anti-islam.

Parmi les autres grands acteurs figurent le mastodonte des médias sociaux de l’alt-right Rebel Media et les membres de United We Roll, un groupe de camionneurs d’extrême droite qui ont organisé un précédent convoi vers Ottawa en soutien aux pipelines en 2019. Ils ont aussi déjà collaboré avec le patronat et la police de Regina pour menacer les grévistes des raffineries. Le fondateur de Tesla et SpaceX, Elon Musk, a également tweeté son soutien le 28 janvier, en déclarant: «Les camionneurs canadiens déchirent.»

L’accueil à Ottawa a été mitigé. Plusieurs député⋅es du Parti conservateur ont indiqué leur soutien au convoi. Le député conservateur Michael Cooper a distribué du café aux personnes manifestant durant les premiers jours. L’ex-chef conservateur Erin O’Toole, qui s’oppose aux mandats de vaccination et soutient le droit du convoi à manifester, a appelé le premier ministre Trudeau à rencontrer les manifestants et manifestantes pour entendre leurs préoccupations. La décision de M. Trudeau d’exiger une preuve de vaccination pour les camionneurs transfrontaliers a été l’élément déclencheur du convoi. Jusqu’à présent, Trudeau a refusé de les rencontrer, critiquant à juste titre l’utilisation par certaines personnes de symboles nazis et racistes, le fait qu’elles aient uriné sur le Monument commémoratif de guerre, dansé sur la Tombe du Soldat inconnu et eu un comportement intimidant. Il a également refusé d’abroger le mandat de vaccination pour le moment, bien qu’il faille noter que les États-Unis ont actuellement une mesure similaire en place.

Entre-temps, plusieurs associations de camionnage se sont prononcées contre les manifestations, notamment le Private Motor Truck Council of Canada, l’Atlantic Provinces Trucking Association et l’Alliance canadienne du camionnage.

De nombreux camionneurs de l’Alberta sont frustrés par le blocage de Coutts. Ils ne peuvent pas effectuer leur travail ou doivent faire de longs détours sur des routes plus étroites et moins sûres.

Les camionneurs canadiens d’origine sud-asiatique représentent 18% de l’ensemble des camionneurs canadiens et 50% à Vancouver et à Toronto. Mais il est très rare de voir une personne sud-asiatique à l’une des manifestations.  La plupart des chauffeurs sud-asiatiques ne se sentent pas représentés par ce que certaines personnes prétendent être un mouvement de camionneurs.

Jagroop Singh, le président de l’Ontario Aggregate Trucking Association, affirme que personne n’a contacté la communauté sud-asiatique pour lui demander si elle était d’accord avec les revendications de la manifestation. Les taux de vaccination parmi la communauté sud-asiatique du sud de l’Ontario sont plus élevés que la moyenne nationale, soit 90%. Manan Gupta, l’éditeur du magazine Road Today dont le lectorat est la communauté sud-asiatique des camionneurs, a déclaré au Globe and Mail que «les familles d’immigrants dans des endroits comme Brampton et Mississauga vivent dans des familles multigénérationnelles. Un camionneur sud-asiatique ne veut pas attraper la COVID, pour ensuite revenir et infecter les grands-parents.»

L’affaiblissement des réglementations et les attaques contre les syndicats ont rendu de nombreux camionneurs vulnérables à l’exploitation. Les salaires réels ont été réduits au fil des décennies. Ces manifestations, convois et blocages n’unissent pas les camionneurs canadiens. Au contraire, ce qui unirait les camionneurs serait une campagne pour des routes plus sûres, avec suffisamment d’aires de repos, des autoroutes à double voie dans les zones reculées, la fin des vols de salaires et de meilleures rémunérations. Pour les camionneurs qui luttent pour de meilleures conditions de travail comme Arshdeep Singh Kang de Brampton, en Ontario, «ce sont les vrais problèmes sur lesquels nous devrions tous nous unir, pas les mandats de vaccination.» En plus des bas salaires et du vol de salaire, un véritable mouvement des camionneurs se concentrerait sur la mauvaise formation et la législation inadéquate pour contrôler les employeurs sans scrupules.

La plupart des véhicules des manifestations ne sont pas des camions, mais des voitures et des camionnettes. La plupart des camionneurs du convoi et de la manifestation doivent être des propriétaires exploitants, si tant est qu’ils soient camionneurs, plutôt que des travailleuses et travailleurs salariés. Les blocages à Coutts et au pont Ambassador ont fait mal aux camionneurs salariés et les actions à Ottawa ont durement touché plusieurs travailleurs et travailleuses. Il ne s’agit pas d’un mouvement de la classe ouvrière. Pouvez-vous imaginer demander au patron d’une entreprise de camionnage: «Puis-je avoir deux semaines de congés payés pour aller à Ottawa, et, oh au fait, puis-je aussi prendre le camion?» Et le patron acceptant avec joie?

Pas de fin en vue?

Les personnes organisatrices ont fait des déclarations incroyables. Tamara Lich a affirmé que 50 000 camions lourds se dirigeaient vers Ottawa, un convoi qui s’étendrait sur 1 150 km d’Edmonton à Vancouver! De manière plus réaliste, quelques centaines de camions, de camionnettes et de voitures sont venus. Il y avait environ 10000 personnes la première fin de semaine, mais leur nombre s’est réduit à quelques centaines pendant la semaine. Cependant, elles ont bénéficié d’un coup de pouce lors de la deuxième fin de semaine. Et la manifestation se poursuit.

Les reportages ont fait état de personnes résidant ou travaillant au centre-ville d’Ottawa bouleversées et traumatisées par les émanations incessantes de diesel, les klaxons qui retentissent toute la nuit, les rues bloquées et le comportement généralement hostile des personnes manifestantes. Ces dernières ne veulent pas respecter le port du masque, le passeport vaccinal et harcèlent les minorités visibles et les femmes. Plusieurs habitants et habitantes du centre-ville se sentent otages du quartier. Certaines personnes ont demandé à la police d’Ottawa de «faire son travail» et de faire cesser la manifestation. Le chef de la police d’Ottawa, Peter Sloly, a déclaré qu’il était «de plus en plus préoccupé par le fait qu’il n’y a pas de solution policière à ce problème», suggérant de faire appel à l’armée comme option. Trudeau et l’armée canadienne ont tous deux répondu qu’il n’y avait aucun projet d’intervention militaire. Ottawa a déclaré l’état d’urgence, mais on ne sait pas encore ce qu’ils vont faire.

Il y a eu des drapeaux racistes agités lors de la manifestation d’Ottawa. Toute aussi alarmante est l’action de certains partisans du convoi visant à bloquer les ambulances et menacer les travailleurs et travailleuses de la santé. Le récent convoi qui a traversé Vancouver prévoyait passer devant plusieurs hôpitaux. Il a été conseillé aux professionnel⋅les de la santé de ne pas sortir et, si elles le faisaient, de ne pas porter de vêtements permettant de les identifier. Les travailleurs et travailleuses de la santé de Toronto ont reçu des avertissements similaires. Le personnel de la santé est épuisé. Ces personnes travaillent de longues heures pour sauver des vies; ce sont des héros et des héroïnes, pas des vilains ou des vilaines.

Jusqu’à présent, la réaction de la police face à la protestation a été très modérée. Des milliers de personnes y ont participé. Elles ont commis de multiples infractions aux règles de stationnement et de circulation, ainsi que des infractions aux règles de sécurité sanitaire contre la COVID-19. Le Centre Rideau a été fermé pendant plus d’une semaine après avoir été envahi par un grand nombre de protestataires non masqué⋅es. 

Pourtant, il n’y a eu qu’une poignée d’arrestations. De nombreuses personnes dénonçant le convoi ont souligné l’approche douce de la police en contraste avec le traitement des Défenseurs des terres (Land Defenders). La Gendarmerie royale du Canada a envahi le territoire Wet’suwet’en à plusieurs reprises armée de chiens, de fusils d’assaut, d’hélicoptères et de matériel de construction lourd. Elle a brutalement agressé des personnes âgées et des femmes autochtones.

Les socialistes, les activistes autochtones et les écologistes doivent user de prudence concernant les appels à l’action de la police. Toute action de ce type sera utilisée encore plus durement contre les grévistes, les écologistes, les manifestations de Black Lives Matter, etc. De manière générale, la police n’a pas réprimé le convoi. Il ne constitue pas une menace pour le Capital, contrairement aux blocages Wet’suwet’en et à sa menace pour les bénéfices de TC Énergie. Les manifestations et la défense des terres tentent bien mieux de perturber le Capital et les grandes entreprises que la vie quotidienne des personnes ordinaires.

GoFundMe a mis fin à la collecte de fonds pour les convois sur son site le 4 février, invoquant «la promotion de la violence et du harcèlement» à Ottawa. Le site dit maintenant qu’il remboursera tous ceux et celles qui ont fait des dons. Les personnes organisatrices se sont tournées vers un site de collecte de fonds soi-disant chrétien, qui a auparavant collecté de l’argent pour les Proud Boys. De sérieuses inquiétudes ont été soulevées quant aux origines du financement du convoi.

La campagne a des répercussions aux États-Unis. Donald Trump a sans surprise endossé le convoi, qualifiant Trudeau de «fou d’extrême gauche qui a détruit le Canada». Trump soutient actuellement une tentative de construction d’un convoi similaire vers Washington DC contre les politiques anti-COVID-19 de Biden.

Ce mouvement anti-vaccin et contre les mesures de santé publique suscite une opposition croissante. À Vancouver, le convoi a été bloqué pendant plusieurs heures par une contre-manifestation. Il a été contraint de s’éloigner de certains hôpitaux ciblés par le convoi. À Toronto, plus de 1000 personnes se sont rassemblées lors d’un rassemblement en faveur des travailleurs et travailleuses de la santé organisé par la Coalition ontarienne de la santé. Cependant, à Ottawa, les dirigeants et dirigeantes de l’Alliance de la fonction publique du Canada se sont opposés à l’organisation d’un rassemblement. Dans tout le pays, les travailleurs et travailleuses de la santé et les autres syndicats doivent prendre des mesures pour protéger leur personnel et proposer une alternative à la peur du convoi.

Un point de vue socialiste

Bien que les personnes non vaccinées ne représentent que 16% de la population totale (12% chez les plus de 4 ans) et 10% des camionneurs, les sondages indiquent un soutien national modéré aux manifestations. Un sondage de Maru Voice Canada, réalisé alors que les protestataires se dirigeaient vers Ottawa, a montré que 28% des Canadiens et Canadiennes soutiennent la demande initiale d’autoriser les camionneurs non vaccinés à traverser la frontière canado-américaine. Un sondage Abacus Data réalisé alors que l’occupation de la colline du Parlement commençait, a montré que 68% des personnes interrogées avaient le sentiment d’avoir «très peu en commun avec la façon dont les protestataires à Ottawa voient les choses», tandis que 32% ont déclaré avoir «beaucoup en commun». 

Les personnes qui appuient le convoi sont surtout les électeurs et électrices du Parti populaire (82%), du Parti vert (57%) et des conservateurs (46%). Les oppositions vivent en majorité des électeurs et électrices des libéraux (75%), des néo-démocrates (77%) et du Bloc québécois (81%). Les appuis électoraux du Parti populaire ont majoritairement considéré la manifestation comme respectueuse et appropriée (93%), tandis que les conservateurs étaient divisés sur cette question.

La plupart des Canadiens et Canadiennes en ont assez de la COVID-19 et des politiques contradictoires des gouvernements. Les travailleuses et les travailleurs sont de plus en plus désenchantés par les politiciennes et les politiciens traditionnels. Ils et elles sont frustré-es par la pandémie apparemment sans fin et les mesures sanitaires qui l’accompagnent.

Alors que les socialistes devraient clairement condamner tous les mouvements qui servent de véhicule à la propagande raciste et conspirationniste de l’extrême droite, la gauche doit adopter une analyse large et systémique en reconnaissant que la méfiance envers les institutions de l’État canadien, reflétée par le soutien important au convoi, est profondément enracinée dans des causes sociales. La confiance envers l’État capitaliste et les grandes entreprises pour résoudre les problèmes de la COVID-19, ainsi que celle pour résoudre les changements climatiques et les difficultés économiques, ne feront qu’alimenter l’extrême droite.

Les inégalités sont montées en flèche depuis le début de la pandémie, tant à l’intérieur du pays qu’à l’étranger (les 10 hommes les plus riches ont doublé leur fortune, passant de 700 milliards de dollars à 1,4 trillion depuis le premier cas de la COVID-19). Des millions de personnes, y compris celles qui souffrent de maladies chroniques, ont été contraintes de reprendre le travail au risque de perdre leurs moyens de subsistance. Dans de nombreuses provinces, il n’y a pas de jours de congé de maladie payés ou au mieux, cinq jours insuffisants. Une confusion généralisée règne sur la manière de traiter la COVID-19. Les gouvernements ne cessent de changer de politique pour favoriser les profits des entreprises et ignorent fréquemment les recommandations des médecins et des scientifiques, sacrifiant ainsi la santé publique et le bien-être. Cela constitue une brèche fertile pour les théories du complot et les idées d’extrême droite.

Pendant deux ans, on a demandé aux travailleurs et travailleuses de tous âges de combler les lacunes créées par la capitulation des politiciens, des politiciennes et des directions syndicales devant les intérêts des compagnies. Les travailleuses et les travailleurs de tous les secteurs ont été contraints de cacher d’éventuels symptômes afin de continuer à travailler pour subvenir aux besoins de leur famille. Ces personnes ont dû se rendre sur des milieux de travail dangereux sans protection adéquate. Aujourd’hui, les gouvernements de tout le pays renoncent au dépistage et au traçage et s’orientent de plus en plus vers la suppression de toute restriction sanitaire. L’Alberta a déclaré que les employeurs peuvent déclarer qu’un travailleur est «essentiel» et qu’il doit aller au travail même avec les symptômes de la COVID-19! Pendant deux ans, les gouvernements du Canada ont fait passer les profits des grandes compagnies avant la santé publique.

En Colombie-Britannique

La Colombie-Britannique a un taux de décès de la COVID-19 inférieur à celui de toutes les autres grandes provinces. Mais elle fait bien pire que les Territoires et le Canada atlantique. Pourtant, le gouvernement néo-démocrate de la Colombie-Britannique dirige une province où des milliers de familles sont tombées dans des conditions de pauvreté pour des raisons liées à la COVID-19 (20% des enfants de la province vivaient déjà dans la pauvreté avant le début de la pandémie).

Le refus de la province de mettre en place un soutien économique suffisant pour les travailleuses et travailleurs a forcé la plupart d’entre eux à s’exposer au risque afin que les résultats financiers des compagnies ne soient pas affectés. Les loyers sont à nouveau en hausse et les expulsions sont en augmentation. Être «calme, gentil et en sécurité», pour reprendre les termes de la Dre Bonnie Henry, ne peut pas faire grand-chose quand on a une famille à nourrir et que la province refuse d’alléger ce fardeau d’une manière qui dérange les riches.

Pendant deux ans, l’extrême droite a tenté de gagner un soutien contre les mesures anti-COVID-19 en organisant régulièrement des rassemblements anti-masque. Pendant la majeure partie de cette période, elle a obtenu peu de soutien. Mais aujourd’hui, des millions de personnes sont épuisées et en ont assez. Elles souhaitent que la pandémie de COVID-19 prenne fin.

Alternative socialiste soutient les efforts visant à obtenir les taux de vaccination les plus élevés possibles. Cela implique des actions de sensibilisation beaucoup plus ciblées que ce qui a été fait jusqu’à présent dans tous les domaines. Ce qui a fait défaut, c’est la mise en œuvre d’un éventail plus large de politiques de mesures de santé publique continues et de programmes sociaux et économiques beaucoup plus étendus. Cependant, nous avons écrit que de trop miser sur la vaccination «sera contre-productif chez les personnes qui hésitent, et poussera même certaines d’entre elles dans les bras du mouvement anti-vaccin et ses réseaux néonazis.» C’est ce qui s’est passé.

Cette évolution s’inscrit dans une tendance mondiale plus large qui voit les partis du centre — généralement un parti de centre droit et un parti de centre gauche — perdre leur soutien. Les partis du centre sont d’accord pour servir les grandes compagnies, faire passer les profits avant les gens, avoir des politiques qui augmentent les inégalités et augmenter les impôts des travailleurs et travailleuses tout en les réduisant pour les riches et les grandes compagnies. Lors des élections, ils font de belles promesses et au pouvoir, ils trahissent l’électorat. En 2020, lorsque confronté⋅es à une proposition d’impôt sur la fortune des gains en capital du 1% des plus riches du pays afin de financer des mesures d’allègement COVID-19, pas une ou un seul député des deux partis dominants n’a voté en faveur. Pendant ce temps, les Canadiennes et Canadiens de tous les partis et de toutes les provinces soutiennent massivement (environ 80%) cette politique.

Malheureusement, le NPD et la plupart des directions syndicales n’ont pas proposé un programme radical contre la COVID-19 en faveur des travailleurs, des travailleuses et de la société. Ils devraient faire pression pour obtenir des conditions de travail sûres, des actions efficaces pour contrôler la COVID-19 comme des équipements de protection individuelle, du dépistage et une traçabilité, une industrie pharmaceutique publique, 10 jours de congés maladie payés, des salaires plus élevés et une amélioration spectaculaire des mesures de santé publique.

Il existe un risque réel de voir apparaître de nouveaux variants si l’ensemble de la planète n’est pas vacciné. Le Canada doit apporter son aide en exigeant le retrait de tous les brevets et de toutes les entreprises qui tirent profit de la COVID-19. Au lieu de cela, le NPD et les directions syndicales ont largement soutenu les politiques du gouvernement libéral, avec de légères critiques, allant de pair avec le compromis et la coexistence avec l’establishment capitaliste. Cela a permis à l’extrême droite de gagner du terrain, faute d’alternative.

Les personnes organisatrices du convoi tentent de tirer parti de ce réel mécontentement anti-establishment pour renforcer le soutien aux idées de droite qui n’offrent aucune solution aux travailleurs et aux travailleuses. L’ampleur du soutien qu’elles ont obtenu est un avertissement que la polarisation et le populisme de droite des États-Unis et de certains pays européens sont arrivés au Canada. Alors qu’une grande partie de l’élite capitaliste critiquera les slogans, les drapeaux et les actions les plus extrêmes des manifestations, elle sait que le populisme de droite ne remettra pas en cause le capitalisme et détournera les travailleurs et les travailleuses de le faire.

S’il est nécessaire de souligner les opinions de droite extrême des personnes ayant organisé ces manifestations, le fait de traiter tous les protestataires de racistes, de fascistes, etc. ne contribuera pas à les dissuader de soutenir ces manifestations.

Il s’agit d’un signal d’alarme urgent pour les syndicats et la gauche traditionnelle. La seule solution — la seule vraie réponse à la pandémie, à la destruction rapide de l’environnement et à la montée des inégalités — est un mouvement politique de masse qui s’oppose sans ambiguïté à la classe dirigeante. Un programme socialiste radical, construit à partir de la base et capable d’obtenir une liberté des besoins matériels et des gains concrets pour la classe ouvrière, est vital.