Propriété intellectuelle : Big Pharma gagne des milliards grâce à l’apartheid vaccinal

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Tant que le monde ne sera pas protégé contre la COVID, chacun sera en danger et nous verrons l’émergence de nouveaux variants les unes après les autres. Le monde devra apprendre l’alphabet de bien d’autres langues si l’on ne met pas fin aux pratiques des multinationales pharmaceutiques.

A peine un mois après la découverte du variant Omicron, celui-ci s’est déjà répandu dans le monde entier, a entraîné le retour de restrictions sévères sur la vie de millions de personnes et a rapporté des milliards aux actionnaires des fabricants de vaccins. Au cours de la première semaine qui a suivi la découverte du nouveau variant, les huit principaux actionnaires de Pfizer et Moderna ont gagné plus de 10 milliards de dollars grâce à l’envolée de leurs actions, en plus des centaines de milliards qu’ils étaient déjà prêts à gagner grâce à la production de vaccins.

L’apartheid vaccinal

La monopolisation de ces vaccins vitaux permet à Pfizer et Moderna de contrôler toute la production et de vendre au plus offrant, en laissant les pays pauvres avec un nombre minimal de doses. En Afrique, 10% seulement de la population est entièrement vaccinée, alors que la moyenne en Europe, en Asie et en Amérique du Nord est d’environ 65%.

La plupart des États membres des Nations unies ont voté en faveur de dérogations aux brevets sur les vaccins Covid afin que les sociétés pharmaceutiques partagent leurs «recettes» pour que la production soit assurée par les États eux-mêmes. Les installations que cela exige existent. L’Organisation mondiale de la santé a contré le discours raciste selon lequel ces pays ne disposent pas des capacités et compétences nécessaires en soutenant une usine et des scientifiques en Afrique du Sud pour développer et produire leur propre vaccin. Toutefois, il est admis que de nombreuses années et vies pourraient être sauvées s’ils n’avaient pas à créer leur propre recette.

La propriété intellectuelle

La plupart des grands gouvernements capitalistes ont résisté à cet appel jusqu’à présent, car ils considèrent la propriété intellectuelle comme une propriété fondamentalement privée, c’est-à-dire absolument cruciale pour l’existence du capitalisme. Dans le cas présent, les détenteurs de la propriété intellectuelle (Pfizer et Moderna) acquièrent des connaissances (des vaccins à ARNm qui sauvent des vies) par certains moyens (une recherche financée à 100% par les autorités publiques concernant Moderna, dans une large proportion concernant Pfizer) et font ensuite payer ce qu’ils veulent pour cela, en refusant l’accès à toute personne incapable de payer. Procéder de la sorte serait nécessaire afin de fournir une «incitation» et «s’assurer que nous avons quelqu’un pour développer le prochain vaccin», malgré le fait que les humains ont toujours développé des médicaments et de nouvelles technologies, bien avant que de telles lois ou le capitalisme lui-même n’existent.

Comme tous les produits, les produits de la connaissance sont créés par des travailleuses et des travailleurs. Toutefois, dans le cadre du capitalisme, celles et ceux-ci ne sont pas propriétaires de ce qu’ils produisent, mais plutôt du capitaliste qui loue l’utilisation de ces connaissances à un prix élevé. Les lois sur la propriété intellectuelle signifient que la méthode de production, le processus de création du produit, est également la propriété exclusive du capitaliste, ce qui prive les autres de la possibilité de l’utiliser. Par conséquent, ces lois inhibent le progrès au lieu de l’encourager, car elles empêchent l’expérimentation et la collaboration, et aboutissent à un système où le premier à revendiquer un brevet obtient tout et où toutes celles et ceux qui ont contribué à sa création, ainsi que le reste de la société, n’obtiennent rien.

Les gouvernements capitalistes craignent que la levée des brevets dans cette situation n’entraîne ne constitue un dangereux précédent. Cela ouvrirait la porte à la remise en question générale des lois sur la propriété intellectuelle qui restreignent la production d’autres médicaments vitaux ou encore de nouvelles technologies capables d’aider à affronter la crise climatique. Les grandes entreprises ne seront peut-être plus libres d’accaparer ces nouvelles avancées dans le but de faire plus de profits, mais l’humanité dans son ensemble pourra en bénéficier.

La propriété publique démocratique

Les multinationales pharmaceutiques réalisent leurs profits à nos dépens. En accaparant la propriété intellectuelle afin d’être les seuls à pouvoir fabriquer et vendre les vaccins, Pfizer et Moderna font ce que les entreprises d’une économie capitaliste doivent faire: placer leurs profits au-dessus de tout. Il appartient à la classe ouvrière et aux pauvres du monde entier de lutter pour mettre fin à ce monopole. C’est la seule façon de parvenir à l’équité mondiale en matière de vaccins dont nous avons désespérément besoin.

La levée des lois sur la propriété intellectuelle pour les vaccins Covid est une revendication immédiate, afin que les usines et les pays du monde entier puissent commencer à produire leurs propres vaccins et mettre fin à cette pandémie une fois pour toutes. Mais ces entreprises pharmaceutiques devraient être nationalisées sous contrôle et gestion démocratiques afin que tous les progrès de la science médicale soient partagés dans le monde entier dans le but de sauver des vies.

Si Pfizer et Moderna étaient détenues par le secteur public et dirigées démocratiquement par les travailleuses et travailleurs – c’est-à-dire par celles et ceux qui ont réellement créé le vaccin – ces entreprises pourraient partager leur travail afin de permettre de vivre dans une collectivité sûre et saine. Comme le disait Karl Marx: «Ce sont généralement les capitalistes les plus inutiles et les plus misérables qui tirent le plus grand profit de tous les nouveaux développements du travail universel de l’esprit humain et de leur application sociale par le travail combiné.»

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