Le sport populaire de plus en plus détourné par le big business

La nouvelle de la nuit du 19 avril selon laquelle 12 grands clubs de football européens sont en passe de créer une nouvelle Super Ligue européenne a suscité la colère des fans de football dans toute l’Europe. Les Big Six de la Premier League anglaise (Liverpool FC, Manchester City, Manchester United, Arsenal FC, Chelsea FC et Tottenham Hotspur) rejoignent les trois géants de la Liga espagnole (FC Barcelone, Real Madrid et Atlético de Madrid) et trois de la Série A italienne (Juventus FC, AC Milan et Inter Milan). Si le géant français Paris Saint-Germain a jusqu’à présent refusé de se joindre à l’opération, les pourparlers seraient en cours. Le Bayern Munich et d’autres clubs de la Bundesliga allemande ont, à ce stade, déclaré leur opposition.

Cette initiative atroce est l’antithèse du football et même du principe sacré du capitalisme qu’est la concurrence. Bien que les détails ne soient pas encore bien définis, il ne semble pas y avoir de proposition de relégation de cette super ligue, du moins pour les clubs fondateurs ! Elle est conçue pour évincer le reste des compétitions et des équipes. C’est un fait accompli pour le reste de la communauté du football européen : «Nous sommes les rois, nous écrivons les lois et nous contrôlons l’argent».

L’échec du football moderne

Le jeu du peuple est devenu le jeu des princes – le jouet des princes du Golfe, des oligarques véreux et des capitalistes vautours mégalomanes. La cupidité pure et simple est la motivation ici, comme c’est le cas pour tout ce qui est sous le capitalisme. «Tout ce qui est sacré est profané», a écrit Karl Marx à propos du désir insatiable du capitalisme de tout transformer en marchandise et de tirer un profit toujours plus grand de tout pour une élite super riche de moins en moins nombreuse.

Mais cette initiative avide de gain n’est pas nouvelle. Elle existe depuis des décennies. Pour beaucoup, la création de la Premier League anglaise en 1992 a été le point de basculement. En réalité, le lent démantèlement du beautiful game a commencé plus tôt que cela, avec la suppression des tribunes debout, les prix toujours plus élevés liés aux footballeurs vedettes, l’explosion du marchandising, les loges business dans les stades, la spirale des prix des billets – tout cela a éloigné de plus en plus le football des fans.

La proposition elle-même est un aveu de l’échec du football moderne. L’investissement massif d’un nouveau propriétaire ploutocrate est un pacte faustien. Derrière l’image d’un cheikh ou d’un milliardaire américain souriant tenant le maillot du club, il y a un avertissement : faites-moi du profit, sinon ! Si un grand club ne remporte pas un championnat national ou ne participe pas à la Ligue des champions – avec les gains lucratifs que cela implique – l’effondrement financier le poursuit.

Il ne fait aucun doute que la pandémie de Covid a fait resurgir ce spectre, avec la quasi-totalité des grands clubs massivement surendettés et dangereusement à court de liquidités (bien que toujours plus sûrs financièrement que les petits clubs sans gros contrats de télévision). Mais cela met également en lumière un autre mensonge fondamental du capitalisme, à savoir que le marché libre crée la libre concurrence, qui stimule l’innovation et la créativité. En fait, c’est le contraire – il conduit à des monopoles. C’est l’Amazon ou l’Apple du sport. Il peut sembler beau et brillant, mais en réalité il détruit plus qu’il ne crée. Le football moderne n’est pas différent.

Une opposition généralisée des fans

Mais l’opposition à ce mouvement persistant d’anti-football a explosé avec cette annonce. Un sondage réalisé auprès des fans des Spurs a révélé que 97% d’entre eux étaient opposés à un projet de super ligue.

La critique de l’annonce par le commentateur de Sky Sports Gary Neville a été vue près de 5 millions de fois sur Twitter – une position courageuse étant donné qu’il a choisi d’utiliser la plateforme Sky de Rupert Murdock (qui doit se lécher les babines devant cette proposition) pour exprimer ses critiques. Les pages Facebook des clubs ont été envahies par des fans en colère qui menacent de ne plus suivre l’équipe de leur enfance s’ils décident d’aller de l’avant. Un fan a commenté sur Twitter : «Jusqu’à ce que les gens comprennent que nous ne pouvons pas avoir de belles choses sous le #capitalisme, cela continuera à se produire. Nous continuerons à perdre des choses qui nous tiennent à cœur et qui nous passionnent pour le profit de quelqu’un d’autre.»

Certains commentateurs, comme Gary Lineker, ont affirmé qu’il s’agissait simplement d’un stratagème des grandes équipes pour obtenir de meilleures conditions de l’UEFA pour les droits de télévision et les contrats de sponsoring. Cela reste à voir, mais le point fondamental est le suivant : notre jeu est négocié par les capitalistes vautours, les grandes entreprises et les banques. Comme le jeu lui-même, nous sommes réduits à de simples spectateurs, censés payer des prix exorbitants pour remplir les poches de l’élite.

Un changement radical est nécessaire

L’instance dirigeante du football européen, l’UEFA, a condamné cette initiative. Mais l’UEFA est comme le Dr Frankenstein ici – elle a créé ce monstre qui s’est maintenant retourné contre elle. La corruption et l’avidité qui font partie de l’ADN de l’UEFA – le marchandage dans les coulisses pour offrir des contrats de sponsoring lucratifs ou l’organisation de grands événements – rendaient inévitable un développement comme celui-ci. L’UEFA n’est pas l’amie du supporter de football, pas plus qu’elle n’est le défenseur du beautiful game.

Même si la proposition actuelle est abandonnée ou si un compromis est trouvé, notre sport est toujours en danger de mort. Il doit être arraché des mains sales des capitalistes. Des clubs appartenant aux supporters, où les décisions du club sont prises par ceux qui soutiennent le club, est la seule façon de sauver le football. Cela peut sembler être une utopie aujourd’hui, mais l’alternative est de regarder nos équipes et notre jeu être détruits par des gens qui ne reculent devant rien pour faire du profit.

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