Chine : La répression d’État s’intensifie contre les militants de gauche – Abandon des charges contre Chai Xiaoming!

Le 14 août, le militant de gauche Chai Xiaoming a été jugé en secret par le tribunal intermédiaire de la ville de Nanjing, à l’est du pays, pour «incitation à la subversion contre le pouvoir de l’État». Le verdict et la sentence du tribunal n’ont pas été rendus publics, mais le ministère public de Nanjing a soumis une proposition de 3 à 5 ans de prison. Il est entendu que les avocats de Chai ont signé un accord de confidentialité avec les autorités afin de garantir que les informations sur son affaire ne soient pas divulguées.

Cette affaire contre Chai représente une injustice monstrueuse symptomatique de la répression de la jeunesse maoïste et trotskiste par la dictature chinoise (PCC). En octobre, le vétéran maoïste Meng Xianda, rédacteur en chef du site internet «La voix du peuple» a été arrêté pour être interrogé, puis relâché. Bien que les affaires ne soient pas directement liées, Meng comme Chai avaient été de fervents partisans de la lutte des travailleurs de l’entreprise Jasic, à Shenzhen, en 2018.

Chai Xiaoming est un trotskiste autoproclamé. Il y a une dizaine d’années, il a souvent participé à des discussions avec le CIO (Comité pour une Internationale Ouvrière, qui a changé de nom en 2020 pour devenir Alternative Socialiste Internationale) et chinaworker.info, bien qu’il ait ensuite rompu tout contact en invoquant des désaccords politiques. Au moment de son arrestation en 2019, Chai était rédacteur pour le site web «maoïste» de gauche, Red Reference.

L’état policier le plus cher au monde

Les procès secrets en Chine signifient que la famille, les amis et les médias d’un accusé sont exclus. Dans de nombreux cas, l’accusé n’a pas le droit de choisir son avocat. Un procès secret est ordonné lorsque la dictature estime que les infractions commises concernent des «secrets d’État».

Le système judiciaire chinois, dont les tribunaux sont strictement contrôlés par le PCC, a un taux de condamnation de plus de 99%. Les statistiques des tribunaux de 2006 à 2016 montrent que moins de 0,2% des accusés ont été acquittés. En d’autres termes, le fait de se présenter devant un tribunal garantit presque toujours un verdict de culpabilité. En outre, la plupart des procès reposent largement sur des aveux. Ceux-ci sont souvent obtenus sous la torture ou la contrainte, en particulier dans les affaires politiques. Il peut s’agir de menaces contre les proches de l’accusé s’il ne «coopère» pas avec les autorités. Tout cela est courant dans le système judiciaire contrôlé par le PCC.

Au fur et à mesure que la Chine est devenue la deuxième puissance économique capitaliste au monde, elle est devenue plus répressive et dictatoriale. Elle constitue aujourd’hui l’État policier le plus cher au monde. Le budget du gouvernement pour la sécurité intérieure («maintien de la stabilité») est plus important que son budget militaire. En 2019, le dernier chiffre disponible, 1,39 trillion de yuans (210 milliards de dollars US) a été alloué à la sécurité intérieure, une somme qui n’est pas si éloignée du budget de la santé de 1,64 trillion de yuans (248 milliards de dollars US).

Aucun détail du cas de Chai Xiaoming n’a été rendu public, mais sa période de détention par des agents de la sécurité d’État a commencé en mars 2019, dix-sept mois avant que l’affaire ne soit portée devant les tribunaux. Son arrestation a été officialisée en septembre 2019, soit six mois avant que l’affaire ne devienne officielle. Cela correspond également au schéma de la persécution des dissidents politiques par le PCC, avec de longues périodes de détention avant le procès au cours desquelles des aveux sont extorqués et, dans de nombreux cas, les victimes sont contraintes de «coopérer» pour éviter une peine plus sévère.

La lutte de Jasic

Le cas de Chai est lié à la lutte historique de Jasic, lorsque des jeunes et des militant·es de gauche de toute la Chine ont fait campagne pour les droits syndicaux d’un groupe de travailleurs et travailleuses d’une usine de Shenzhen. Cette lutte a été violemment réprimée par la dictature chinoise, révélant ainsi son caractère totalement anti-ouvrier.

Shenzhen 2018 : Protestation du groupe de soutien aux travailleurs de Jasic

Les patrons de Jasic ont refusé d’approuver la formation d’un syndicat dans l’usine (les syndicats indépendants sont illégaux en Chine). Ils ont licencié les principaux porte-parole des travailleurs et travailleuses et engagé des voyous pour les tabasser. Les réalités politiques du système capitaliste autoritaire chinois sont clairement illustrées par le contraste frappant entre la manière dont les travailleurs·euses et les capitalistes sont traité·es. Jia Lei, le propriétaire de Jasic Technology, et Guo Liqun, le directeur du personnel de l’entreprise, sont tous deux «délégués» au Comité populaire de Shenzhen, nominalement le «parlement» de la ville, qui est choisi par le PCC.

Plus de 80 jeunes et travailleurs·euses ont été arrêtés ou ont disparu lors de la répression policière qui a suivi cette lutte. Red Reference est l’un des nombreux sites web de gauche qui a contribué à faire connaître l’affaire, ce qui a fait enrager le régime chinois.

Fin 2018, les autorités du PCC ont lancé une campagne de répression nationale sur les campus universitaires, fermant de nombreuses «sociétés marxistes» en raison du rôle qu’elles auraient joué dans la canalisation du soutien à la lutte de Jasic. Des dirigeants étudiants éminents ont été contraints d’apparaître dans des «aveux» filmés après des mois de détention policière. C’est à peu près à cette époque que Chai a été arrêté.

Le seul crime de Chai Xiaoming est de défendre les droits des travailleurs·euses et de protester contre la répression brutale des travailleurs·euses et de ses collègues socialistes en Chine. Les mesures de plus en plus draconiennes du régime de Xi Jinping contre les jeunes et les militant·es de gauche plus âgé·es démontrent qu’en dépit de ses tentatives de démonstration de force et de stabilité, il redoute la croissance du soutien aux idées socialistes. Pour la nouvelle génération de jeunes chinois·es de gauche et socialistes, la persécution de Chai ne fait que donner davantage de raisons de s’organiser et de lutter contre le capitalisme et la dictature.

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