Le mouvement ouvrier, le défenseur par excellence des conditions de travail

La crise du coronavirus montre une fois de plus que le mouvement ouvrier est le meilleur atout pour de meilleures conditions de travail. Les syndicats agissent pour protéger les travailleurs encore au travail. Dans certaines entreprises, des militants et des délégués ont pris l’initiative d’exiger la cessation d’activités non essentielles. Ce faisant, le mouvement ouvrier fait ce qu’il a toujours fait et s’inscrit dans les traditions autour de la création du Premier Mai, la fête internationale des travailleurs.

La protection au travail améliorée par les luttes

Dès le début du capitalisme il est apparu que les détenteurs de capitaux voulaient avant tout faire fructifier ce capital même si les salariés devaient travailler dans les pires conditions de travail: des journées de travail interminables, aucun dispositif de sécurité, aucune assurance sociale. La lutte pour l’amélioration des conditions de travail a donc occupé une place centrale dans les premières revendications du mouvement ouvrier. À la fin du XIXe siècle, il s’agissait entre autres de lutter contre le travail des enfants, contre le travail de nuit pour les femmes, pour la journée des 8 heures.

La journée des 8 heures a été la revendication de la première grande journée de grève nationale organisée par les syndicats américains le 1er Mai 1886. Ce jour était connu aux États-Unis sous le nom de ‘‘Moving Day’’, le jour où de nombreux travailleurs recevaient un contrat pour la nouvelle année. Cette journée d’action fut un grand succès : quelque 340.000 travailleurs se sont mis en grève et, en plusieurs endroits, la journée de 8 heures a été appliquée.

Mais, ce ne fut pas le cas à Chicago, un grand centre industriel à l’époque. La grève s’y poursuivit pendant plusieurs jours et dut faire face à une répression sanglante. Le 3 mai, la police tua 6 travailleurs en grève. Le lendemain, une manifestation de masse se rassembla place Haymarket. Pendant la manifestation, un provocateur lança une bombe sur la police qui répliqua en tirant au hasard sur les manifestants. Des dizaines de militants ouvriers furent arrêtés, certains furent condamnés à mort à l’issue d’un procès partial.

Le mouvement ouvrier américain a dû se remettre de cette répression pendant un certain temps, mais a continué à mettre à l’ordre du jour la revendication d’une semaine de travail plus courte. Une autre journée de grève fut annoncée pour le 1er Mai 1890. Dans l’intervalle, les premiers partis ouvriers avaient été créés dans de nombreux pays en Europe. Ces partis ont organisé un congrès à Paris en 1889 qui a abouti à la fondation de la Deuxième Internationale. Pour souligner l’internationalisme du mouvement ouvrier, on décida de préparer une journée internationale d’action autour de la revendication de la journée des 8 heures. La proposition américaine de se joindre à la journée d’action du 1er mai 1890 à cette fin fut acceptée.

Le 1er mai 1890, des grèves générales eurent lieu aux États-Unis, en Autriche-Hongrie, en Roumanie, en Suisse, en Allemagne, aux Pays-Bas et dans les pays scandinaves. Et aussi en Belgique : 150 000 travailleurs firent grève, et notamment 100 000 mineurs sur les 110 000 mineurs que le pays comptait à l’époque! En Angleterre et en Espagne, la grève a eu lieu un des jours suivants. C’est ainsi qu’a été instaurée la tradition de la journée d’action internationale du 1er Mai.

Au cours des décennies qui ont suivi, le mouvement ouvrier a arraché de nombreuses conquêtes grâce à la lutte. Dans les pays industrialisés, par exemple, le travail des enfants a d’abord été limité, puis aboli. Des restrictions sur le travail de nuit ont été introduites. La protection au travail a été améliorée et, en Belgique, après la Seconde Guerre mondiale, elle a abouti au ‘‘Règlement Général sur la Protection au Travail’’ (RGPT).

Le mouvement socialiste a continué à faire du 1er Mai un jour central de lutte. Dans 107 pays, le 1er Mai est devenu un jour férié officiel. La bourgeoisie voulait absolument éviter de perpétuer la tradition d’une journée internationale annuelle de grève…

La crise du coronavirus démontre clairement à quel point cette lutte est toujours d’actualité

La crise du coronavirus signifie que les traditionnels défilés, manifestations et discours du 1er Mai de cette année n’auront pas lieu. Cela ne signifie pas pour autant que cette journée de lutte soit moins importante : en temps de crise, les rapports de forces entre les classes sont plus évidents, et c’est le cas aujourd’hui.

Dans cette crise du coronavirus, nous assistons à une lutte de classe acharnée autour de la question de savoir si les profits des entreprises priment sur le bien-être des travailleurs. L’inspection du travail a fait valoir que 85 % des entreprises inspectées ne respectaient pas les mesures de distanciation prescrites. Dans les supermarchés, le personnel et les syndicats ont dû passer à l’action pour faire respecter les mesures de sécurité. Dans les hôpitaux et les maisons de repos, les mesures d’austérité ont fait en sorte que les moyens de protection élémentaire font souvent défaut.

L’épidémie du Coronavirus rappelle l’importance d’une sécurité sociale financée correctement. Elle met aussi en évidence le contraste entre d’un côté le dévouement et la solidarité manifestée pas les travailleurs qui sont en première ligne contre l’épidémie et d’autre part les multinationales qui veillent avant tout à accroître leurs profits.

Cette crise montre aussi qu’un nombre important de fonctions exercées par celles et ceux qui sont première ligne contre le virus ont souvent des bas salaires: brancardiers et personnel de nettoyage dans les hôpitaux, personnel des grandes surfaces, transporteurs, facteurs qui distribuent le courrier et les colis. Il est également apparu clairement que beaucoup plus de travail peut être effectués parfaitement depuis chez soi, où la pression du travail peut être réduite en évitant les tâches inutiles. Cela montre que nous pouvons tout organiser différemment.

Une société qui répond aux besoins réels de la population ne sortira pas de nulle part. Le mouvement ouvrier a doit pouvoir construire un rapport de forces et imposer le changement. Les pionniers du mouvement ouvrier au XIXe siècle ont initié la lutte pour de meilleures conditions de travail lors de la Journée internationale du 1er Mai. Continuons dans leur sillage pour élaborer un programme et une méthode pour y parvenir !

Partons de revendications offensives pour octroyer un salaire équitable à ceux qui font tourner le monde aujourd’hui, en commençant par un salaire minimum de 14 euros de l’heure. Profitons de la productivité accrue pour réduire le temps de travail à 30 heures par semaine, sans perte de salaire et avec embauche compensatoire. Plaçons l’ensemble du secteur pharmaceutique sous le contrôle de la collectivité afin que la société décide des priorités dans la recherche de vaccins et de médicaments contre tous les virus et maladies qui frappent l’humanité. Assurons-nous de disposer de stocks stratégiques suffisants de matériel et d’une aide d’urgence pour lutter contre les crises. Les profits des multinationales doivent être saisis pour investir dans les soins de santé, l’enseignement, les transports publics et d’autres services publics essentiels.

Les organisations syndicales sont les plus grandes organisations de ce pays et ils se sont encore développés pendant cette crise. Elles devraient utiliser un tel programme pour mener une intense campagne de sensibilisation dans les entreprises et dans la rue. Elles pourraient ainsi mettre en place un programme d’action pour construire un rapport de force étape par étape : de la sensibilisation aux petites mobilisations jusqu’à une mobilisation de masse.

Nous avons besoin d’une telle stratégie : les capitalistes et leurs gouvernements feront tout leur possible pour faire payer la crise à la majorité de la population. Saisissons-nous des traditions de lutte du 1er Mai pour lancer notre propre offensive !

Par un délégué CGSP, article tiré de l’édition de mai de
Lutte Socialiste (journal du Parti Socialiste de Lutte, ISA en Belgique)