Colombie : 555 activistes assassinés en 4 ans

Le 14 janvier dernier, dans la région du Cauca en Colombie, des hommes armés ont assassiné Jaiber Alexander Quitumbo Ascue, un activiste communautaire indigène. L’information a été publiée par un communiqué du Conseil Régional Indigène du Cauca (CRIC).

Néanmoins, ce n’est pas le premier cas d’activiste assassiné. Selon les chiffres de l’agence gouvernementale chargée de superviser la protection des droits civils et humains, Defensoría del pueblo colombiano, 555 leaders sociaux ont été assassiné·es entre 2016 et 2019. Pour 2016, le nombre de leaders exterminé·es s’élève à 133. Pour 2017, ce nombre est de 126. L’année suivante, les victimes passent à 178. L’agence a fermé l’année 2019 avec 118 victimes confirmées, en plus de 15 possibles qui sont en cours de vérification par l’organisme. Pire encore, seulement dans les 15 premiers jours de 2020, 17 activistes ont été assassinés.

Hausse des meurtres de militantes

Il faut souligner que les assassinats de leaders féminines ont augmenté de 63%, car elles sont chaque fois plus engagées dans la défense du territoire. Elles font face à des personnes armées, spécialement dans la région du Putumayo.

L’Institut des Études pour le Développement et la Paix (Indepaz) signale que l’année 2020 a déjà commencée avec l’assassinat d’au moins 4 femmes leaders : Gloria Ocampo à Putumayo (7 janvier), Virginia Silva au Cauca (7 janvier), Mireya Hernandez au Huila (8 janvier), Amparo Guegia au Cauca (10 janvier). Cette dernière a fondé le mouvement Nietos de Quintin Lame (Les petits-enfants de Quintin Lame), une organisation qui lutte pour des revendications du peuple indigène du Cauca.

Un gouvernement contre l’accord de paix

Indepaz signale aussi qu’une ou un leader social est assassiné tous les jours depuis le début 2020. Cette situation montre la « qualité » et les « perspectives » du gouvernement de droite radicale de Iván Duque. Le parti au pouvoir tente actuellement d’entraver les négociations de l’accord de paix ainsi que les engagements pris par le gouvernement précédent. En 2016, le président Juan Manuel Santos a signé un accord de paix avec la principale guérilla colombienne, les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). Duque et son parti développent depuis une campagne d’opposition à cet accord.

En novembre 2019, la Colombie a connu des mobilisations quotidiennes ainsi qu’une grève générale le 21 contre l’austérité du gouvernement néolibéral de Duque. La jeunesse, les travailleurs et les travailleuses dénoncent ses projets visant à diminuer les conditions de travail des jeunes, augmenter l’âge de la retraite, réduire les impôts pour les entreprises et privatiser des entreprises publiques comme la pétrolière Ecopetrol.

L’appel au « dialogue » de Duque ne pourra masquer l’usage d’une force brutale et meurtrière par les appareils répressifs de l’État contre les manifestants et manifestantes des derniers mois.


Sara C.
photo : Mario Gil