La laïcité de l’état ne se fera pas en attaquant les femmes

Plus ça change, plus c’est pareil

À peine élu et avant son assermentation, Legault choisit de relancer le débat sur les symboles religieux. Pourtant, il n’en avait pas vraiment été question pendant la longue campagne, la CAQ ayant préféré faire semblant de s’intéresser aux travailleurs et travailleuses. Enfin, surtout aux familles — comprenez par là « aux familles traditionnelles ». Mais, outre dire que finalement il est moins certain pour les maternelles 4 ans, le premier geste de Legault sera de relancer, encore une fois, un débat inutile qui nous détourne des enjeux réels qui préoccupent les travailleurs·euses et la jeunesse.

Un état laïque, vraiment?

L’objectif étant — soi-disant — d’avoir un état laïque. Semble-t-il que la façon d’y arriver est de contrôler ce que portent les employé·e·s de l’état « en position d’autorité ». Il s’agit là d’un simple prétexte pour viser certaines femmes. Car il faut se rendre à l’évidence, le problème est le voile que portent quelques femmes de confession musulmane. Pourtant, à peine 3,5 % de la population du Québec est de confession musulmane, 60 % des québécois·es musulman·ne·s ne vont pas à la mosquée [1]. Mais les idéologues de droite brandissent ce spectre devant nous pour détourner notre attention des bas salaires, des conditions lamentables de nos écoles ou des coupes dans notre système de santé.

Si l’objectif est d’arriver à un état laïque, commençons par mettre au musée le crucifix de l’Assemblée nationale, qui y a été installé par Duplessis pour symboliser l’alliance entre l’État et l’Église [2]. Mais, jusqu’à présent, les chantres de l’état québécois laïque s’y sont toujours refusés. Dans ces conditions, prétendre à la laïcité de l’État est d’une hypocrisie flagrante. De plus, tant que l’État financera des écoles privées confessionnelles à hauteur de 60 % à même les impôts des travailleurs·euses, notre système d’éducation ne sera pas vraiment laïque.

Prétendre que l’interdiction du voile nous fera parvenir à la laïcité de l’État est donc une abominable farce qui prend, encore une fois, la communauté musulmane comme le bouc émissaire des populistes de droite.

La pression sur les femmes et les filles

D’autres prétendent avec aplomb qu’interdire le voile est une mesure féministe. À partir du moment où on se croit permis de dicter aux femmes ce qu’elles peuvent ou ne peuvent pas porter, on ne peut se prétendre féministe. Il s’agit dans le meilleur des cas de démagogie de bas étage et dans les pires cas, d’antiféminisme, voire de misogynie.

Dans une société bombardée par des publicités qui mettent de l’avant des images hypersexualisées d’enfants et d’adolescentes, au moins 10 % des Québécoises souffrent de troubles alimentaires [3]. Un nombre bien plus élevé que le nombre de musulmanes au Québec. Si notre gouvernement est aussi féministe qu’il le prétend, il devrait prendre des mesures pour contrer les effets pervers du capitalisme sur la santé des femmes et des filles.

Nous proposons plutôt des mesures concrètes pour garantir l’émancipation et l’égalité des femmes : un salaire minimum à 15 $/heure, des logements décents et abordables, un accès gratuit et sans jugement à l’avortement, aux services de santé, des CPE gratuits, des ressources d’aide laïques pour les femmes victimes de violences…

La question de l’intégration

L’autre argument qui revient souvent c’est l’intégration des personnes issues de l’immigration. Il s’agit effectivement d’un enjeu important. Mais ce n’est pas en forçant les personnes issues de l’immigration à renoncer à leurs coutumes que passe leur intégration. La culture d’un peuple est une chose en mutation continuelle. Les personnes immigrantes viennent enrichir notre culture et toute tentative d’isoler les communautés culturelles les unes des autres va nous appauvrir culturellement.

Beaucoup de femmes portent le voile par choix. Toutefois, si, au Québec, certaines femmes subissent une pression pour porter le voile, l’interdire ne va qu’augmenter leur isolement. Pour favoriser l’intégration de ces femmes dans la société québécoise, nous devons leur faciliter l’accès au travail, à l’éducation et aux services publics.

La position de Québec Solidaire

Les élu·e·s de Québec Solidaire ont, dans les derniers jours, choisi de rester quasi muet·e·s sur cet enjeu. QS va devoir rapidement prendre une position progressiste, antiraciste et féministe pour tenter de minimiser les dégâts que pourrait faire la CAQ. Une bonne partie des militant·e·s de la base de QS se sont prononcé·e·s en faveur d’un libre choix vestimentaire pour toutes les femmes. La direction de QS ne doit pas trahir les militant·e·s qui ont participé à l’élection de 10 député·e·s à l’Assemblée nationale pour des visées électoralistes, il en va de l’avenir du parti. Si QS choisit de sombrer dans le populisme de droite pour aller grappiller des votes aux autres partis, la base va plutôt choisir de quitter le parti. Il faut se souvenir que la raison principale qui a fait échouer l’alliance avec le Parti Québécois était les positions identitaires et la charte des valeurs. Pour vraiment devenir le parti des travailleurs et travailleuses, QS doit continuer à écouter sa base, surtout lorsqu’il s’agit de questions si polarisantes.

Le rôle des syndicats

Les syndicats provinciaux et fédéraux vont aussi avoir un rôle important à jouer. Ils vont devoir mettre toutes leurs énergies pour montrer que, si une telle loi passe, elle ne pourra qu’être discriminatoire envers les femmes et les musulman·ne·s. Rappelons aux syndicats que leur premier devoir est de défendre les membres. Dans toutes les circonstances. Si une seule personne syndiquée est licenciée suite à l’imposition de cette loi, les syndicats auront échoué à leur premier devoir. Aucune concession ne serait tolérable pour la classe laborieuse. Que va inventer le patronat après? Le contrôle des coiffures? Des souliers? Des tatouages? Les travailleurs et travailleuses ne doivent rien céder sur ce point, il en va de notre dignité à tout·e·s.

Alternative socialiste

Alternative socialiste défend le droit des femmes de se vêtir comme elles le souhaitent. Ce qui signifie que nous nous opposons autant à l’interdiction du voile qu’à son imposition. Nous pensons que l’émancipation des femmes passe par des emplois décents, l’accès à l’éducation et à des soins de santé. Lénine écrivait en 1905 : « L’État ne doit pas se mêler de religion, les sociétés religieuses ne doivent pas être liées au pouvoir d’État. Chacun·ne doit être parfaitement libre de professer n’importe quelle religion ou de n’en reconnaître aucune ».

Rejoignez-nous pour faire progresser le débat!

Alexandra L.

[1] http://ici.radio-canada.ca/emissions/medium_large/2012-2013/chronique.asp?idChronique=429176
[2] https://www.ledevoir.com/non-classe/128878/le-crucifix-de-l-assemblee-nationale
[3] http://www.jesigneenligne.com/fr/informations.php

Tagged , , .