Une vague de colère déferle sur l’Irlande suite à un nouveau féminicide

Une vague sans précédent de chagrin et de colère s’est emparée du pays après le meurtre d’Ashling Murphy, 23 ans, à Tullamore. Des dizaines de milliers de personnes ont participé à d’innombrables veillées dans toutes les villes et tous les villages d’Irlande, du Nord et du Sud, et les communautés irlandaises de Londres, de New York et d’Australie ont également participé à de grandes actions.

Le mercredi 12 janvier, Ashling est partie courir et a été assassinée en plein jour lors d’une attaque brutale par un inconnu. Il s’agit du premier féminicide de l’année 2022 dans l’État irlandais. Enseignante à l’école primaire, musicienne de trad et athlète de talent, Ashling était très aimée de sa communauté. Le message #Shewasgoingforarun a été massivement relayé sur les réseaux sociaux, soulignant que, comme Sarah Everard, elle avait fait tout ce qu’il fallait pour rester en sécurité, mais que cela n’a pas suffit.

Le sentiment qui prévaut est un rejet catégorique de la culpabilisation des victimes. Quand la jeune ministre Josepha Madigan (Fine Gael) a proposé d’utiliser des sifflet d’alerte et des applications de sécurité, quand le député réactionnaire Michael Healy-Rae a proposé de légaliser le port de la bombe lacrymogène, ils n’ont fait que susciter dérision et indignation. Les femmes et les membres de la classe travailleuses s’accordent à dire que peu importe ce qu’elle fait ou pourrait faire, aucune femme ou personne au genre non conforme ne mérite de souffrir de la violence des hommes.

Un moment décisif

Vendredi, des dizaines de milliers de femmes et de jeunes, mais aussi d’hommes et de personnes âgées, ont envahi les rues pour assister à des veillées en l’honneur d’Ashling. Ces veillées ont été organisées par des groupes de femmes, des clubs sportifs, des groupes communautaires, des campagnes féministes et antiracistes, et tous les types de groupes imaginables à travers le pays pour exprimer leur solidarité avec les proches et la communauté d’Ashling Murphy, ainsi qu’avec toutes les victimes d’abus et de traumatismes liés au genre, y compris la forme la plus courante, celle de la violence entre partenaires intimes. Environ 5000 personnes se sont rassemblées au Dáil (Parlement) vendredi et plusieurs milliers ont rempli le Tullamore Town Park en larmes, en s’embrassant, avec des bougies, des fleurs et des pancartes faites maison. Des musiciens traditionnels ont joué les morceaux préférés d’Ashling tandis que la foule se tenait en silence. Derrière la douleur et le chagrin se cachait un profond courant de colère et le désir d’agir pour mettre fin à la violence masculine qui a volé la vie de 244 femmes en Irlande depuis 1996 et causé une souffrance incommensurable à d’innombrables autres.

Cette manifestation de solidarité sans précédent marque un tournant. Elle n’est pas sans rappeler la réaction à la mort de Savita Halappanavar en 2012 contre l’interdiction constitutionnelle de l’avortement, qui a été abrogée en 2018 après des années de lutte suscitées par sa mort. Les manifestations «Je la crois» et «ceci n’est pas un consentement» en 2018 ont été des moments importants dans la contestation de la violence sexiste et de la culpabilisation des victimes en Irlande, mais le meurtre d’Ashling a fait éclater un barrage. Le refus des femmes et des personnes non conformes au genre d’accepter de vivre dans la peur, de modifier leur comportement pour éviter la violence ou d’être obligées de rechercher désespérément l’aide de services sous-financés se reflète désormais plus largement dans toute la société.

Aujourd’hui, comme en 2018, ROSA – Socialist Feminist Movement et Ruth Coppinger, ancienne députée du Socialist Party et syndicaliste enseignante, ont agi rapidement pour appeler des actions à Dublin, Belfast, Cork et Limerick afin de fournir une arène pour exprimer l’angoisse ressentie par tant de personnes, et pour canaliser cette colère en action. Des membres de ROSA, des syndicalistes, des femmes et des activistes non-binaires et bien d’autres ont parlé de leur tristesse, de leurs expériences de la violence masculine et de la nécessité d’un changement culturel et sociétal généralisé sur la question de la misogynie et de la violence de genre. Lorsque les personnes à la tribune ont déclaré que nous étions solidaires contre toutes les formes de sexisme, de racisme et de transphobie, elles ont été accueillies par des applaudissements unanimes. Les milliers de personnes présentes ont convenu que nous devons agir maintenant pour que le « plus jamais ça » devienne une réalité.

Faire du « plus jamais ça » une réalité

Qu’il s’agisse de violence entre partenaires ou d’agressions verbales lorsque nous nous promenons, courons ou faisons du vélo, de harcèlement en ligne et d’agressions basées sur l’image ou encore de violences sexuelles, nous devons faire sortir ce problème de l’ombre en descendant dans la rue. Nous devons manifester explicitement notre solidarité avec toutes les victimes de féminicides pour dire que plus aucune vie ne peut être prise, ainsi qu’avec toutes les survivantes d’abus et de violence machistes, toutes les victimes de l’État, pour demander que cela ne se reproduise plus jamais.

Afin de remettre réellement en question la violence fondée sur le genre, nous devons exploiter l’incroyable élan dont nous sommes témoins dans toute l’Irlande et le canaliser dans un mouvement durable, organisé dans chaque communauté, école, collège et lieu de travail. C’est ce qu’il faut pour mettre en œuvre le type de changement systémique et culturel fondamental nécessaire pour remettre en question toutes les façons dont le sexisme, la misogynie et la LGBTQ-phobie se reproduisent.

Il y a dix ans, après la mort de Savita, un vaste mouvement a dit «plus jamais ça» et a juré qu’une telle mort ne se reproduirait jamais. Nous voulons la même chose maintenant – le seul héritage qui convienne à Ashling.

Prochaines étapes :
– De nouvelles manifestations de solidarité, marquant une semaine après le meurtre d’Ashling, auront lieu dans tout le pays à 16 heures, le mercredi 19 janvier.

– La Journée internationale de lutte pour les droits des femmes doit devenir un point central – des protestations, des manifestations et une grève collective des étudiants (du secondaire et du supérieur) et des travailleur.euse.s, voilà ce qui devrait être discuté et construit dès maintenant.

– Le mouvement féministe socialiste ROSA organise une assemblée en ligne à 19 heures, le jeudi 20 janvier, pour lancer une campagne en faveur d’une grande conférence de syndicalistes, de syndicats, d’organisations de femmes et d’organisations LGBTQ, d’organisations de gens du voyage et d’organisations antiracistes, de campagnes communautaires et autres, afin de lancer un mouvement social massif pour mettre fin à la violence fondée sur le genre, avec des actions lors de la Journée internationale de lutte pour les droits des femmes.

Les revendications qu’une telle conférence et un tel mouvement devraient discuter d’adopter :
– Une action d’urgence est nécessaire maintenant contre la pandémie de violence sexiste – un triplement immédiat des fonds pour les organisations de première ligne contre la violence domestique et sexuelle. Un investissement majeur dans des services de santé mentale gratuits, accessibles et de qualité.

– Une enquête publique sur l’annulation de milliers d’appels 999 par la Gardaí (police) et sur le sexisme, le racisme et les préjugés contre la classe ouvrière dans tout le système juridique.

– La fin de la culpabilisation des victimes et des mythes sur le viol dans les tribunaux. Une éducation qui défie le sexisme et la violence basée sur le genre, qui traite du consentement et qui est inclusive envers les personnes LGBTQ+.

– La fin de l’éducation sexiste et du contrôle religieux des écoles. Séparer l’Église et l’État – retirer l’influence de l’Église de tous les organismes et institutions publics, y compris tous les services d’éducation et de santé.

– Un programme de construction de logements d’urgence pour construire des dizaines de milliers de logements publics sur des terrains publics afin de mettre fin à la crise du logement, qui piège les femmes dans des relations abusives.

Le Socialist Party, ses membres et les membres de ROSA s’engagent à construire un mouvement féministe socialiste qui unit les exploités et les opprimés de ce monde. Grâce à cette vision du pouvoir qu’une lutte unie de la classe ouvrière, multigenre et au-delà de la couleur de peau, peut apporter en frappant au cœur du système d’oppression et d’exploitation, cela offre le potentiel d’un changement systématique pour l’humanité et la planète.

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