Rittenhouse : Construisons un mouvement contre l’extrême droite!

9 min de lecture

Mise à jour : Kyle Rittenhouse a été déclaré non coupable de toutes les accusations le vendredi 19 novembre dernier. Cette parodie complète est un cadeau à l’extrême droite et encouragera les «justiciers» de droite à attaquer les futures manifestations. La question, comme notre article rédigé au cours du procès l’explique, n’est pas de savoir si Rittenhouse avait des raisons de croire que sa sécurité était en danger, mais pourquoi il était là en premier lieu avec un fusil d’assaut. Qui l’a envoyé dans cette mission? Qui a déclenché cette violence de «justicier»? Trump, Fox News et les autres devraient également être tenus responsables de la mort de Joseph Rosenblum et d’Anthony Huber. Avec l’adoption de lois anti-manifestations dans les États républicains, le but de la droite est de terroriser et de réprimer la dissidence.

Le verdict souligne, comme l’a déclaré la conseillère socialiste de Seattle, Kshama Sawant, que « toutes les institutions du capitalisme sont complices de ce système raciste qui exploite la grande majorité ». En revanche, la réponse pathétique de Joe Biden après cette farce de procès a été : « Le système de jury fonctionne, et nous devons nous y conformer. » Cela montre encore une fois pourquoi nous ne pouvons en aucune façon compter sur le Parti démocrate pour superviser le système de justice pénale qui démontre son racisme ville après ville et État après État. Nous avons besoin de construire un mouvement de masse soutenu et indépendant de toute influence des compagnies pour mettre fin au racisme et à toutes les oppressions qui profitent au marché.


Depuis la réapparition du mouvement Black Lives Matter (BLM) il y a un peu plus d’un an, des millions de personnes dans le monde entier se sont serrées les coudes pour lutter contre la brutalité policière et l’injustice raciale produites dans l’intérêt du patronat. En ce moment, le «justicier» d’extrême droite Kyle Rittenhouse est en procès pour avoir tué et blessé des manifestants du mouvement BLM à Kenosha, dans le Wisconsin. 

Les manifestations avaient éclaté en réponse à une brutale fusillade policière qui a laissé Jacob Blake, un habitant de Kenosha, paralysé à vie. Les protestations ont immédiatement été accueillies par la force et la répression de la Garde nationale. Les affrontements entre les manifestants, les manifestantes et la police ainsi que les images de commerces brûlés ont été saisis par les commentateurs de droite comme «preuve» que le mouvement BLM était composé d’émeutiers violents. Bien qu’il y ait eu quelques cas de manifestants et des manifestantes à Kenosha utilisant des tactiques antisociales – nous avons décrit à plusieurs reprises leur inefficacité – le mouvement BLM a été très majoritairement pacifique, même selon la presse capitaliste. La droite avait cependant un récit très différent à faire passer. Elle voulait utiliser les troubles de Kenosha, qui ont été largement provoqués par les forces de l’État elles-mêmes, pour prouver la nature violente de BLM et s’en servir comme d’un appel aux armes pour les fanatiques de droite dans tout le pays. Kyle Rittenhouse a répondu à cet appel.   

Aujourd’hui, beaucoup de ceux et celles qui sont descendus dans la rue pour demander justice pour Jacob Blake suivent de près le procès de Rittenhouse, espérant que les tribunaux rendront justice et porteront un coup à la menace de l’extrême droite. La couverture médiatique de ce procès passe la majorité de son temps à se questionner à savoir si Rittenhouse était justifié ou non de tirer sur trois manifestants. Il s’agit d’une fixation trop étroite. Ce procès représente plus qu’une simple préoccupation éthique sur la légitime défense. Il représente avant tout l’immense polarisation de la société. Il représente aussi une campagne politique plus large menée par la droite ainsi que le système judiciaire pour dissiper le potentiel politique généré par les travailleuses et les travailleurs au plus fort des manifestations de BLM.

Les tribunaux ne nous sauveront pas

Un système juridique sous le capitalisme n’est jamais un terrain favorable pour remporter des victoires pour les travailleuses et les travailleurs. Ce procès ne fait pas exception. Avant même qu’il ne commence, le juge Bruce Schroeder a décidé que les manifestants abattus par Rittenhouse ne pouvaient pas être qualifiés de «victimes». Ils devaient plutôt être qualifiés de «pillards» et d’«émeutiers». Au cours de la procédure, non seulement Schroeder a fait des commentaires non professionnels et racistes envers les personnes asiatiques, mais il a déjà ouvert la voie pour que le jury innocente Rittenhouse de son accusation de possession d’armes à feu. 

Même l’accusation, dirigée par le procureur du district de Kenosha, Thomas Binger, représente un obstacle majeur à l’obtention de la justice par le biais du système judiciaire dans cette affaire. Binger a une relation étroite avec la police de Kenosha et a historiquement protégé la police de Kenosha de toute responsabilité de brutalité policière. Non seulement le bureau de Binger a soutenu que la police était justifiée de tirer sept fois dans le dos de Jacob Blake, mais après l’exécution de Michael Bell en 2004 par quatre policiers de Kenosha, le bureau du procureur du district de Kenosha avait refusé de porter l’affaire en justice. Après avoir permis à la police de Kenosha de changer son histoire 19 fois, l’affaire s’était réglée à l’amiable. Le procès a révélé le manque de volonté de la partie plaignante de rechercher sérieusement la justice. Dans une démonstration presque absurde du caractère antidémocratique de ce procès, Rittenhouse lui-même a été autorisé à sélectionner les 12 jurés finaux de l’affaire à partir du tirage au sort. Il est tout à fait clair que ce tribunal est totalement hostile au mouvement BLM et que la lutte pour la justice se mène sur le terrain de la droite.

Les accommodements faits pour Rittenhouse contrastent de manière dévastatrice avec la condamnation à mort de Philando Castille dans le Minnesota, qui a révélé à la police avoir une arme à feu lors d’un banal contrôle routier. Ou avec la condamnation de Trayvon Martin pour avoir marché dans la rue sans être armé, ou encore d’Ahmaud Arbery qui a été exécuté par trois hommes blancs qui sont maintenant en procès pour son meurtre.

Comment vaincre la droite ?

Nous ne vaincrons pas l’extrême droite grandissante en nous appuyant sur les tribunaux et la police, qui agissent tous deux au nom de la sauvegarde de la propriété privée. Au lieu de cela, nous devons développer rapidement les forces et l’autorité de la gauche en construisant des mouvements de jeunes, de travailleuses et de travailleurs. Ceux et celles-ci cherchent encore des moyens d’obtenir les revendications du mouvement BLM comme la réduction des budgets de la police, l’augmentation des dépenses en services sociaux et le contrôle de la police par la communauté. Il ne suffit pas de souligner la méchanceté d’individus comme Kyle Rittenhouse. Nous devons nous attaquer aux forces plus larges et aux individus qui attisent furieusement la rhétorique raciste et de droite. Des personnalités comme Donald Trump, Tucker Carlson et Ben Shapiro. 

La construction d’un mouvement pour stopper l’extrême droite devra être centrée sur la force collective de la classe ouvrière et des jeunes. Une menace importante que l’extrême droite fait peser sur les gens qui travaillent, comme on l’a vu à Kenosha il y a plus d’un an, est son recours au terrorisme et à la violence. Non seulement la terreur de l’extrême droite peut provoquer la désorganisation et traumatiser les personnes présentes aux manifestations, mais elle décourage également les personnes qui, dans le cas contraire, voudraient y participer. Dans cette optique, les travailleuses et les travailleurs devraient s’organiser avec leur communauté pour adopter des mesures de sécurité afin de garantir la protection de futures manifestations de BLM. Au-delà des préoccupations de sécurité, la défaite de l’extrême droite ne peut aller sans un appel à la classe ouvrière au sens large, y compris et surtout au mouvement syndical, pour la création d’un nouveau parti des travailleuses et des travailleurs dont les personnes dirigeantes seront directement responsables devant les membres. La construction des larges forces de gauche et celle d’un nouveau parti indépendant des deux partis corporatistes offriront aux travailleurs et travailleuses une force combative visible qui se tiendra sans équivoque avec les mouvements comme BLM.

Alternative socialiste est solidaire de ceux et celles qui sont descendus dans la rue à Kenosha et ailleurs pour poursuivre la lutte pour la justice raciale. À l’avenir, les manifestations de BLM doivent prendre un caractère beaucoup plus organisé. Cette organisation devra être démocratique avec un programme de revendications politiques concrètes et claires. Parmi les autres demandes visant à mettre fin à la brutalité policière raciste (purger les forces de police de toute personne ayant des antécédents de racisme, de sexisme ou de violence, désarmer les policiers en patrouille, etc.), une partie de ce programme devrait inclure la création d’un conseil de contrôle démocratiquement élu ayant toute autorité sur le département de police. Ce conseil devrait avoir un contrôle complet sur les embauches et les licenciements, la mise en place de politiques et les assignations à comparaître (subpoena). Il doit également répondre à des demandes plus larges visant à améliorer la vie d’une classe ouvrière multiraciale, comme l’assurance maladie gratuite pour tout le monde, des logements abordables de haute qualité et un Green New Deal qui va plus loin que le capitalisme vert.

C’est le système d’exploitation, d’oppression et d’injustice du capitalisme qui a brutalisé Jacob Blake. Un mouvement de masse centré sur les travailleurs et les travailleuses peut forcer des réformes de ce système de «justice pénale» brisé. Mais un maintien de l’ordre antiraciste est impossible dans un système basé sur l’exploitation et le racisme systémique. Ultimement, nous devons construire un nouveau système socialiste basé sur les besoins humains et une justice véritable pour les personnes opprimées.

Mots clés , , , , , .