Vienne « la rouge » : un exemple pour régler la crise du logement

Jusqu’à 60% des habitants et habitantes de Vienne, en Autriche, vivent aujourd’hui dans des logements abordables. C’est grâce au mouvement ouvrier autrichien qui, tout au long du 20e siècle, a implanté des politiques de logements publiques au service de la classe ouvrière. 

Au début du 20e siècle, la mission première des partis ouvriers est d’améliorer les conditions de travail et de vie des travailleuses et des travailleurs. Le Parti ouvrier social-démocrate d’Autriche (SDAP) a de la difficulté à s’établir solidement en région. Il concentre donc son action sur la politique municipale de la capitale autrichienne. Du début des années 1920 à aujourd’hui, sauf pendant l’occupation nazie, le SDAP (aujourd’hui le Parti socialiste autrichien, SP​​Ö) a dominé la vie politique de la ville de Vienne. 

Vienne «la rouge», fief du SDAP

Dès son arrivée au pouvoir, le SDAP décide de prioriser l’accès à l’habitation pour la classe ouvrière. Il met en place un vaste chantier de logements abordables. Ces constructions sont modernes, possèdent des espaces collectifs (ex. gym, jardins, piscines) et sont financées avec l’argent des riches. L’objectif n’est pas celui des habitations à loyer modique (HLM) québécois ou des Projects américains. Il ne s’agit pas d’élaborer des solutions de derniers recours pour «parquer» des gens, mais de donner le meilleur milieu de vie possible aux familles ouvrières. La construction la plus emblématique de l’approche autrichienne est le Karl Marx-Hof, construit en 1927. Il possède plus de 1 300 unités de logement.  

Il y a trois types de logements sociaux à Vienne: les logements construits et gérés par la ville, les habitations privées intégrées graduellement au parc municipal et les logements privés subventionnés, dont des coopératives d’habitation. Cette politique fait de Vienne la plus grande propriétaire immobilière d’Europe.

La social-démocratie autrichienne a suivi la même évolution que les partis de la Deuxième Internationale au XXe siècle. Dans l’entre-deux-guerres, la direction du SAPD a réalisé ses réformes pour contenir la poussée révolutionnaire des masses. De nouveaux projets de logements sont construits après la Deuxième Guerre mondiale, mais progressivement délaissés dans les années 1980-1990.

Récemment, la montée de l’extrême droite et l’érosion constante des appuis au SPÖ l’ont forcé à remettre de l’avant la défense des logements sociaux. Des réinvestissements limités ont été fait pour des coopératives privées. La ville a grossi sa réserve foncière. Toutefois, le dernier logement communal a été construit en 2004 et rien n’indique un retour vers ce modèle de logement. Malgré ses limites, le logement abordable à Vienne demeure un gain important pour la classe ouvrière. Il peut fortement nous inspirer.

Pourquoi ne pas faire ça ici ?

Pour que la ville soit gérée en fonction des besoins des travailleurs et des travailleuses, il faut que la classe ouvrière prenne le pouvoir politique. Aucun des partis actuels ne remet en question la gestion privée du logement. Malgré de belles paroles sur les mal-logé⋅es, les différents partis défendent dans les faits les intérêts et les besoins des grandes compagnies immobilières et des petits propriétaires.

Le parti Ensemble Montréal de Denis Coderre planifie donner des millions de $ à des milliardaires pour construire un 2e stade de baseball professionnel plutôt que de loger convenablement la population.

Le nouveau parti Mouvement Montréal a plusieurs revendications intéressantes dans sa plate-forme pour le logement, notamment celle d’arrêter les évictions tant que la ville n’aura pas suffisamment de logements sociaux. Malheureusement, sa seule vision à long terme pour financer le logement abordable consiste à inciter le privé à construire des logements sociaux et offrir des mécanismes juridiques pour mieux réguler la situation. Ce qu’il nous faut, ce n’est pas mieux gérer le privé ou l’aider financièrement. C’est de prioriser des projets de constructions 100% publics, à prix modique et écoénergétiques, financés par une forte taxation des grandes compagnies et des super riches.

La pandémie de COVID-19, la crise économique mondiale, la croissance des inégalités et la crise environnementale nous obligent à sortir de l’anarchie de la gestion privée du logement. Le seul moyen de régler la crise de la gestion capitaliste du logement passe par la création de projets d’envergures où 100% des logements sont abordables. Comme l’a fait la ville de Vienne. Nous ne devons pas refaire la même erreur qu’avec le quartier Griffintown aux abords du canal Lachine. L’écrasante majorité des milliers de nouvelles unités locatives sont des condos de luxe. 

Pourquoi Projet Montréal n’a-t-il pas appliqué son programme? 

Pourtant la plate-forme politique de Projet Montréal est claire :

Encourager le recyclage et la rénovation des bâtiments patrimoniaux afin qu’ils puissent être rapidement offerts à la collectivité à travers la création d’espaces communautaires et de logements sociaux.

Pourquoi ce parti n’a-t-il pas appliqué son programme à l’Hôtel-Dieu de Montréal, à l’Hôpital Royal-Victoria, aux terrains de la compagnie Molson, à ceux de la Malting à Saint-Henri ou aux centaines de bâtiments abandonnés ou négligés partout à Montréal? Pourquoi le règne de Valérie Plante a-t-il plutôt donné lieu au festival de la tour la plus haute au centre-ville ou sur L’Île-des-Soeurs? Organisons-nous pour réclamer l’expropriation des emplacements abandonnés, vides ou négligés afin d’ y construire des logements abordables destinés aux travailleurs et aux travailleuses, pas aux riches!

La nécessaire pression de la rue

Pour éviter qu’un mouvement pour le logement abordable demeure un groupe de pression, la question de la prise du pouvoir politique est fondamentale. Mais pour garantir la réalisation des mesures les plus ambitieuses, la classe ouvrière doit demeurer mobilisée. La raison d’être et la légitimité d’un ou d’une élue reposent sur une mobilisation démocratique et militante constante de la classe ouvrière et des jeunes. Sans cette pression de la rue, même les politiciens et les politiciennes les plus sincères plient sous le poids des capitalistes.

Voilà la raison principale pourquoi Projet Montréal n’applique pas son propre programme. Il tente de plaire aux intérêts de toutes les classes sociales. Mais ces dernières ont des intérêts sociaux antagonistes irréconciliables.

Un large mouvement démocratique et politique pour le logement reste à créer pour coordonner l’ensemble des initiatives locales existantes, déterminer des priorités, élargir les appuis dans les communautés, frapper ensemble sur tous les fronts et imposer nos projets sur ceux des riches! 

Investir l’arène politique en présentant des candidatures militantes issues du mouvement des locataires est tout aussi crucial que l’action grassroot pour réussir à gagner nos luttes. En coordonnant nos batailles sur ces deux fronts, nous serons mieux placé⋅es pour exproprier les lieux abandonnés, vides ou négligés ou encore taxer les compagnies et les super riches pour financer nos projets. L’interrelation entre la bataille des mairies et celle dans les quartiers ne fera que renforcer le mouvement de locataires.

Si ce projet vous intéresse, impliquez-vous dans la campagne logement Pas à vendre d’Alternative socialiste en remplissant le formulaire dès aujourd’hui!

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