Classe et identité de genre

Cette traduction française adaptée d’une partie du livre de Christine Thomas Ça n’a pas à être comme ça. Les femmes et la lutte pour le socialisme a été publiée en 2012 par les Éditions Marxisme.be. Le livre est paru originellement en anglais en 2010 sous le titre It doesn’t have to be like this. Women and the struggle for socialism. chez Socialist Publications Ltd.


Quel rôle les femmes jouent-elles dans la lutte pour le socialisme aujourd’hui? Les socialistes et marxistes sont convaincus que la classe ouvrière est la seule force capable d’orienter la lutte pour un changement fondamental de société. Non pas par attachement romantique au rôle de la classe ouvrière dans l’histoire, mais à cause du rôle que cette classe joue dans le processus de production capitaliste. Le capitalisme est un système basé sur la concurrence et la production pour le profit. L’excédent d’où provient le profit est un dérivé du travail non payé à la classe ouvrière par l’exploitation.

Une lutte constante est menée entre les propriétaires des moyens de production – la classe capitaliste – et les producteurs – la classe ouvrière – concernant cet excédent. Cette lutte se reflète sur les lieux de travail par des conflits pour l’augmentation des salaires, autour des heures de travail, de l’accélération de la production, des conditions de travail, mais aussi en ce qui concerne la défense des services publics et leur renforcement. Les travailleurs ont donc un intérêt collectif dans la lutte contre l’exploitation économique qu’ils subissent sous le capitalisme.

D’autres classes et groupes, tels que les petits entrepreneurs et les paysans, souffrent aussi des injustices sociales du système capitaliste. Ils peuvent s’engager dans la lutte pour changer la société. Néanmoins, leur position et leurs perspectives économiques et sociales ne sont pas identiques à celles de la classe des travailleurs. Lorsqu’ils paralysent collectivement leur travail par la grève, les travailleurs ont le pouvoir de bloquer toute l’économie. C’est grâce à cette force potentielle collective sur les milieux de travail et grâce au potentiel d’impact plus général dans la société que les travailleurs ont le rôle principal à jouer dans le renversement du capitalisme et dans la construction d’une nouvelle société.

L’unité de la classe ouvrière

Bien entendu, le capitalisme essaiera constamment de diviser les travailleurs sur base de leurs sexes, de leurs nationalités, de leurs orientations sexuelles, etc. dans l’objectif de réduire leur capacité à s’unir dans une lutte commune pour changer leurs conditions immédiates et la société dans sa totalité. Les capitalistes, par exemple, ont tenté d’instrumentaliser les travailleurs aux salaires précaires pour attaquer les salaires et les conditions de travail de tous les travailleurs. Parfois, les travailleurs masculins sont tombés dans le piège du «diviser pour mieux régner». Ils ont essayé d’exclure les femmes au lieu de les organiser afin d’assurer que tous les travailleurs aient le même salaire et les mêmes conditions de travail. Dans de nombreux pays, aujourd’hui, nous assistons au même processus au sujet des travailleurs immigrés.

Ainsi, les socialistes et les marxistes luttent pour obtenir le maximum d’unité au sein de la classe ouvrière, dans les luttes syndicales et sociales. Ils luttent aussi pour la construction d’organisations indépendantes des travailleurs, y compris des partis politiques, capables de soutenir la lutte collective des travailleurs en développant leur confiance et leur compréhension du rôle qu’ils peuvent jouer dans le changement de la société.

Nous ne croyons pas que les femmes puissent obtenir leur libération ou que les conditions de vie des travailleurs en général puissent être fondamentalement améliorées en réformant graduellement le capitalisme. À travers des luttes quotidiennes, l’amélioration de leurs conditions de vie et la défense d’acquis sociaux précédemment obtenus, les travailleurs peuvent devenir plus confiants en eux et plus conscients de la nécessité de généraliser ces luttes pour transformer le système dans sa totalité.

Par exemple, une victoire dans une campagne contre la fermeture d’un refuge pour femmes battues pourrait donner confiance en l’action collective à ceux qui sont engagés dans ce combat ainsi qu’à d’autres. Même si cette campagne se termine par une défaite, l’engagement actif dans la lutte peut conduire à des questionnements sur les raisons derrière la coupe d’un service si important pour les femmes qui souffrent de violences domestiques. Cela peut entraîner des personnes à mettre en cause ce système qui place la soif de profit en premier lieu et relègue à l’arrière-plan la santé et la sécurité des femmes.

Mais pour que les luttes se développent vers une transformation victorieuse de la société, il est crucial qu’existe un parti dont le programme relie les besoins sociaux immédiats à la lutte plus large pour un changement révolutionnaire de la société, tout comme les bolcheviques l’ont fait en Russie.

Les femmes de la classe ouvrière

Comme les femmes constituent aujourd’hui environ la moitié de la force de travail des pays industrialisés développés (dans quelques pays elles constituent même la majorité), elles auront très certainement à jouer un rôle crucial dans la lutte pour le changement de société. Même lorsqu’elles ne représentaient qu’une minorité dans les milieux de travail, les femmes se sont lancées dans des luttes héroïques pour la défense de leurs droits en tant que travailleuses. Quasiment dans chacun de ces cas, les problématiques qui les ont poussées à l’action concernaient également les travailleurs masculins: bas salaires, longues journées de travail, mauvaises conditions de travail, etc. Mais, inévitablement, les travailleuses ont aussi affronté des questions spécifiques en tant que femmes et en tant que travailleuses, dans les milieux de travail, mais aussi de manière plus large dans la société.

Même si la lutte des femmes pour le droit de vote au 19e siècle en Grande-Bretagne a été initiée par des femmes des classes moyenne et bourgeoise, des femmes de la classe ouvrière s’y sont également engagées et sont depuis des années les «oubliées de l’Histoire». Très peu de publications font état des ouvrières du textile et de leurs pétitions et campagnes dans les usines du nord de l’Angleterre pour l’obtention du droit de vote féminin ainsi que pour le développement d’une solidarité de masse sur cette question. Des ouvrières du textile, comme Selina Cooper, ont amené avec enthousiasme la question du suffrage féminin au sein des syndicats. Les syndicats locaux du coton ont organisé une consultation interne de leurs membres afin de mettre «cette revendication dans leur programme au même titre que la représentativité ouvrière.»1

Des travailleuses ont également mené des campagnes déterminées sur les questions d’avortement, du droit à la contraception, contre le harcèlement sexuel, contre la violence domestique et contre la pornographie, afin que toutes ces questions soient soutenues par les organisations ouvrières.

La violence domestique

À première vue, la manière dont ces thèmes peuvent avoir un lien avec le monde du travail n’est quelquefois pas claire. La violence domestique, comme son nom le suggère, a été longtemps considérée comme une question privée se déroulant derrière les portes closes des maisons. Malgré tout, des syndicalistes – hommes et femmes – se sont engagés dans des campagnes contre la violence domestique, à l’instar de celles créées par les membres du Militant Labour en Grande-Bretagne au début des années 1990. Ces derniers ont lutté plusieurs années durant pour que la violence domestique soit considérée comme une question syndicale dans les milieux de travail. Cette campagne a été menée dans chaque grand syndicat britannique afin d’obtenir une politique nationale concernant la violence domestique.

Les militants ont expliqué que les femmes victimes de violence et d’autres abus devaient fréquemment être absentes de leur travail pour des raisons de santé et pour laisser les hématomes disparaître. Mais, il est rare qu’elles justifient leur absence par ces raisons. Elles disent plutôt qu’elles sont atteintes d’une grippe ou de maux de ventre. Avec l’implantation de régimes draconiens de surveillance des arrêts de maladie, les femmes victimes de violence conjugales sont davantage touchées par des sanctions pouvant aller jusqu’à la perte d’emploi. Ces travailleuses peuvent aussi avoir besoin d’être relogées afin d’échapper à leur agresseur.

La formation des représentants syndicaux à une meilleure compréhension de la violence domestique peut encourager les travailleuses à demander de l’aide à leur syndicat. Les militants ont expliqué que les syndicats, qui organisent encore à peu près sept millions de membres en Grande-Bretagne, ont un rôle à jouer concernant la conscientisation générale sur la violence domestique afin s’assurer des changements légaux et la lutte pour des réformes telles l’augmentation du nombre de refuges pour femmes battues, un salaire minimum décent, des garderies, etc. Bref, tout ce qui améliore l’indépendance économique des femmes et leur possibilité de quitter une relation violente.

Les alliance «interclasses»

Étant donné que nous considérons l’oppression des femmes comme une question de classe, on nous accuse fréquemment d’ignorer le fait de que toutes les femmes sont opprimées et pas seulement les travailleuses. Il s’agit d’une distorsion de notre analyse. Quand nous nous référons à l’oppression des femmes en tant que «question de classe», nous disons simplement que l’oppression est enracinée et perpétuée dans les sociétés basées sur la division en classes sociales. Il est donc nécessaire de mener une lutte commune de toute la classe des travailleurs contre le capitalisme afin de poser les bases de son éradication. Toutes les femmes, indépendamment de leur classe, sont affectées par des questions telles que le droit à la contraception, la violence et le sexisme en général. Pour ces raisons, historiquement, les femmes se sont réunies dans des organisations autonomes et interclasses pour lutter contre leur oppression commune.

Certaines critiques académiques «post-féministe» associées au post-modernisme défendent qu’aujourd’hui, les différences entre femmes sont tellement énormes, les femmes ont tellement d’identités basées sur la classe sociale, la «race», l’orientation sexuelle, l’âge, les capacités, le style de vie, etc., qu’il n’est plus possible de parler des femmes comme d’une catégorie sociale collective. Les luttes collectives des femmes ne seraient ainsi plus d’actualité. Il est certain qu’une des faiblesses de nombreuses théories féministes radicales est l’approche d’une vision anhistorique de l’oppression des femmes où les «hommes» font face aux «femmes» en ignorant les différences basées sur les classes sociales, les groupes ethniques, etc.

Les conditions économiques et la classe sociale font une grande différence dans la manière dont les femmes expérimentent l’oppression. La violence domestique, par exemple, prend place dans chaque classe sociale. Les raisons pour lesquelles les femmes restent dans une relation violente sont très complexes, impliquant des facteurs physiques, émotionnels, psychologiques et économiques. Mais si les moyens publics manquent pour des refuges ou si les gouvernements privatisent les logements sociaux, les travailleuses qui n’ont pas les moyens économiques de vivre de façon indépendante resteront particulièrement désavantagées. Peut-être même seront-elles forcées de rester bloquées dans une relation violente contre leur gré.

De façon similaire, quand le droit à l’avortement est restreint, les femmes qui en ont les moyens peuvent voyager pour effectuer un avortement dans un autre pays où il est légal. Les femmes plus pauvres doivent soit accepter de mener à terme une grossesse non désirée ou alors recourir à l’avortement illégal, souvent avec de grands risques pour leur santé.

Malgré l’existence de ces différences réelles et importantes, il est probable que les luttes et campagnes puissent engager des femmes de toutes les classes sociales tant que l’oppression continue d’exister.

Cependant, là où de telles campagnes et luttes se sont, des tensions et désaccords se sont développés au sujet de l’idéologie et de la stratégie à adopter pour faire avancer le mouvement. Les méthodes et les objectifs des ouvrières du textile engagées dans la lutte pour le droit de vote féminin, par exemple, contrastent avec celles de la direction issue de la classe moyenne de la National Union of Women’s Suffrage Societies (Union Nationale des Sociétés pour le suffrage féminin). Cette dernière optait plutôt pour une rhétorique d’égalité des sexes et un discret travail de lobbying parlementaire. Les femmes «ne veulent pas disposer d’un pouvoir politique pour se valoriser en affirmant qu’elles sont égales aux hommes», a expliqué Selina Cooper, «elles veulent utiliser ce pouvoir pour la même raison que les hommes : pour obtenir de meilleures conditions de vie.»2

Comme Sylvia Pankhurst l’a écrit dans The Suffragette movement, les femmes du quartier de l’East End à Londres, parmi lesquelles elle était active, voulaient en finir avec les bas salaires et les très mauvaises conditions de travail. Elles étaient concernées par les difficultés des femmes non mariées, des prostituées, du bien-être des mères et des enfants. Elles considéraient le vote comme un moyen d’assurer les changements économiques et sociaux qui pourraient transformer leurs vies.

Le danger du séparatisme des genres

Historiquement, les travailleuses ont généralement considéré les hommes de leur classe comme des alliés potentiels dans la lutte pour défendre leur droit en tant que travailleuses et en tant que femmes. Aujourd’hui, quand des mouvements se développent avec des femmes de différents milieux et classes sociales, nous cherchons à orienter ces mouvements vers les organisations de la classe ouvrière. Nous expliquons le rôle que ces organisations peuvent jouer lorsqu’elles transforment des luttes individuelles en luttes collectives, tout comme leur rôle dans la transformation de la société et l’abolition de l’oppression à laquelle toutes les femmes sont confrontées.

Les féministes radicales ont souvent tiré la conclusion que le mouvement des femmes devait rester distinct de toutes les organisations où des hommes étaient présents. En Grande-Bretagne, dans la Campaign Against Domestic Violence (Campagne contre la violence domestique), de profonds désaccords existaient entre celles qui voulaient orienter ce mouvement vers les luttes syndicales et celles s’y opposaient, argumentant que les syndicats sont dominés par des hommes et qui ceux-ci sont responsables de l’oppression des femmes. Par la suite, elles se sont également opposées à la présence de syndicalistes dans leurs manifestations. Si cette approche de séparation des genres avait remporté la majorité des participants à la campagne, cela l’aurait affaibli et son efficacité s’en serait ressentie dans les milieux de travail et plus largement.

Néanmoins, il n’est pas automatique que les organisations de travailleurs se rendent compte de l’importance de mener des campagnes spécifiques sur des thèmes concernant les femmes ou de la nécessité d’adopter un programme et des stratégies qui reflètent leurs besoins. À de nombreuses reprises, les travailleuses ont dû se battre longuement et durement pour rompre les préjugés et convaincre les travailleurs masculins (et même parfois certaines travailleuses) que les questions qui leur étaient spécifiques n’étaient pas secondaires ou une «diversion» de questions plus importantes. Prendre ces problématiques au sérieux est dans l’intérêt de tous les travailleurs.

Là où les organisations de travailleurs échouent à donner une réponse à ces questions, le danger existe que des idées basées sur la séparation des genres puissent revenir. C’est ce qui s’est produit dans la lutte pour le droit de vote en Grande-Bretagne. La combative Women’s Social and Political Union (WPSU ou Union Sociale et Politique des Femmes), plus connue sous le nom des Suffragettes, était à l’origine un groupe de pression au sein de l’Independant Labour Party (Parti travailliste indépendant). Cette tendance s’est d’abord orientée vers le mouvement ouvrier. Entre 1910 et 1914, le gouvernement libéral était assiégé par les luttes syndicales des mineurs, des cheminots et des débardeurs. Ces luttes se sont étendues à d’autres secteurs de travailleurs, y compris les travailleuses inorganisées de l’industrie textile. La guerre civile était rampante en Irlande sous la Home Rule (un projet visant à donner une autonomie interne à l’Irlande, tout en restant sous la tutelle de la couronne britannique).

Le mouvement pour le droit de vote des femmes a rajouté de l’huile sur le feu d’un mouvement social qui menaçait non seulement le gouvernement libéral, mais aussi le système capitaliste. Selon les mots du révolutionnaire russe Léon Trotsky, «l’ombre de la révolution» s’étendait sur la Grande-Bretagne. Graduellement toutefois, le WPSU a pris ses distances du mouvement des travailleurs, au moment où s’intensifiait la lutte sociale. Cela est en partie dû à sa direction issue de la classe moyenne, mais aussi en partie à cause du refus du Parti travailliste de soutenir la lutte pour le droit de vote des femmes.

L’activisme «individuel», comme jeter des pierres et par la suite incendier et placer des bombes, est devenu la principale forme de protestation. Il est devenu un substitut plutôt qu’une forme d’aide pour construire un véritable mouvement de masse pour le suffrage féminin. Ensuite, le WSPU a évolué vers une approche de séparation des genres. Une de ses dirigeantes, Christabel Pankhurst (la soeur de Sylvia), affirmait qu’entre 75 et 80% des hommes étaient infectés par la gonorrhée et a adopté le slogan «le vote aux femmes et la chasteté aux hommes.»

Le mouvement de femmes

La «Deuxième vague» de mouvements pour les droits des femmes en Europe et aux États-Unis à la fin des années 1960 et 1970 s’est développée dans un contexte de radicalisation de la société: protestations contre la guerre au Vietnam, lutte pour les droits civils des Noirs, mouvement étudiant, luttes ouvrières et révolutions dans le monde colonial.

La nature et la portée du mouvement des femmes ont varié d’un pays à l’autre. La participation active a été plus importante aux États-Unis qu’en Grande-Bretagne. Mais, grâce à la grande force du mouvement des travailleurs de Grande-Bretagne – incluant l’existence du Labor Party (Parti travailliste) même si sa direction était dominée par des capitalistes – la convergence entre le mouvement des travailleurs et celui des femmes y a été bien plus forte. En 1968, les couturières machinistes de l’usine Ford de Dagenham, à l’est de Londres, sont entrées en grève pour s’assurer un salaire égal à celui des travailleurs qualifiés masculins. Cela a permis d’initier une vague de luttes pour le principe «à travail égal, salaire égal».

Des luttes comme celles-là ont inspiré d’autres couches de femmes. En retour, beaucoup de travailleuses ont été influencées par les revendications du mouvement des droits des femmes. Au final, un grand changement s’est produit dans les attitudes des femmes, mais aussi plus largement dans la société. D’importantes réformes légales ont été introduites, comme la loi sur l’égalité salariale (Equal Pay Act) et la loi contre la discrimination sexuelle (Sex Discrimination Act).

En Italie, le mouvement des femmes a été fortement lié à la gauche radicale. Là-bas, ce mouvement est devenu une force massive qui s’est développée en liaison avec le mouvement quasiment insurrectionnel de la classe des travailleurs. Par conséquent, ces femmes ont obtenu de grands acquis, comme le droit à l’avortement. Même là où le mouvement était minime en termes de nombre d’activistes impliqués, les idées concernant les relations familiales, la violence contre les femmes et le droit de décider de son propre corps ont obtenu une large influence dans la société.

Malgré cela, de sérieuses divisions sont apparues. Cela a abouti à la domination du féminisme radical et à la fragmentation du mouvement à la fin des années 1970. Le féminisme radical a été incapable d’offrir une stratégie apte à développer une voie pour la majorité des femmes. Pour certaines, comme les «féministes culturels», le «personnel» n’est plus à considérer comme «politique». Elles mettent plutôt l’accent sur l’importance les valeurs féminines, les «choix de vie» et les «sphères culturelles» propres aux femmes. Se changer soi-même est devenu plus important que de changer la société.

Si une petite minorité de femmes a pu être attirée par l’idée des «sphères séparées», ce n’était clairement pas une voie viable pour la vaste majorité des femmes. D’autres féministes radicales ont été embauchées dans «l’industrie des femmes» au sein des gouvernements locaux et nationaux ou dans des centres pour femmes. Même si le travail mené dans ces endroits est extrêmement important – spécialement dans les refuges pour femmes et dans les centres de soutien aux femmes violées – la lutte quotidienne des femmes s’est concentrée sur la défense des acquis en opposition aux contre-réformes. Cette lutte s’est ainsi séparée de la lutte plus large pour un changement de société.

Autrement dit, en acceptant les limites du système capitaliste, le féminisme radical a joué le rôle d’une autre tendance du «féminisme libéral». Néanmoins, même si le féminisme radical a échoué à proposer une solution durable aux problèmes qu’affrontent la majorité des femmes, cela ne signifie pas que ces idées ne peuvent pas faire un retour. Considérant la présence de la domination masculine à chaque niveau de la société, mais aussi la continuité de la discrimination, du sexisme et du taux particulièrement élevé de violence et d’abus contre les femmes causés par des hommes, l’idée selon laquelle les hommes sont à blâmer pour l’oppression des femmes et que la lutte principale est à mener est contre eux et le patriarcat peut retrouver un certain écho dans la société. En particulier si les organisations des travailleurs échouent à offrir une réelle alternative.


1. Jill Liddington et Jill Norris, One Hand Tied Behind Us, Virago, 1978
2. Jill Liddington, The Life and Times of a Respectable Rebel, Virago, 1984

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