La solidarité de classe pour gagner nos conflits de travail

Comment réagir lorsque les négociations entre employeurs et syndicats s’éternisent ou deviennent de plus en plus difficiles? Comment sortir le mouvement syndical de sa situation de faiblesse face au patronat? 

Les 500 000 travailleuses et travailleurs du secteur public se trouvent actuellement au centre d’une négociation qui tourne en rond depuis 8 mois face à un État-employeur intransigeant. Plusieurs centrales syndicales ont d’ailleurs fait des appels au gouvernement pour qu’il y ait – enfin – du mouvement à la table de négociations. Du côté des cols-bleus de Montréal, les membres se sont dotés d’un mandat de pression, le 14 novembre dernier, pouvant aller jusqu’à la grève générale illimitée après 57 séances de négociation et trois ans sans convention collective.

Le secteur privé voit également des conflits s’éterniser et les positions patronales se durcir. Certains syndicats vont jusqu’à accepter des baisses de salaires généralisées sans avoir de garanties ou de preuves sur la situation financière réelle de l’entreprise.

Un durcissement des relations de travail?

Les libraires de chez Raffin (Plaza St-Hubert) ont mené une grève de 7 semaines cet automne. Après un an de négociations et l’intervention du conciliateur, les membres ont entériné une nouvelle convention collective. Les travailleuses et travailleurs de l’entrepôt Jean-Coutu, en lock-out depuis le 24 septembre, ont adopté une convention collective recommandée par le conciliateur 7 semaines plus tard.

D’autres lock-out sont toujours en cours et imposés aux travailleurs, notamment chez Demix (depuis le 24 septembre), WestRock (depuis le 30 septembre) et Gate Gourmet (depuis le 10 novembre).

La pandémie sert d’excuse à de nombreux employeurs pour prétendre que les revenus sont en baisse. C’est probablement le cas dans plusieurs entreprises, mais certainement pas dans tous les secteurs. Dans le cas de Métro (maintenant propriétaire de Jean-Coutu), ses profits ont connu une très forte hausse, précisément en raison de la pandémie. Cela n’a pas empêché la compagnie de jeter en lock-out ses employé·es de l’entrepôt Jean-Coutu de Laval en plus d’avoir embauché des scabs

Une solidarité qui change la donne

Grâce à la lutte, le syndicat a obtenu de nombreux gains sans aucun recul. La présidente du Syndicat des travailleuses et travailleurs de PJC entrepôt-CSN, Audrey Benoit, estime qu’il s’agit de «la meilleure convention que nous avons eue jusqu’à maintenant». La grande solidarité syndicale y est pour quelque chose. Des syndicats de partout au Québec ont mobilisé leurs membres lors de piquetages et de manifestations devant des succursales Jean Coutu. Certains syndicats ont donné des milliers de dollars aux lock-outé·es et même du bois de chauffage!

Que ce soit chez Raffin, Jean-Coutu, Demix ou Dollarama, c’est par la mobilisation et la solidarité que les travailleuses et travailleurs réussissent à tenir et maintenir la pression sur les employeurs. Les différents appuis reçu par les syndiqué·es de Raffin ou encore l’appui de la CSN à la lutte des employé·es de Dollarama contribuent à la lutte pour de meilleures conditions de travail. Maintenir un moral combatif sur les lignes de piquetage et montrer que la lutte dépasse le milieu de travail est essentiel pour gagner nos batailles.

Du côté du secteur public, les nombreuses actions disparates des centrales syndicales viennent de converger pour une première fois le 25 novembre. À Montréal et Québec, des personnes représentant toutes les grandes organisations syndicales ont uni leurs voix pour dénoncer l’attitude du gouvernement.

Un gouvernement de p’tit boss

L’attitude paternaliste, voire méprisante, du gouvernement caquiste ne contribue pas à améliorer les choses. Alors qu’il dispose d’une heure de publicité gratuite tous les jours, le premier ministre François Legault en profite pour dire tout ce qui lui passe par la tête au sujet des négociations du secteur public. Dès septembre 2019, le ton de la négociation a été annoncé. Legault a affirmé que « les surplus appartiennent aux Québécois; ils n’appartiennent pas aux groupes de pression; ils n’appartiennent pas aux syndicats ». Comme si les 550 000 travailleuses et travailleurs du secteur public et parapublic ne faisaient pas partie de la population québécoise! Une stratégie typique du patronat pour diviser la classe ouvrière.

Cette attitude se répercute dans le secteur privé. On se souviendra des commentaires anti-travailleurs de Legault durant le lock-out d’un an et demi à l’Aluminerie de Bécancour (ABI). Les commentaires et les actions pro-patronales de Legault ont tellement été évidentes que le syndicat des Métallos a déposé une plainte à l’Organisation Internationale du Travail (OIT)

Construire le rapport de force

En ce moment, les travailleuses et travailleurs subissent les décisions patronales. Mais c’est nous, la classe ouvrière, qui produisons les biens et les services qui enrichissent le patronat. Les lois qui régissent le travail, soit la Loi sur les normes du travail et la Loi sur la santé et la sécurité du travail, sont écrites par et pour la classe dirigeante. Elles ont toutefois été gagnées de chaude lutte par la classe ouvrière organisée, par des sacrifices énormes menant parfois à la mort de grévistes.

Il est toujours possible de faire des avancées si les syndicats, les groupes communautaires ou Québec solidaire exercent une pression unitaire sur le gouvernement. Toutefois, ces gains seront toujours menacés au gré des gouvernements capitalistes et du rapport de force du patronat. Il en sera ainsi tant que le pouvoir de notre classe sociale – un pouvoir socialiste et démocratique – ne remplacera pas celui des capitalistes.

La crise sanitaire est un moment d’enrichissement incroyable pour les géants du web et les compagnies de distribution. De notre côté, elle doit servir de tremplin pour développer la solidarité. Des services publics adéquatement financés sont essentiels pour le bien-être de la classe ouvrière. Ce financement adéquat passe, entre autres, par un réinvestissement massif en santé et en éducation. Pour y parvenir, nous disposons d’un moyen qui échappe toujours à la classe dirigeante: notre solidarité.

Prendre l’argent là où il est

Cette solidarité doit servir à aller chercher notre argent là où il dort: dans les paradis fiscaux, dans les banques et dans les poches du patronat. Les manifestations pour le climat du 27 septembre 2019 ont démontré que la solidarité de classe est possible à une échelle massive. Face au durcissement des politiques patronales, que ce soit dans le secteur privé ou le secteur public, notre réponse doit demeurer la solidarité et l’action. 

Les occupations, les manifestations monstres et autres actions d’éclat sont essentielles pour y parvenir. Il est d’autant plus crucial de placer les travailleurs et les travailleuses du plancher au centre de l’organisation de ces actions afin d’assurer la croissance du mouvement de contestation.

La solidarité intersyndicale est à la base d’une solidarité qui peut s’étendre à tous les travailleurs et travailleuses du Québec. C’est le moment idéal pour lancer des actions de perturbation économiques pour aller chercher l’argent dans les poches du patronat et taxer les riches. C’est en bâtissant de telles luttes que nous pourrons mener celle qui conduira à la chute du gouvernement pro-patronal de la CAQ.

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