Malgré le sabotage de l’establishment, Sanders remporte le vote populaire en Iowa

Bien que nous n’ayons pas encore le résultat complet des caucus de l’Iowa, il est clair que Bernie Sanders a remporté le vote populaire. L’armée de Bernie se dirige maintenant vers le New Hampshire, le Nevada et la Caroline du Sud, où il pourrait gagner ou arriver en deuxième position. Cela le mettra en bonne position pour le Super Mardi du 3 mars, lorsque 14 États voteront en même temps et que la plus grande partie des délégués sera attribuée. Sanders est actuellement en tête des sondages dans le plus grand de tous, la Californie. Autre signe de l’élan dont profite Sanders, les sondages de sortie des urnes dans l’Iowa ont montré que 43 % des personnes de couleur ont voté en sa faveur.

Ce que ce moment révèle de façon frappante, c’est le défi que les travailleurs et les jeunes de ce pays doivent relever pour tenter d’obtenir un véritable changement : vaincre un système politique dysfonctionnel et truqué, dominé par les intérêts des grandes entreprises. Le caucus de l’Iowa a sombré dans le chaos et la farce alors qu’a échoué une application créée par des personnes entretenant des liens étroits avec l’establishment démocrate, y compris des proches de Clinton. Puis, pour aggraver la situation, le Comité national démocrate, un organe qui n’essaie même pas de cacher ses positions anti-Sanders, a pris en charge le processus de tabulation du vote mardi soir.

Ce moment d’incompétence et d’ingérence de l’establishment survient à la veille de l’acquittement de Trump dans le « procès » du processus de mise en accusation du Sénat. Comme nous l’avions prévenu dès le début, l’accent mis par les démocrates sur l’appel téléphonique de l’Ukraine et non sur les véritables crimes de Trump – contre les travailleurs, les pauvres, les migrants, les femmes et l’environnement – risquait de rater le but. C’est exactement ce qui s’est produit. Il n’a pas été condamné et sa popularité est au plus haut niveau depuis son entrée en fonction !

La direction du Parti démocrate est pathétique. Leur incompétence dans l’Iowa fait la une des journaux tandis que Trump se pavane avec son discours sur l’état de l’Union. Pendant ce temps, tout ce que la Démocrate Nancy Pelosi peut offrir à des millions d’Américains enragés, c’est du théâtre, en déchirant sa copie du discours du président.

Mais si les démocrates disent vouloir se débarrasser de Trump, leur véritable priorité est de stopper le mouvement autour de Sanders, le candidat qui a précisément le plus de chances de vaincre Trump ! Ils crient à l’ »unité » et au « vote démocrate, peu importe qui » tout en sabotant Sanders et en préparant toutes sortes de sales coups au nom de leurs maîtres : la classe dirigeante qui craint par-dessus tout l’émergence d’une force politique reposant sur la classe ouvrière.

La panique de l’establishment

Le tout premier caucus des primaires de 2020 s’est tenu à Ottumwa, dans l’Iowa, où 14 des 15 participants au caucus ont voté pour Bernie. La grande majorité d’entre eux sont des migrants éthiopiens qui travaillent chez JBS Pork, une usine de porc où les bénévoles de Bernie se sont installés entre minuit et 2 heures du matin pour y discuter avec les travailleurs pendant le changement d’équipe. Chris Laursen, représentant syndical des travailleurs de JBS Pork, a déclaré : « C’est ce qui fait la particularité de la campagne de Bernie. Ce n’est pas une campagne, c’est un mouvement. Bernie dispose littéralement d’une armée ».

C’est précisément ce qui terrifie le Parti démocrate et l’a plongé dans le chaos. Leur crainte n’est pas seulement due au fait que Bernie Sanders défend l’assurance maladie pour tous, le contrôle universel des loyers ou un New Deal vert. Ce n’est même pas parce qu’il se dit « socialiste démocratique ». C’est précisément à cause des millions d’Américains issus de la classe ouvrière déterminés à lutter à ses côtés pour un changement radical. Ils ont peur du million de personnes qui s’est engagée comme volontaire pour sa campagne et des milliers de personnes qui sont venues de tout le pays dans l’Iowa pour construire le mouvement derrière Bernie.

En réponse à cela, les dirigeants du parti discutent de la modification des règles de la Convention nationale démocrate afin de réintroduire la prééminence des superdélégués. Les superdélégués sont des initiés et des élus autoproclamés du parti qui ont joué un rôle important pour faire pencher la balance vers Hillary Clinton en 2016. Ce sont des délégués « non engagés » qui peuvent voter à la Convention nationale du parti démocrate en faveur du candidat de leur choix. Historiquement, ils se sont presque toujours entièrement alignés derrière le choix de l’establishment. En 2018, les règles de la Convention ont été modifiées de sorte que les superdélégués ne peuvent plus voter au premier tour et que leur vote n’est déclenché que s’il n’y a pas de vainqueur incontestable. Les dirigeants du parti démocrate ont discuté ces dernières semaines de la suppression de cette règle et de la possibilité pour les superdélégués de voter à nouveau au premier tour. Don Fowler, un ancien président du Comité national démocrate, a lui-même admis que cela créerait « le combat le plus salutaire que vous ayez jamais vu à une convention démocrate ».

La direction et l’appareil du parti sont prêts à utiliser les mêmes sales tours qu’en 2016 et probablement bien pire pour refuser la nomination de Bernie. Leurs manœuvres en 2016, qui ont permis à la candidate pro-entreprises Hillary Clinton d’obtenir l’investiture, ont finalement ouvert la voie à la victoire de Trump et le danger d’une répétition en 2020 est clairement présent.
Biden fait flop…

La direction du Parti démocrate a perdu le contrôle de la situation. Comme nous l’avons écrit depuis le début de la bataille des primaires démocrates, l’establishment n’a pas réussi à trouver un candidat de consensus pour se rallier comme il l’a fait avec Hillary Clinton en 2016. Joe Biden a réussi à mobiliser la nostalgie de l’époque d’Obama et sa politique de « pragmatisme » pour soutenir sa campagne et maintenir son statut de premier plan pendant des mois, mais ses résultats dans l’Iowa ont permis de lever le voile sur l’énigme à laquelle sont confrontées les élites du parti.

Joe Biden va arriver en quatrième position et pourrait même ne pas atteindre le seuil de 15 % requis pour obtenir de véritables délégués à la convention. L’argument colporté par les médias dominants selon lequel Biden est le candidat le plus susceptible d’être élu dans la course s’effondre.

Pendant ce temps, Pete Buttigieg est arrivé en deuxième position lors du vote populaire. Il a été qualifié du titre de « MaireTricheur » après avoir déclaré prématurément sa victoire mardi soir avec 0% des voix comptées. Malgré sa deuxième place, Buttigieg devra encore se battre pour devenir le favori de l’establishment. Il sera presque certainement confronté à une défaite écrasante dans de nombreuses primaires à venir, y compris en Caroline du Sud où il n’a pas réussi à gagner à lui les électeurs noirs, et ce problème ne fera probablement que s’aggraver au fur et à mesure du déroulement du processus des primaires.

Le fiasco de Biden et le manque de soutien de Buttigieg parmi une grande partie de la base électorale du Parti démocrate constituent un véritable défi pour l’establishment du parti qui cherche désespérément à se rallier autour d’un candidat capable de vaincre non pas Trump, mais Sanders.

Un Parti démocrate pas très démocratique…

Aujourd’hui, des millions de partisans de Bernie sont furieux contre ce qui est au mieux l’incompétence du Parti démocrate et au pire un sabotage pur et simple. Les événements totalement antidémocratiques qui ont entouré le caucus de l’Iowa démontrent le type de transactions opaques et louches auxquelles nous serons confrontés de la part de la direction du Parti démocrate.

Alors que le parti intensifie sa tentative d’empêcher Bernie de devenir candidat, nous devons construire un mouvement encore plus puissant derrière sa campagne. Nous devons nous préparer à organiser des mobilisations de masse pour bloquer leurs manœuvres antidémocratiques, dont nous sommes certains qu’elles seront plus nombreuses.

Il est clair que nous devons sortir de l’étau du Parti démocrate et construire un nouveau parti politique doté de véritables structures démocratiques. Bernie est extrêmement bien placé pour initier une telle chose. Le point de départ devrait être une conférence des partisans de Sanders, en cas de victoire ou de défaite, après la Convention nationale démocrate, pour commencer à discuter de la formation d’un nouveau parti.

Il est encore très difficile de savoir si Sanders va lui-même s’impliquer dans ce projet, car il a déjà déclaré qu’il soutiendrait le candidat démocrate, quel qu’il soit. Nous demandons à Sanders de ne pas s’aligner derrière les démocrates capitalistes et en démobilisant ainsi ses partisans, mais plutôt de donner une impulsion aux millions d’entre nous qui soutiennent sa campagne. S’il ne prend pas les mesures nécessaires pour se séparer du Parti démocrate malgré leur opposition féroce à notre mouvement, ceux d’entre nous qui soutiennent sa vision d’une révolution politique devront le faire eux-mêmes.

Tom Crean and Keely Mullen, Socialist Alternative (ISA États-Unis)