Malgré le 50e de Stonewall, une Fierté 2019 bien peu politique

Cette année, Fierté Montréal a souhaité « profiter du rayonnement du 50e anniversaire des émeutes de Stonewall » pour donner un verni politique aux festivités. Toutefois, une seule activité – une séance de micro ouvert à la Place Émilie-Gamelin – a été organisée pour aborder le sujet. Alternative socialiste, en collaboration avec Étudiant·e·s socialistes UQAM, a préparé une conférence publique afin de repolitiser cet événement.

La Fierté, c’est avant tout la célébration des droits acquis par la communauté au fil des luttes. Toutefois, le combat est loin d’être terminé. À l’origine des Fiertés du monde entier et des mouvements de défense des droits des LGBT, les émeutes de Stonewall demeurent une source d’inspiration militante pour les luttes actuelles. L’égalité réelle entre les communautés issues de la diversité sexuelle et l’ensemble de la population reste à accomplir. Et ce ne sont pas le Casino de Montréal, le Groupe Banque TD, le Parti libéral du Canada ou encore les conservateurs qui nous l’offriront gracieusement.

Les relations publiques avant le contenu politique

Depuis des décennies, les enjeux et les revendications politiques LGBTQIA+ des marches sont enterrés sous une avalanche de marketing arc-en-ciel. La dépolitisation de la marche des Fiertés s’observe notamment dans la composition du défilé. Évidemment, les grandes entreprises font bonne figure, distribuant ballons, paillettes et bonne humeur légèrement forcée. Leurs délégations constituent la partie la plus visible du défilé.

Notons toutefois cette année la forte participation des partis politiques fédéraux, en tête de cortège. On remarque la présence du Parti conservateur du Canada, mais pas de son chef. Bien entendu, Justin Trudeau, le premier ministre canadien est là, fidèle à sa rectitude politique bien libérale. Quant à lui, le premier ministre du Québec, le nationaliste conservateur François Legault, en est à sa toute première participation en 20 ans de carrière politique.

Si l’élite politique est là, ce n’est toutefois pas pour son bilan ou ses projets tournés vers les communautés LGBTQIA+. Au contraire, ces promoteurs de l’austérité sont les premières personnes à pointer du doigt pour les bas salaires, les logements trop chers et le manque de services de santé pour les personnes LGBTQIA+.

Dans le corps de la marche, on remarque toutefois la présence d’un groupe qui rend hommage à Marielle Franco, militante LGBTQ+ assassinée au Brésil en 2018. On voit aussi un groupe qui revendique la fin des mutilations génitales ainsi que plusieurs organismes communautaires qui viennent en aide aux communautés de la diversité sexuelle. Un groupe manifeste aussi pour dénoncer le côté capitaliste et opportuniste du défilé. Leurs pancartes revendiquent une meilleure place dans le défilé aux groupes de la communauté LGBTQIA+.

Une hypocrisie à dénoncer

La participation de l’élite politique à la marche des Fiertés, cette même élite qui soutient des pays qui criminalisent et condamnent parfois à mort les personnes LGBTQIA+, devrait être dénoncée davantage que dans des lettres ouvertes. Les grosses entreprises prennent place en avant du défilé, simplement parce qu’elles ont les moyens de débourser de grosses sommes pour faire de la publicité.
Bien entendu, les groupes communautaires payent moins cher pour participer. Mais, n’oublions pas qu’à cause des politiques d’austérité mises en place par les derniers gouvernements, leur financement diminue. Fierté Montréal elle-même n’échappe pas à cette situation financière précaire. L’argent des compagnies privées devient alors tentant. Ces groupes qui soutiennent les communautés LGBTQIA+ sont ainsi à la merci des gouvernements et des compagnies capitalistes qui les défendent.

La lutte LGBTQIA+, une lutte socialiste

Comme chaque année, les membres d’Alternative socialiste ont marché lors de la Fierté pour partager notre message à la communauté et au public. Nous en profitons pour mettre de l’avant l’importance de la solidarité de toute la classe ouvrière, peu importe le genre, l’orientation ou les pratiques sexuelles. Cette solidarité, sous forme d’actions militantes massives, est essentielle pour améliorer nos conditions de vie et de travail, tout le monde ensemble.

On parle ici d’un salaire minimum décent, de soins de santé gratuits, accessibles et libres de toute discrimination ou encore de la construction massive de logements abordables. Ces gains bénéficieront d’abord et avant tout à la communauté LGBTQIA+, mais aussi à tout·e·s les travailleuses et travailleurs. Pour y arriver, nous devons toutefois rompre avec la logique des grandes compagnies capitalistes et des élites politiques qui les soutiennent. Seule une société socialiste fondée sur la démocratie et les besoins humains permettra aux personnes d’aimer qui elles veulent, comme elles veulent et de s’épanouir sans discrimination.

Alexandra L.

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