En grève pour le climat : S’organiser pour changer de système!

Depuis plusieurs mois, des centaines de milliers de jeunes de partout sur la planète descendent dans la rue pour le climat. Ces mouvements de masse posent des questions cruciales : comment obliger les gouvernements à agir contre le réchauffement climatique? Quel type de société est-il nécessaire de construire pour garantir un environnement sûr pour les générations futures?

Le 15 mars 2019, la grève étudiante mondiale pour le climat rassemble près de 1,4 million de personnes de par le monde. Au Québec, près de 150 000 étudiant·e·s font grève et réclament des actions concrètes face aux changements climatiques de la part des gouvernements québécois et canadien. Environ 100 000 personnes défilent dans les rues de Montréal, dont la majeure partie est composée d’étudiants et d’étudiantes enthousiastes qui vivent un éveil politique. Il s’agit probablement de la manifestation la plus importante sur la planète le 15 mars.

Manifester la colère climatique

Ici comme ailleurs, l’élite politique fait toutefois la sourde d’oreille. Quelques jours plus tard, le ministre des Finances fédéral, Bill Morneau, et celui du Québec, Éric Girard, dévoilent leur budget annuel respectif qui ne contient que des mesures environnementales cosmétiques. Ils encouragent la population à acheter des véhicules électriques, mais ne permettent pas aux villes de développer des systèmes de transport en commun structurants et écologiques. Alors que la maison brûle, les dirigeants préfèrent sauvegarder les intérêts de leurs amis pyromanes.

Les manifestations de masse sont essentielles pour démontrer la force du nombre et susciter l’enthousiasme dans la population. La campagne « La planète s’invite au Parlement » (et ses collectifs dérivés « La planète s’invite à l’école », « à l’université », etc.) connaît un fort succès depuis l’automne. Sa manifestation du 8 décembre 2018 a rassemblé 50 000 personnes à Montréal. Si cette vague de mobilisation peut continuer un temps, il sera vite trop difficile de mobiliser chaque fois des dizaines de milliers de personnes.

Ancrer localement la colère climatique

Manifester à répétition ne suffit pas à faire changer d’avis l’élite politique et économique. Pour maintenir l’élan du mouvement, il nous faut un plan d’action réfléchi collectivement et bien préparé. La mise sur pied de comités d’action dans les écoles, les facultés, les lieux de travail et les quartiers est essentielle pour y parvenir. Grâce à cela, il nous est possible d’ancrer localement le large soutien dont bénéficient les protestations climatiques pour la transformer en implication active. Les collectifs « La planète s’invite… » et les comités d’action de la campagne Ultimatum 2020 de Québec solidaire sont un bon point de départ pour développer le mouvement.

Plus le mouvement se développera, plus il sera nécessaire de discuter d’objectifs, de stratégies et de tactiques. Malgré son bien-fondé, nous avons besoin d’aller au-delà de la reconnaissance de l’urgence climatique à travers la diffusion de la Déclaration citoyenne universelle d’urgence climatique. Dans la même logique, le changement que nous voulons nécessite d’aller au-delà des petits gestes écologiques individuels à travers lesquels les signataires du Pacte pour la transition s’engagent. De plus, interpeller la CAQ, les libéraux ou les péquistes à agir pour l’environnement est un cul-de-sac.

Partout dans le monde, la jeunesse est entrée en colère contre l’incapacité des politiciens collés aux élites économiques de contrer les changements climatiques. Son slogan principal — « Changer le système, pas le climat! » — dépasse largement les comportements de consommation individuels. Quel meilleur moyen d’envoyer ce message que de faire la grève? C’est précisément en quittant leurs cours pour manifester que les jeunes ont reçu l’attention nécessaire pour imposer cet enjeu dans l’espace public.

Faire grève pour le climat

Des défis de taille se dressent devant nous. La situation exige d’enraciner le mouvement au niveau local, de l’étendre davantage et d’entrer en débat sur le type de société que nous voulons. L’implication dans les collectifs « La planète s’invite… » et les comités d’action « Ultimatum 2020 » revêt ainsi un rôle important. Cessons de nous leurrer en pensant que le gouvernement Legault en viendra à proposer un plan de transition écologique décent. Pourquoi ne pas lutter dès maintenant pour les revendications écologiques concrètes qui ont amené les gens à voter massivement pour Québec solidaire? Pourquoi ne pas développer une campagne pour la gratuité du transport en commun ou pour la nationalisation du transport interurbain?

Implantées dans les syndicats, les associations étudiantes ou encore dans des coopératives, de telles campagnes auraient le potentiel de faire peur aux gouvernements si des tactiques de grèves, d’occupations ou de blocages sont mises en application. Le mouvement pour le climat pourrait même participer à faire tomber le gouvernement Legault s’il s’unit avec d’autres couches de la population en lutte, comme les infirmières ou encore les employé·e·s du secteur public, dans un grand mouvement de masse pour l’amélioration des conditions de vie de notre classe sociale.

Prendre le pouvoir pour un avenir socialiste

Le slogan populaire « Changer le système, pas le climat! » reconnaît la nécessité d’une transformation profonde de la société. Plusieurs l’interprètent néanmoins comme un changement au sein du système actuel, pour un capitalisme vert. Ainsi, de nombreuses personnes considèrent avec intérêt les propositions de Québec solidaire et des partis verts. Cela explique la popularité croissante que ces derniers connaissent dans les scrutins provinciaux, en particulier à l’Île-du-Prince-Édouard où le Parti vert est devenu l’opposition officielle fin avril.

Or, le capitalisme est un système aveugle et non planifié où la seule force motrice est la nécessité de maximiser les profits, quitte à nuire aux êtres humains et à la nature. Le changement nécessaire est socialiste et démocratique. La classe travailleuse a besoin de contrôler le gouvernement et l’État pour stopper les projets polluants et destructeurs. Si la réaction des grandes compagnies est de délocaliser, la nôtre doit être de les exproprier et de les placer sous le contrôle démocratique de la collectivité. Seule l’implication des communautés permettra de reconvertir les industries polluantes afin de maintenir les emplois et d’en créer de nouveaux, notamment dans le secteur des transports en commun et des énergies renouvelables.

On ne contrôle pas ce qu’on ne possède pas! Raison pourquoi le Québec ne pourra jamais être réellement écologique au sein d’un Canada où il ne contrôle pas pleinement ses ressources énergétiques, ses mers, ses ports ou ses aéroports. Cette approche, celle d’un Québec socialiste démocratique et indépendant, est nécessaire pour parler sérieusement d’une révolution climatique sociale. Joignez-vous à Alternative socialiste pour travailler à construire une société respectueuse de la planète et des êtres humains, une société qui planifie rationnellement et démocratiquement son usage des ressources naturelles.

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