Albert Saint-Martin, pionnier du socialisme au Québec

Albert Frédéric Rambert dit Saint-Martin est le premier militant socialiste canadien-français connu.

Il naît le 1er octobre 1865 dans le faubourg Hochelaga à Montréal. Saint-Martin est d’abord commis chez un marchand de bois. À 33 ans, il travaille comme sténographe-traducteur-greffier au Palais de justice de Montréal. Son travail lui confère deux avantages déterminants par rapport aux travailleurs de l’époque : il sait lire et écrire en plus d’être bilingue.

Les idées socialistes s’implantent au Québec d’abord parmi la communauté anglophone et immigrante d’origine européenne, en particulier au sein des communautés juives d’Europe de l’Est. Saint-Martin entre en contact avec ces premiers groupes de socialistes à Montréal. Il propage ensuite ses idées chez les ouvriers et les chômeurs francophones de la province.

Le Parti ouvrier

À la fin du XIXe siècle, le mouvement syndical discute à répétition de la formation d’un parti politique autonome de la classe ouvrière. En 1899, avec l’appui de nombreux Clubs ouvriers et la participation de plusieurs syndicalistes, Saint-Martin participe à la création du Parti indépendant ouvrier, première mouture du Parti ouvrier. De 1904 à 1905, il est secrétaire-archiviste du Parti ouvrier de Montréal. En 1905, Saint-Martin est candidat du parti dans la circonscription de Saint-Jacques contre le premier ministre Lomer Gouin. Il recueille 13% des voix.

Le Parti socialiste et le 1er mai 1906

En parallèle, Saint-Martin met sur pied la section québécoise du Parti socialiste du Canada (PSC) dès 1904. Le 1er mai 1906, les membres du PSC, aidés par un club anarchiste juif, organisent pour la première fois au Québec la manifestation de la Journée internationale des travailleurs. L’année suivante, la manifestation du 1er mai est fortement réprimée par la police. Suite à cette violente manifestation, les socialistes du PSC qui militaient aussi au sein du Parti ouvrier en sont expulsés. En 1908 et en 1911, Saint-Martin se présente aux élections fédérales sous la bannière du PSC.

Le Parti communiste

En 1920, Saint-Martin publie T’as menti!, un virulent pamphlet en faveur de la Révolution bolchévique en Russie. Il adhère au Parti communiste du Canada (PCC) créé en 1921. En 1923, la Troisième Internationale refuse l’affiliation de son groupe comme section francophone du PCC. Saint-Martin fonde l’Université ouvrière (UO) deux ans plus tard. Le mouvement communiste mondial prend alors une tangente sectaire. En 1927, les communistes quittent l’UO et Saint-Martin s’éloigne du PCC.

L’Université ouvrière et l’action communautaire

Durant la majeure partie de sa vie, Albert Saint-Martin se consacre à l’éducation et à la construction de mouvements de masse de la classe ouvrière. Il anime le mouvement des chômeurs ainsi que celui contre la conscription durant la Première Guerre mondiale. Il entreprend de nombreuses initiatives communautaires et coopératives, notamment des comptoirs alimentaires. Il fait la promotion de l’Esperanto et milite en faveur de la laïcité.

En 1925, Saint-Martin fonde l’Université ouvrière. Cette organisation offre des cours et des conférences-débats sur une multitude de sujets auxquels les travailleurs et les travailleuses n’ont pas accès. Principal forum ouvrier au Québec, des centaines de personnes assistent aux débats hebdomadaires les dimanches après-midi.

La répression

Au cours des années 30, Saint-Martin s’attire les foudres de l’Église et de ses alliés fascistes. Les locaux de l’UO sont saccagés par des étudiants de l’Université de Montréal en 1930. Ils brûlent le contenu de sa bibliothèque sur le Champs-de-Mars. En avril 1933, le gouvernement Duplessis adopte une loi pour dissoudre l’UO. Saint-Martin est alors interné et subit deux procès dont les chargent sont finalement abandonnées. En octobre 1933, Saint-Martin est violemment battu par une bande de fascistes. Il est âgé de 68 ans.

Gravement blessé, Saint-Martin continue malgré tout à publier et à organiser la lutte des chômeurs durant les années trente. Victime de la répression, l’UO change plusieurs fois de nom et disparaît en 1936. Saint-Martin se retire progressivement de la vie politique durant la Deuxième Guerre mondiale. Il meurt le 9 février 1947 à l’âge de 83 ans.

Hommage

La vie d’Albert Saint-Martin nous offre l’exemple d’une personne qui, tout au long de sa vie, a intimement lié la réflexion théorique avec l’action concrète.

Les Éditions coopératives Albert Saint-Martin, fondées en 1974 par un groupe entourant Claude Larivière, offrent des ouvrages critiques et éclairants sur la société québécoise.

Depuis 1988, le parc Albert Saint-Martin, situé au coin de la rue Berri et De Bienville à Montréal, honore la mémoire du militant socialiste.

Pourquoi cette murale ?

Le projet de murales hommage du comité Étudiant-es socialistes, réalisé en collaboration avec Alternative socialiste, vise à mettre de l’avant des personnages et des événements marquants, mais méconnus, de l’histoire populaire et militante de Montréal.

Après la réalisation de la murale hommage à Léa Roback (4502, rue Saint-Dominique) ainsi que celle commémorant Norman Bethune (4800, av. Henri Julien), la murale Albert Saint-Martin vise à réactualiser les idées et les combats d’un homme qui a posé les premières pierres du socialisme au Québec.

Les éléments principaux de la murale sont un portrait style street art hyperréaliste du militant socialiste sur un fond graphique. Une représentation d’affiche électorale du Parti ouvrier, pour lequel Saint-Martin s’est présenté, figure en haut à gauche. Le militant tient dans ses mains un livre traitant de la Révolution russe de 1917, l’un des sujets les plus abordés par Saint-Martin et l’Université ouvrière. Des jarres de cornichons sont peintes pour rappeler la présence de l’usine OZO non loin du lieu où se trouve la murale. En bas à gauche figure aussi un lettrage graffiti en 3D.

La murale Albert Saint-Martin a notamment été réalisée avec le soutien financier de l’arrondissement Le Plateau-Mont-Royal dans le cadre de son programme Muralité.

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