Trudeau cède au chantage de Kinder Morgan

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a cédé face au chantage de la compagnie pétrolière Kinder Morgan. La compagnie basée au Texas voulait rallonger un oléoduc de 1000 km de plus, des sables bitumineux de l’Alberta à la côte du Pacifique. Mais Kinder a suspendu tout « coût non essentiel » sur l’oléoduc à cause des « risques — politiques extraordinaires ». La compagnie a lancé une date butoir pour le 31 mai afin que le gouvernement fédéral garantisse de « dégager la voie à venir », faute de quoi Kinder Morgan annulerait le projet.

Le gouvernement Libéral a annoncé qu’il achèterait l’oléoduc existant à Kinder Morgan, qui s’étend des sables bitumineux de l’Alberta jusqu’au port de Victoria, pour 4,5 milliards de dollars. Il était du ressort de son gouvernement de forcer l’expansion de l’oléoduc face à la résistance de masse. L’achat retire tous les risques pour Kinder Morgan pour les transférer sur le peuple canadien. Néanmoins, cela ne résout pas les nombreux obstacles au projet de tripler la capacité de l’oléoduc. La résistance de masse des premières nations et du peuple de Colombie-Britannique reste encore présente.

Quelques heures après l’annonce de l’achat, des milliers de personnes se sont mises à manifester dans les rues de Vancouver. Alors que la Banque Royale estimait la valeur de l’oléoduc à 2,3 milliards de dollars, les actionnaires de Kinder Morgan, une compagnie basée au Texas et issue de l’effondrement d’ENRON, se moquent du Canada sans vergogne. Quels sont les risques qui bloquent l’expansion de l’oléoduc? Kinder Morgan ne parle pas de l’impact de l’oléoduc sur les changements climatiques ou de la menace colossale qu’il fait planer sur l’environnement et les emplois de la Colombie-Britannique.

L’opposition des Premières Nations

De façon plus significative, il y a de nombreux exemples judiciaires de Premières Nations qui s’opposent au processus d’approbation. Le gouvernement canadien a un devoir légal de consulter les Premières Nations à propos de l’oléoduc. La Cour suprême du Canada a statué que « La couronne est obligée de consulter les groupes autochtones et, si possible, d’accommoder les droits des Autochtones ». De nombreuses Premières Nations ont déclaré ne pas avoir été consultées dans le processus vicié qui a conduit à l’approbation de l’oléoduc sous le précédent gouvernement canadien dirigé par Stephen Harper. L’oléoduc devrait passer sur des terres ancestrales de Premières Nations fortement opposées à l’oléoduc. Les territoires Tseil-Wautututh et Squamish sont situés au terminal de l’oléoduc et presque la moitié de la route de l’oléoduc passe à travers le territoire Secwepemc. Ils ont des plans pour bloquer sa construction.

À cela s’ajoute la résistance du peuple, spécialement à Vancouver. Plus de 200 personnes, incluant deux membres du parlement, ont déjà été arrêtées pour s’être rassemblées pacifiquement devant les portes de Kinder Morgan. Plusieurs milliers de personnes sont déterminés à en faire autant.

La bataille de l’oléoduc va s’intensifier avant de se résoudre. Rick Orman, ancien membre du gouvernement albertain, a déclaré que l’armée serait requise pour la construction de l’oléoduc. D’autres ont parlé d’utiliser la Loi des Mesures de Guerre. De par son approche, le supposé progressiste, Justin Trudeau pourrait se diriger vers un conflit encore plus tumultueux que le conflit similaire qui s’est déroulé à Standing Rock.
Les oléoducs fuient en permanence. L’actuel oléoduc de Kinder Morgan a eu une fuite deux jours seulement avant l’annonce de l’achat. Le chemin proposé pour l’oléoduc traverse plus de 500 rivières et toute fuite menacerait les réserves d’eaux des communautés, ainsi que la pêche et la faune.

Pourquoi, sachant les dommages que l’oléoduc cause au climat, sa haute probabilité d’endommager l’environnement et l’emploi en Colombie-Britannique, quiconque voudrait-il bâtir cet oléoduc? Plus étonnant, pourquoi le gouvernement cherche-t-il à acquérir cet oléoduc?

Trudeau prétend que l’oléoduc est dans « l’intérêt national ». Il justifie cette position avec des promesses de 15 000 emplois. Mais cette position est fallacieuse ; il n’y a aucune base aux allégations de Trudeau. Ce qui est vrai c’est qu’il y aura probablement environ 2500 emplois à court terme pour deux ans. Une fois les travaux complétés, selon les données de Kinder Morgan en personne, il n’y aura pas plus de 90 emplois à temps plein (50 en Colombie-Britannique et 40 en Alberta).

« L’intérêt national » de Trudeau n’est que l’intérêt de l’industrie pétrolière et de la bourgeoisie. Leur intérêt ne prend aucunement en compte l’environnement et les changements climatiques et ne crée aucun emploi à long terme. Tout cela est complètement à l’opposé des promesses électorales de Trudeau qui prétendait vouloir respecter les premières nations et protéger l’environnement.

Unifor, le plus grand syndicat dans l’industrie des sables bitumineux, est opposé à l’oléoduc de Kinder Morgan. Joie Warnock, directrice d’Unifor Ouest, est claire « nous ne sommes pas en manque de raison pour rejeter cette proposition d’oléoduc. Nous soutenons les Premières Nations et les organisations environnementales qui ont un argumentaire élaboré contre l’oléoduc ».

Les emplois et les déversements pétroliers

Il est plus probable que l’oléoduc détruise des emplois après une fuite ou un déversement inévitable. L’oléoduc accélérera les changements climatiques et coûtera des milliards en incendies, inondations et autres désastres. Les seuls emplois que créera cet oléoduc sont des emplois de pompiers, de secouristes et de bâtisseur de digues.

L’image de Trudeau face à l’environnement et aux Premières Nations est ruinée. Mais puisque l’oligarchie canadienne repose sur l’extraction et l’exportation de matière première, Trudeau doit montrer au capitalisme mondial et aux impérialistes du monde que le Canada est ouvert à l’exploitation. Trudeau, de même que les précédents gouvernements, reste loyal aux grandes corporations.

L’achat de l’oléoduc par Trudeau a augmenté les enjeux. Son achat ne sera pas reporté par des pétitions, des manifestations ou des arrestations de masse. Considérant qu’un déversement pétrolier menacerait des milliers d’emplois et paralyserait le port pendant des semaines, Socialist Alternative fait campagne pour une fermeture d’une journée de Vancouver pour frapper les riches supporters de Trudeau. Si la « British Columbia Federation of Labour », et « l’Union of British Columbia Indian Chiefs » ainsi que des représentant·es élu·es appelaient à la grève dans les milieux de travail, les campus et les écoles ainsi qu’à des manifestations de masse, ce serait une grande étape vers la défaite de Trudeau et de son projet d’oléoduc.

L’industrie des énergies fossile au Canada reçoit 3 milliards de subventions annuellement. Le gouvernement est en train de dilapider 4,5 milliards pour acheter l’oléoduc existant et les coûts de construction pour son expansion s’élèvent à au moins 7, 4 millions de dollars. Si ces 15 milliards étaient utilisés pour remplacer les énergies fossiles par des énergies renouvelables et en infrastructure, il y aurait bien plus de bons emplois, tout en respectant les droits des autochtones et en protégeant l’environnement.

tiré de l’article Canada’s Prime Minister Trudeau gives in to oil company’s blackmail par Bill Hopwood (SA USA)
traduit par ASC