Pancartes de SA USA sur la nécessité d'un parti ouvrier

Est-ce que voter pour le «moins pire» arrêtera Trump?

Il est difficile de croire que quatre années se sont écoulées depuis l’élection de 2020. Mais il est encore plus difficile de croire que peu de choses ont changé. Donald Trump et Joe Biden sont toujours les personnes les plus âgées à se présenter à la présidentielle américaine, battant leur propre record. Trump est toujours un odieux fraudeur animé des pires intentions à l’égard des travailleuses, des travailleurs et des personnes opprimés. Biden est toujours un centriste vétéran de l’establishment qui n’a pas grand-chose à offrir aux personnes qui l’ont alors élu dans un élan de désespoir visant à éviter le despotisme de droite.

En fait, il est possible que la seule chose importante qui ait changé sur la scène électorale américaine soit le peu de gens qui ont foi en Biden, ou du moins qui font preuve d’un optimisme prudent envers lui. Non seulement Biden a présidé à une augmentation considérable du coût de la vie, mais il a également réduit les sources d’aide financière aux travailleuses et travailleurs en mettant fin aux programmes pandémiques, tels que le crédit d’impôt pour les enfants et l’extension du chômage. C’est le président sous lequel le jugement Roe v Wade a été renversé, qui a brisé la grève des cheminots et qui n’a pas réussi à réduire sérieusement l’endettement des ménages ou à élargir l’accès aux soins de santé, comme il l’avait promis.

Plus récemment, les jeunes se sont révoltés contre Joe Biden en raison de son soutien indéfectible à Israël, financé par des milliards de dollars en fonds publics. Cela a sans aucun doute encouragé le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou dans son assaut génocidaire de plusieurs mois contre Gaza. Cette situation a été aggravée par le fait que Biden s’est prononcé en faveur de la répression policière extrême contre les manifestations étudiantes le mois dernier.

Il est difficile de trouver quelqu’un qui soit enthousiaste à l’idée de voter pour Joe Biden. Seules 28% des personnes qui vivent aux États-Unis estiment qu’il est un «bon» ou un «grand» président, 50% estiment qu’il est «mauvais» ou «terrible». Les jeunes sont écœuré⋅es par les choix offerts, 63% d’entre eux et elles se déclarent insatisfaits des options proposées. Il est probable que la plupart des jeunes ne voteront pas en novembre. Mais pour ceux et celles qui prévoient voter pour Biden cet automne, l’attitude la plus courante est de «se boucher le nez» avant de voter pour lui afin d’empêcher une prise de pouvoir par le «pire» des deux maux: Donald Trump.

Mais cette approche est-elle réellement efficace pour empêcher la droite de prendre le pouvoir?

Qui est responsable du trumpisme?

Ces dernières années, nous avons assisté à la montée d’un populisme de droite brutal (et même d’idées carrément fascistes) dans le monde entier. En Argentine, aux Pays-Bas, en Grèce, au Brésil et ailleurs, les politiciens et les politiciennes d’extrême droite ont pris de l’importance.

Ce n’est pas une évolution naturelle de la société que de se rapprocher de plus en plus de la droite. La montée de ces idées est directement liée à des crises plus larges du système. Lorsque l’establishment politique ne parvient pas à résoudre de manière significative les problèmes majeurs auxquels est confrontée la majorité de la société, le soutien à des idées plus radicales – y compris des idées tout à fait réactionnaires – peut croître. Aux États-Unis, en 2016, c’est précisément l’incapacité du Parti démocrate à répondre aux besoins des travailleurs, des travailleuses et de la classe moyenne pendant les années Obama qui a permis à Trump de séduire de manière démagogique des millions de personnes dont le niveau de vie baissait depuis des années.

Depuis l’élection de Biden en 2020, Alternative socialiste a soutenu qu’à moins qu’une alternative de gauche sérieuse aux Démocrates ne soit construite, l’espace pour Trump et son populisme de droite bien à lui continuerait à croître.

Il ne fait aucun doute que Trump représente un désastre pour les classes populaires. Il est, à bien des égards, plus destructeur que Biden dans l’immédiat. Son imprévisibilité pourrait avoir des résultats désastreux sur la scène mondiale dans le contexte de la nouvelle ère de guerres qui a émergé depuis qu’il a quitté ses fonctions.

Mais alors pourquoi, si Trump est si mauvais, certains des groupes démographiques les plus marginalisés des États-Unis ont-ils décidé de le soutenir plutôt que Biden?

Le soutien à Trump parmi les personnes noires a considérablement augmenté depuis 2020. Lors de cette élection, seuls 4% des électrices et électeurs noirs le soutenaient. Mais au cours des quatre dernières années, ce chiffre a augmenté de 19%, selon un sondage du New York Times. Ce chiffre est encore plus élevé parmi la population latino, avec 39% de soutien à Trump, battant les 34% de Biden.

À première vue, cela n’a pas de sens, étant donné les clins d’œil de Trump aux suprémacistes blancs et le fait qu’il attise constamment le sentiment d’hostilité à l’égard des personnes immigrées. Mais la suppression par Biden des programmes d’aide financière, son refus de soutenir un salaire minimum fédéral de 15$/h et son incapacité de faire face à l’augmentation rapide du coût de la vie ont un impact viscéral sur les communautés de couleur pauvres. Nombreuses sont les personnes qui, pour des raisons découlant de leur expérience concrète, n’ont tout simplement pas l’impression que leur situation s’est améliorée sous la présidence de Joe Biden.

En bref, en ne proposant pas de véritable alternative au programme de la droite, la présidence de Biden a renforcé la position de Trump à bien des égards.

De plus, les immenses échecs de Biden ont permis à Trump de faire campagne contre lui. Trump n’est pas un ami de la population de Gaza et a récemment fait une déclaration encourageant Israël à «finir le travail». Qu’à été sa réponse lorsqu’un chant «Joe le génocidaire» a éclaté lors d’un de ses rassemblements? Un haussement d’épaules et un «ils n’ont pas tort» qui a déclenché les acclamations de la foule.

Grâce à Biden, Trump peut se présenter comme le candidat anti-guerre, notamment en ce qui concerne la guerre en Ukraine, de plus en plus impopulaire. C’est un énorme obstacle pour le mouvement anti-guerre actuel, qui doit se battre pour se différencier du nationalisme America-first de la droite.

Les jeunes, les travailleuses et les travailleurs se sont investis corps et âme pour faire élire Joe Biden en 2020 afin de chasser Trump du pouvoir. Mais leurs efforts ont été trahis par Biden et sa politique indéfectible envers l’establishment. Elle a donné à Trump un énorme élan. Voter pour Biden en 2024 ne résoudra pas plus le problème.

Le combat le plus important se situe bien au-delà de l’élection de novembre. Il réside dans la construction d’un parti de la classe ouvrière dans lequel les travailleuses, les travailleurs et les jeunes peuvent participer démocratiquement. Un parti composé par ces personnes, les syndicats et les mouvements sociaux. C’est la voie qu’il faut emprunter pour éviter de s’enfoncer davantage dans le marais du droitiste de Trump.

Comment neutraliser un menteur

Alors comment neutraliser la politique de Trump?

Trump est le modèle du populiste de droite réussi. Sa principale compétence consiste à juger une foule et à lui dire exactement ce qu’elle veut entendre. Il se plie généralement aux impulsions de la gauche et de la droite, sans se soucier de savoir si on lui reproche ou non d’avoir menti par la suite. Qui s’en soucie de toute façon, considérant que ses adversaires ne tiennent jamais leurs promesses électorales?

Mais cette stratégie ne peut pas fonctionner contre quelqu’un qui se bat véritablement dans l’intérêt des travailleuses et des travailleurs. Si une candidature présidentielle sérieuse ne se contentait pas seulement de parler de la protection de la sécurité sociale et du Medicaid (assurance maladie), mais menait plutôt une campagne active pour taxer les riches afin de financer les services sociaux – s’aliénant volontairement les grandes entreprises pour construire un mouvement de la classe ouvrière – cela mettrait en évidence la longue escroquerie de Trump. Trump ne pourrait pas se présenter comme un candidat anti-guerre à côté de quelqu’un qui a réellement fait campagne pour mettre fin aux guerres et à l’aide militaire américaine. Il serait contraint soit de soutenir matériellement les revendications, à l’encontre de sa politique réelle, soit d’admettre qu’il n’est pas sérieux.

Le fait de voter, élection après élection, pour l’option du moindre mal demeure une mauvaise option qui ne nous a pas rapprochés de la défaite de la droite. En fait, cela a permis à la droite de devenir beaucoup plus effrayante.

Voter pour Biden n’est pas «un pas dans la bonne direction», même si l’on reconnaît que ce pas est insuffisant. C’est un pas de plus dans la spirale descendante qui renforce l’extrême droite. Le meilleur choix pour les classes populaires et les jeunes lors des élections de 2024 n’est pas Biden. C’est une candidature indépendante avec un vrai programme pour la classe ouvrière.

Les candidatures indépendantes de Cornel West et de Jill Stein ont toutes deux fait campagne contre l’aide militaire américaine à Israël et pour la fin du massacre à Gaza. Stein a d’ailleurs été arrêtée par la police lors d’un campement étudiant en avril. Ces deux campagnes doivent se battre pour impliquer le plus grand nombre possible de travailleuses et de travailleurs afin de mettre sur pied une infrastructure de campagne capable de rassembler des milliers de volontaires, pas simplement des centaines. Voter pour l’une ou l’autre de ces candidatures, même si elles ont des faiblesses, est une grande amélioration par rapport à la stratégie ratée qui consiste à voter pour Biden.

Si Trump gagne en novembre, ce ne sera pas la faute des travailleuses et des travailleurs qui n’ont pas pu se résoudre à voter pour Biden. Ce sera la faute des démocrates. Les démocrates ont échoué à chaque occasion où ils devaient faire quelque chose pour améliorer la vie des travailleuses et travailleurs des États-Unis en plus d’avoir approuvé la destruction et la mort de personnes innocentes à l’étranger.

  • Nous appelons à un vote de protestation pour Jill Stein ou Cornel West, les candidatures indépendantes de gauche les plus viables.
  • S’il y a un autre débat, tous les candidats, y compris RFK Jr, Stein et West devraient être sur la scène.
  • Les principaux syndicats qui ont soutenu Biden devraient immédiatement annuler leur soutien et soutenir un candidat pro-ouvrier comme Stein ou West.
  • Organisez des manifestations de masse lors de la Convention nationale du Parti démocrate à Chicago contre les Démocrates et leur guerre génocidaire contre Gaza!
  • Les syndicats, les mouvements sociaux et les organisations anti-guerre, les groupes religieux progressistes et les groupes de jeunes devraient s’associer pour organiser une assemblée de masse afin de fonder un nouveau parti pour la classe ouvrière.
  • Des rassemblements de masse dans tout le pays le 20 janvier, jour de l’investiture, pour montrer immédiatement que la classe ouvrière est unie contre les politiques pro-entreprises et pro-guerre de celui ou celle qui siégera à la Maison Blanche.
  • Il y en a assez du système politique capitaliste bipartisan et de toute l’exploitation et l’oppression qu’il engendre. Rejoignez Alternative socialiste pour construire le mouvement socialiste!

 

Immeuble du 3478-3488 rue de Verdun

Jean-Philippe Loiselle: Courtier et propriétaire négligent?

Que se passe-t-il lorsqu’un courtier immobilier censé aider à vendre un immeuble à logements en devient lui-même propriétaire?

Les courtières et les courtiers immobiliers de l’Équipe Loiselle sont très connus à Verdun et dans le sud-ouest de Montréal. Cette équipe fait sa publicité très agressivement et se targue d’un volume d’affaires très élevé. Mais que se passe-t-il quand un courtier immobilier devient propriétaire, comme Jean-Philippe Loiselle, tête d’affiche de l’équipe Loiselle?

Alternative socialiste a rencontré Julien-James Paquet, un ancien locataire de Loiselle, ainsi que Étienne (pseudonyme), actuel locataire de Loiselle.

«Tenter» de vendre pour mieux racheter soi-même

Julien-James habite un immeuble que Jean-Philippe Loiselle a acheté, puis revendu l’an dernier après avoir été un propriétaire négligent. Rencontré dans son logement de la rue de Verdun, Julien-James nous explique: «J’habite ici depuis 15 ans. Mon père était proprio de l’immeuble. Il l’a acheté dans les années 2000 à environ 280 000$». Il s’agit d’un quadruplexe de 4 ½ avec un espace commercial au rez-de-chaussé. La valeur de cet immeuble était estimée à plus de 800 000$ en 2021 par la ville de Montréal. En ce moment, un site d’immobilier l’évalue à 978 000$.

«Mon père voulait vendre l’immeuble pendant la pandémie, explique Julien-James. Il a reçu une centaine de visites. Ensuite, il a fait affaire avec Loiselle pour vendre. Soudainement, les visites ont arrêtées complètement. Après un certain temps, Loiselle a proposé de racheter l’immeuble lui-même pour “sa retraite”». Loiselle a alors suspendu son contrat de courtier de vente pour acheter l’immeuble en 2022 à l’aide d’une compagnie à numéro (9318-7250 QUÉBEC INC). Montant de la transaction: 995 000$.

Faire des gains sur le dos des organismes sociaux

Or, moins d’un an après son acquisition, Loiselle a revendu l’immeuble pour 1 125 000$ à l’organisme immobilier SOLIDES. Un beau gain de 130 000$, moins les pénalités pour «vente accélérée». Promettre à quelqu’un de vendre son immeuble, puis l’acheter soi-même pour le revendre à profit grâce à sa connaissance des marchés est tout à fait légal. «C’est correct sur papier, mais ce n’est pas honnête», estime Julien-James.

Dans le cas où un courtier en profite pour acheter une propriété en-dessous des prix du marché, une plainte peut être logée contre lui à l’Organisme d’autoréglementation du courtage immobilier du Québec (OACIQ). Les conflits d’intérêts des courtiers sont donc gérés… par des courtiers dans l’intérêt de leur profession.

Durant l’année 2023, SOLIDES a signé une entente de copropriété avec le Centre des femmes de Verdun (CFV) afin de lui permettre d’être propriétaire du rez-de-chaussée. Loiselle a quand même tenu à prendre une photo avec les responsables du CFV pour immortaliser la «générosité» dont il a fait preuve dans cette transaction à «prix raisonnable» (lire ici à bénéfice raisonnable).

À courtier douteux, propriétaire négligent

Loiselle a été propriétaire de l’immeuble sur la rue Verdun moins d’un an. Des travaux importants devaient être réalisés sur le toit et dans les logements. C’était le cas du trou béant dans le plafond du logement de Julien-James, occasionné par un dégât d’eau. Loiselle ne l’a jamais fait réparer.

Jean-Philippe Loiselle possède au moins 8 bâtiments à Verdun sous sa compagnie à numéro. Cela signifie qu’il est le propriétaire de 32 unités, dont plusieurs sont des logements locatifs. Étienne réside dans un de ces logements.

Peu de temps après son emménagement dans un appartement de Loiselle, Étienne a bien vu à quel genre de propriétaire il avait affaire. Déjà, il a trouvé plusieurs trous dans les murs des gardes-robes. Un jour, une quantité impressionnante de mouches en sont sorties et ont envahi son appartement. Se doutant qu’il y a de la vermine morte dans les murs, il a demandé à Loiselle de faire appel à un exterminateur.

Loiselle a plutôt envoyé un de ses agents immobiliers responsable de «gérer les logements». Ce dernier a refusé de prendre des mesures efficaces. Plus tard, le locataire a trouvé des crottes de souris dans son appartement ainsi que dans la remise attenante. Étienne a donc décidé de régler le problème par lui-même en isolant les trous.

Le locataire s’est entre-temps informé auprès des voisins. Ces derniers ont confirmé qu’un «exterminateur» rarement efficace venait parfois après insistance chez Loiselle. Le propriétaire a refusé de confirmer à Étienne si l’exterminateur était accrédité et n’a plus envoyé personne pour répondre au problème de souris. Loiselle a même mentionné à Étienne que «ce n’était pas son problème».

Même insouciance de Loiselle quand le locataire lui a signifié que le silicone autour du lavabo était endommagé et n’empêchait plus l’eau de s’infiltrer. Le propriétaire a envoyé «un de ses gars» mal équipé et sans expérience. Étienne a dû terminer le travail lui-même sans équipement. Même négligence envers les fenêtres guillotines brisées. Loiselle a refusé de les faire réparer alors que l’été s’annonçait le plus chaud jamais enregistré.

Entre la négligence et le danger

Le cas de l’effondrement du plafond des balcons a même posé des enjeux de sécurité pour les locataires. Des morceaux de ciment sont d’abord tombés sur les balcons et les escaliers. Les grilles de métal du plafond qui soutenait le ciment ont commencé à s’effondrer, tant et si bien qu’Étienne devait se pencher pour monter les marches de l’immeuble. Un service de livraison a même refusé de livrer à la porte d’un logement d’une voisine âgée par crainte pour la sécurité du livreur!

Les grilles ont finalement été retirées et la réparation s’est amorcée. Mais elle a été interrompue durant l’automne en raison de ce que Loiselle considère être un manque de qualification du «contremaître».

Le plafond n’a pas été réparé. Il est resté ouvert tout l’hiver, laissant des pigeons y faire un nid énorme au printemps. Les locataires ont alors eu l’immense déplaisir de retrouver des amoncellements de fientes sur leurs balcons et escaliers. Il y en a tellement eu à certains endroits que les locataires ont d’abord cru à des flaques de vomi. Le contact avec la poussière de fientes de pigeons présente un risque d’infections respiratoires, intestinales et cutanées.

Étienne a encore décidé de prendre les choses en main. Il a chassé les pigeons, installé de la cage à poule pour éviter leur retour et nettoyé les fientes. Loiselle a pris trois mois pour enfin se décider à réaliser les rénovations nécessaires pour refermer le trou. Peut-être ne pouvait-il tolérer que son bureau de courtier, situé au rez-de-chaussée de ce bâtiment, ait l’air insalubre?

Un système fait pour les profiteurs

La situation de Julien-James et d’Étienne est un exemple de mépris des droits des locataires. Ils montrent l’aspect biaisé des lois qui sont en faveur des propriétaires, des courtiers et des autres spéculateurs immobiliers.

Mais pour Jonathan, un courtier indépendant rejoint par Alternative socialiste, la plus grande lutte à mener dans le secteur immobilier est celle contre le blanchiment d’argent. «Un courtier est tenu de divulguer à l’Autorité des marchés financiers les renseignements de ses clients relatifs aux activités associées à la criminalité financière. Mais lorsque les transactions sont réalisées par des avocats ou des notaires, ces derniers peuvent invoquer le secret professionnel», mentionne-t-il.

Même son de cloche du côté de Julien-James: «le vrai combat à mener dans le secteur de la construction, c’est contre la corruption et la collusion». Julien-James parle d’expérience, car il est briqueteur. Il mentionne que les propriétaires engagent parfois des entrepreneurs et des sous-contractant louches qui gonflent les prix. «Plusieurs entrepreneurs chargent une centaine de dollars de l’heure par employé pour faire des travaux. Mais ces employés ne perçoivent souvent qu’une cinquantaine de dollars de l’heure».

Que faire devant l’emprise des courtiers?

L’approche spéculative en vigueur chez les courtières et courtiers est l’un des principaux moteurs de la crise d’abordabilité des loyers et des propriétés. Cette dynamique favorise la hausse artificielle des prix des immeubles. Les propriétaires refilent ensuite la note aux locataires par des augmentations de loyer abusives. Cet appât du gain est la raison pour laquelle le monde du courtage prospère. Cette pratique tend d’ailleurs à se répandre pour la location d’appartements. Une telle situation ne profite qu’à une élite de propriétaires rapaces et à des intermédiaires opportunistes sans scrupules.

Les abus sont fréquents en raison des conflits d’intérêts, du manque de transparence et de la faible surveillance. Les courtières et les courtiers qui sont rémunérés à la commission ont intérêt à ce que les personnes acheteuses ou locataires paient le plus cher possible, alors que leur devoir de mandataire consiste à servir leurs intérêts au mieux.

Le logement est pourtant un droit essentiel. Nous avons besoin d’un système de gestion immobilière démocratique, transparent et public, autant pour les immeubles que pour les locations. Arrêtons le racket du courtage privé et des profiteurs en tout genre! Organisons-nous politiquement et dans la rue pour reprendre le pouvoir des mains des grands propriétaires et des spéculateurs!

Un Québec contre le pillage impérialiste!

Un Québec contre le pillage impérialiste!

Que ce soit à la CAQ, au PQ ou dans les médias de masse, on entend des discours qui ciblent les personnes immigrantes pour tous les problèmes sociaux, de la crise du logement à la chute du français. On parle de baisser les seuils d’immigration depuis 2018.

La réalité, c’est que les nationalistes identitaires ont besoin de toujours plus de main-d’œuvre immigrante bon marché pour répondre à la «pénurie de main-d’œuvre», c’est-à-dire le refus des patrons de garantir de bons emplois bien rénumérés. Cette immigration économique serait «bonne», alors que celle qui résulte des guerres et des désastres climatiques le serait pas mal moins.

Ce ne sont pas les personnes immigrantes qui refusent de construire des logements publics abordables et qui donnent des dizaines de milliards $ aux compagnies d’armement pour l’Ukraine et Israël. Ce ne sont pas elles qui coupent dans les services publics afin de donner notre argent à des minières et à des compagnies de batteries pour concurrencer la Chine. Ce sont les parlementaires à Québec et Ottawa.

En appuyant les plans d’armement de Zelensky, le Canada et le Québec ne font qu’accélérer la vente du territoire ukrainien à des intérêts américains. En prétendant défendre le «droit d’Israël à se défendre», nos gouvernements laissent l’État sioniste opèrer un génocide à Gaza afin de s’emparer du territoire et de son gaz naturel.

La solidarité internationale est cruciale pour garantir l’autodétermination des peuples et des nations. Elle passe par une prise de contrôle public et démocratique, par et pour les travailleuses et les travailleurs, des secteurs stratégiques de leur économie, sans égard aux «compétences fédérales».

  • Pour la libération sociale et nationale des peuples d’Ukraine, de Palestine, du Québec et autochtones!
  • Pour l’arrêt immédiat de la production militaire canadienne destinée au marché international grâce à une campagne de grève et de perturbation massive organisée par les syndicats!
  • Pour l’ouverture des frontières à toute personne fuyant la guerre, les persécutions, les catastrophes ou la misère!
  • Pour des candidatures ouvrières issues des mouvements de lutte pour l’autodétermination des peuples aux prochaines élections fédérales!
  • Pour une république socialiste et indépendante des travailleurs et des travailleuses du Québec, dans une fédération socialiste libre et volontaire des peuples et des nations d’Amérique du Nord!

Bloquer l’extrême droite dans la rue et dans les urnes!

Un séisme. Et le mot est faible. Le Rassemblement National (RN) l’avait suggéré durant toute la campagne; Macron l’a fait: dissoudre le Parlement et ainsi provoquer l’organisation d’élections législatives anticipées. En considérant la progression des scores du RN lors des élections 2017 et 2022 et maintenant aux européennes (31,4%, à côté des 5,5% du parti […]

10 000 antifascistes dans les rues de Bruxelles

Malgré une pluie battante, une puissante manifestation antifasciste a déferlé sur Bruxelles ce dimanche. Plus tôt dans la semaine, d’importantes mobilisations marquées par une grande participation de la jeunesse avaient déjà eu lieu à Bruxelles (2500 personnes) et à Liège (4000 personnes). Samedi, une journée nationale d’action antifasciste était organisée en France, avec plus d’un […]

Des navires de guerre russes à Cuba

Une flotte de navires de guerre russes a accosté à La Havane, à Cuba, le 12 juin dernier. Elle a été accueillie par l’armée américaine et canadienne, une manœuvre inédite qui représente une nouvelle escalade de tensions dans le contexte de la Nouvelle guerre froide. En signe de «relations amicales» entre la nation des Caraïbes […]

Le Canada en grève

Avez-vous entendu parler du niveau record d’arrêts de travail au Canada en 2023? En a-t-on parlé partout dans les médias et sur les réseaux sociaux? Non. Les grandes entreprises ne veulent pas que les travailleuses et les travailleurs sachent que lorsqu’on fait la grève, on peut gagner! En 2023, le nombre de grèves au Canada […]

Grève de 1936 en Palestine

Leçons de l’histoire de l’oppression des masses palestiniennes

Contre l’impasse de l’impérialisme, l’issue de la classe travailleuse
C’est un véritable enfer qui continue de s’abattre sur Gaza. En à peine plus de trois mois, approximativement 1,5% de la population a été tuée, pourcentage similaire à celui des personnes qui ont trouvé la mort en France durant les cinq ans qu’a duré la Seconde guerre mondiale. Parmi les morts, environ 75% de femmes, enfants et vieillards.

Après 43 jours passés dans les hôpitaux du nord de la bande de Gaza, Ghassan Abu Sitta, un chirurgien britannico-palestinien spécialisé dans les blessures de guerre, a expliqué que l’intensité de l’offensive israélienne dépasse tout ce qu’il a déjà connu précédemment à Gaza, en Irak, en Syrie, au Yémen ou encore au sud-Liban. «C’est la différence entre une inondation et un tsunami, l’ampleur est complètement différente», a-t-il commenté à l’agence de presse AFP.

Il assure également avoir soigné des brûlures au phosphore blanc, une arme chimique proscrite par le droit international à la blessure très caractéristique puisqu’elle «continue de brûler jusqu’aux parties les plus profondes du corps, jusqu’à atteindre l’os.» L’ONG britannique Save the Children a indiqué qu’en trois mois de bombardement, l’armée israélienne avait tué à Gaza un nombre d’enfants supérieur à celui des enfants tués chaque année depuis 2019 dans toutes les zones de conflit du monde. Le prétexte officiel du gouvernement israélien «d’éradiquer» le Hamas est parfaitement grotesque.

C’est d’autant plus hypocrite que le Hamas a longtemps été favorisé par les autorités israéliennes et le Mossad, les services secrets extérieurs israéliens, dans le but d’affaiblir le Fatah de Yasser Arafat et l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). Quand, en 1981, le gouvernement égyptien a expulsé des dizaines de militants islamistes égyptiens après l’assassinat du dictateur El-Sadate (tué notamment en raison de son rapprochement avec Israël), Ariel Sharon, ministre de la Défense de l’époque, les a autorisés à s’installer à Gaza. Nombre d’entre eux seront ensuite dirigeants du Hamas et du Djihad islamique.

Peu après, Israël a autorisé (il serait même question d’un soutien matériel) la construction de l’immeuble de l’Association islamique dont les membres allaient régulièrement saccager les bureaux du Croissant rouge palestinien, proche du Parti communiste et de l’OLP. Pour le journaliste Charles Enderlin «La bienveillance israélienne ira jusqu’à juguler l’opposition aux islamistes. Les étudiants qui osent leur porter la contradiction au cours de débats publics se retrouveront derrière les barreaux1 Le soutien aux fondamentalistes islamistes afin de saper celui dont disposent les forces de gauche ou nationalistes figurait en bonne place dans les manuels de la CIA et de ses alliés. En Afghanistan, c’est la même logique qui a poussé les États-Unis à soutenir avec enthousiasme le développement des talibans. Des fondamentalistes religieux aux narcotrafiquants, l’impérialisme a créé de nombreux monstres de Frankenstein à travers le monde.

Dans l’espoir d’obtenir elles-mêmes une part du gâteau, les élites régionales ont accepté l’oppression impérialiste. La Jordanie avait manœuvré pour accaparer la Cisjordanie, le roi Abdallah payant de sa vie en 1951 sa rivalité avec l’indépendantisme palestinien. Israël a reçu des renseignements cruciaux d’Hassan II du Maroc (avant la guerre des six jours) et d’Hussein de Jordanie (avant la guerre du Kippour). À la suite des accords d’Oslo (1993), la direction de l’OLP a accepté de devenir le sous-traitant de l’occupation israélienne. À l’exception de l’Iran, les régimes de la région ont peu à peu normalisé leurs relations avec l’État israélien tandis que les Nations unies consolidaient l’occupation.

Le droit du peuple palestinien à l’autodétermination n’était réellement à l’ordre du jour que lorsque la lutte de masse l’imposait. Ce fut le cas lors de la grève générale de 1936 et de la première Intifada (1987-93). À chaque fois, les masses se sont organisées à partir de la base et ont pu compter sur une solidarité régionale et internationale croissante.

Plus fondamentalement, il est évidemment impossible d’en finir avec les violences sans en finir avec le régime d’occupation et avec l’oppression des masses palestiniennes. La responsabilité en incombe bien sûr à l’État sioniste d’Israël, mais également aux puissances impérialistes ainsi qu’aux régimes dictatoriaux arabes de la région.

L’autodétermination palestinienne sabotée par les grandes puissances et les élites régionales depuis plus d’un siècle

Avant même la fin de la Première guerre mondiale, la France et le Royaume-Uni se sont entendus, avec l’aval de la Russie tsariste, sur le dépeçage de l’Empire Ottoman et l’extension de leur domination coloniale. En mai 1916 déjà, les accords secrets Sykes-Picot prévoyaient de découper le Proche-Orient en plusieurs zones d’influence ou d’administration directe, contrairement aux promesses d’indépendance faites au porte-parole de la nation arabe, le chérif Hussein.

Si ces accords secrets ont été révélés au grand jour, c’est grâce à la révolution russe de 1917. Le premier décret du pouvoir soviétique, le décret sur la paix, avait proclamé l’opposition à toute diplomatie secrète impérialiste. Pour la première fois, une loi proclamait l’égalité de toutes les nations et leur droit à l’autodétermination. Les actes ont suivi avec l’octroi de l’indépendance à la Finlande, à la Pologne et à d’autres pays précédemment intégrés de force dans l’Empire de Russie.

Les accords Sykes-Picot ont été qualifiés par Lénine de «traité de brigands coloniaux». Parmi les documents trouvés figurait une carte traversée de traits de crayon à papier: le prélude à la balkanisation impérialiste de toute la région. C’est Trotsky, en sa qualité de Commissaire du Peuple aux Affaires étrangères, qui a publié le traité dans les journaux soviétiques en novembre 1917 avant que la nouvelle ne fasse également grand bruit à l’étranger.

Les États-nations du Moyen-Orient tels que nous les connaissons aujourd’hui furent dessinés en 1920, à la conférence de San Remo, en fonction des intérêts stratégiques et financiers des impérialismes français et britannique. C’est à cette date que la Palestine s’est retrouvée placée sous mandat britannique. Les terribles bains de sang et horreurs qui affectent toujours aujourd’hui les masses de toute la région découlent directement de là. Les premiers coupables sont à chercher à Londres, Paris et Washington.

Pour tenter de garder leur contrôle de ce découpage arbitraire, les peuples, notamment juifs et arabes, ont été montés les uns contre les autres, à l’image de l’Inde où les Hindouistes ont été opposés aux Musulmans. C’est de cette façon que l’impérialisme s’est toujours imposé: diviser pour mieux régner.

La force de la résistance par en bas: la grève générale de 1936

Hélas, sur place, les dirigeants du mouvement ouvrier sont rentrés dans ce jeu désastreux. En mars 1936, le trotskyste américain Félix Morrow écrivait à ce sujet:

En Palestine aussi, une réorientation décisive du prolétariat juif est nécessaire. Dirigés par le Mapai2, les travailleurs juifs ont poursuivi la fausse politique de chercher à construire une patrie juive sous le capitalisme. Au nom de cette illusion, ils se sont éloignés de plus en plus de leurs alliés naturels, les paysans et les ouvriers arabes. Dans l’unité permanente au sein de l’Agence juive3, ces soi-disant dirigeants socialistes-sionistes ont pratiqué la collaboration de classe la plus grossière avec la bourgeoisie juive; ils se sont prosternés devant l’impérialisme britannique; ils ont brandi des slogans chauvins de travail juif pour les Juifs seulement et d’achat de produits fabriqués par les Juifs seulement; ils ont réduit les salaires pour faire face à la concurrence arabe au lieu de s’unir avec les Arabes dans des syndicats uniques; ils ont dressé des piquets de grève là où les Juifs osaient employer de la main-d’œuvre arabe. Ils ont rendu infiniment plus facile la tâche des classes dirigeantes arabes, qui ont transformé le mécontentement de l’ouvrier arabe pour en faire le vecteur d’émeutes antijuives.

Ce qu’il faut, si les masses juives veulent faire un pas réel vers une Palestine libre, si les masses juives ne veulent pas être massacrées par une attaque arabe généralisée, c’est mettre fin à la collaboration avec l’impérialisme britannique et la bourgeoisie juive, et se tourner vers l’unité avec les masses arabes. La lutte des Arabes et des Juifs contre l’impérialisme britannique est un slogan qui sera combattu non seulement par les sionistes, mais également par les propriétaires terriens et la bourgeoisie arabes.4

Un mois plus tard éclatait la grande grève de 1936, qui dura 6 mois et mobilisa les masses palestiniennes contre la colonisation, mais aussi pour l’arrêt de l’immigration juive. Des soulèvements anticoloniaux se développaient dans toute la région et, en Syrie, une grève générale venait d’arracher au Mandat français des concessions dans le sens de l’accession à l’indépendance. Mais les dirigeants de la société palestinienne désiraient utiliser les masses comme simple moyen de pression sur l’Angleterre pour obtenir des concessions aux classes supérieures arabes. Celles-ci préféraient largement l’éclatement de révoltes armées (comme ce fut le cas en 1921, 1929, 1933 et 1935) qui ne menaçaient pas leur exploitation des masses pauvres.

La grève prit de court les sionistes, les Britanniques et surtout les chefs palestiniens eux-mêmes. Pendant six mois, les masses palestiniennes ont vécu une organisation et un pouvoir propres, détachés de l’État mandataire. Le mouvement de grève s’est apaisé en octobre et, à partir de là, les éléments de lutte armée ont résolument pris le dessus, y compris entre clans arabes eux-mêmes, jusqu’en 1939, quand l’impérialisme britannique a cédé des concessions limitées pour attirer la population arabe dans son camp dans la guerre contre l’Allemagne nazie.

Durant toute cette période, le Parti communiste palestinien suivait les ordres de Moscou où, en raison de l’isolement de la révolution dans la seule Russie économiquement arriérée et détruite, la bureaucratie avait usurpé le pouvoir. Dans les colonies, la politique stalinienne dictait de suivre docilement les dirigeants nationalistes. Chaque politicien arabe était considéré comme un «combattant sérieux contre l’impérialisme britannique» même si certains d’entre eux avaient pris contact avec l’Allemagne nazie. Les pogroms commis contre les Juifs en Palestine étaient analysés comme autant de «poussées révolutionnaires».

Après la Seconde guerre mondiale, Staline et l’Union soviétique ont opéré un zigzag en soutenant le Plan de partage de la Palestine présenté à l’ONU en novembre 1947, non seulement de façon diplomatique mais aussi via des livraisons d’armes tchécoslovaques ainsi qu’en favorisant l’émigration des Juifs et Juives du bloc de l’Est en constitution. La bureaucratie stalinienne estimait alors qu’il s’agissait du plus sûr moyen d’affaiblir la Grande-Bretagne.

L’impérialisme permet la création de l’État d’Israël

L’intensification des persécutions contre les juifs, la montée du fascisme et l’horrible massacre industrialisé de l’Holocauste ont eu un impact considérable sur les consciences et le débat sur l’État d’Israël. Une grande contradiction existait entre la nécessité pratique d’émigrer pour des millions de Juifs et le manque d’options en termes de destination.

Nos prédécesseurs britanniques du Revolutionnary Communist Party (RCP) se sont opposés au projet. Ils expliquaient en août 1946 dans leur journal Socialist Appeal: «cela soulèverait invariablement le violent antagonisme des Arabes en Palestine et dans tout le Moyen-Orient. L’antisémitisme serait simplement transféré de l’Europe vers les pays arabes. (…) Les impérialistes ferment leur porte mais ils veulent à tout prix décider pour les Arabes.»

A titre d’exemple, entre 1940 et 1948, les États-Unis n’ont accueilli en tout et pour tout que 57 000 Juifs et Juives d’Europe. Pourtant, en 1947, un sondage mettait en avant que 50% des survivants et survivantes des camps de concentration désiraient s’y rendre plutôt qu’en Palestine.5 Le RCP continuait:

La sainte horreur avec laquelle les puissances alliées ont considéré l’extermination des juifs se révèle totalement hypocrite. Si Staline avait représenté les intérêts véritables du socialisme, il aurait affirmé la volonté de l’URSS d’accueillir les réfugiés désirant trouver un abri en Russie, puisqu’il y a pénurie de main d’œuvre. Mais les frontières de l’URSS restent hermétiquement fermées. De même, la Grande-Bretagne et l’Amérique, malgré leurs énormes richesses et leurs ressources, ne sont pas préparées à donner le droit démocratique d’asile à ceux qui le demandent. Ces pays proposent, au contraire, le palliatif de la Palestine.

En novembre 1947, la Palestine historique ne comptait plus qu’un tiers de Juives et de Juifs, répartis à l’époque sur 14% du territoire. Le Plan de partage de l’ONU prévoyait que la population juive reçoive 55% du territoire. Cette solution signifiait évidemment le déplacement forcé de centaines de milliers de Palestiniens et Palestiniennes. Ce fut la Nakba, en 1948, la «catastrophe»: 85% des villages palestiniens ont été vidés de leurs habitants et habitantes. Dans de nombreux cas, même après la reddition du village, ces personnes ont été tués par balles. Au total, plus de 700 000 Palestiniennes et Palestiniens ont été chassés de chez eux. Aujourd’hui encore, des familles vivent dans des camps de réfugiés aux conditions épouvantables. Pour survivre, l’État juif devait être surmilitarisé et devenir un instrument de l’impérialisme. C’est ainsi que le crime de l’antisémitisme a conduit au crime du sionisme, un crime contre le peuple palestinien.

Quelle stratégie pour la libération palestinienne?

Nos précurseurs se sont opposés à la création de l’État israélien en Palestine il y a 70 ans, prévoyant qu’il n’apporterait pas la sécurité aux Juives et aux Juifs et qu’il serait synonyme de souffrance pour les Palestiniennes et les Palestiniens. À la veille de la Nakba, une série de grèves avait pourtant transcendé les frontières communautaires, culminant dans une puissante grève générale en 1946 à laquelle ont participé 30 000 travailleuses et travailleurs d’origine juive et arabe. Les grévistes criaient des slogans tels que «L’unité des travailleurs juifs et arabes est la voie de la victoire». Cette démonstration de force avait mis en évidence le potentiel de développement de la lutte des classes au-delà des tensions nationales.

Le Plan de partage, la guerre et la nouvelle situation qu’elle a créée ont radicalement coupé court à cette tendance à la lutte commune, comme le souhaitaient d’ailleurs les dirigeants sionistes et arabes qui estimaient que cela menaçait leurs privilèges et leur autorité.

Au cours des décennies qui ont suivi, une conscience nationale israélienne s’est développée. La grande majorité de la population est désormais née en Israël et il y existe une classe dirigeante disposant de l’une des forces militaires les plus puissantes et les plus lourdement armées du monde. Mais à ses côtés existe également une classe ouvrière israélienne forte de millions de personnes, qui a le pouvoir potentiel de défier et d’éliminer ses exploiteurs capitalistes sionistes.

La stratégie des organisations palestiniennes a beaucoup reposé sur l’implication des régimes arabes de la région. Quand peu de temps après la création du parti nationaliste et laïc Fatah, l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) a été lancée en 1964, ce fut à l’initiative de la Ligue Arabe et autour du projet panarabiste du président égyptien Nasser. Les organisations à la gauche du Fatah se sont essentiellement retrouvées à sa remorque sans défendre de politique ou de stratégie basée sur une indépendance de classe. Quand la guerre des six jours éclatera en 1967, Israël attaquant l’Égypte avec l’accord des États-Unis, l’objectif des dirigeants israéliens était d’affaiblir cette unité arabe. Les élites dirigeantes arabes étaient toutefois déjà fortement divisées, l’impérialisme avait manœuvré pour les monter les unes contre les autres au point de ne plus partager qu’une condamnation rhétorique d’Israël.

Peu de temps après, en 1973, la guerre du Kippour a, elle aussi, été perdue par la coalition arabe, l’Égypte reconnaissant même officiellement Israël et s’engageant sur la voie de la collaboration avec Israël. Cela perdure encore aujourd’hui, notamment avec la fermeture de sa frontière avec la bande de Gaza. Ce fut la fin du projet panarabiste. Peu à peu, les régimes autocratiques arabes en sont venus à considérer que leur intérêt propre était lié au statu quo dans lequel Israël poursuit son projet de colonisation tandis que les États arabes ignoraient la cause palestinienne.

Mais la stratégie des «alliés» régionaux est restée, elle se prolonge encore aujourd’hui avec l’alliance entre l’Iran, pourtant chiite, et le Hamas sunnite. Un des objectifs fondamentaux derrière l’attaque du Hamas du 7 octobre était d’ailleurs de bloquer le processus de normalisation entre Israël et les régimes arabes de la région. Parallèlement à cette stratégie, l’OLP s’est lancé dans une campagne d’attentats, d’actes de piraterie et de prise d’otages, tout particulièrement à partir de la fin des années 1960.

Ce qui a véritablement mis en difficulté le régime israélien, ce fut la première Intifada (1987-1993). Notre camarade irlandais Peter Hadden, dont l’approche sur la question nationale a été forgée sur l’expérience des «Troubles» en Irlande du Nord, commentait ainsi les événements: «les manifestations de masse et les grèves ont ébranlé l’État israélien à un degré que 25 années de terrorisme de l’OLP n’ont pas réussi à atteindre.» Mais, à l’image de la grève générale de 1936, il manquait au mouvement de masse de 87-93 un programme et une direction orientés vers un changement de système. Cela a ouvert la voie à la mascarade des Accords d’Oslo en 1993, où le Fatah a repris la main par crainte de voir une direction alternative émerger des comités de bases nés de l’Intifada. C’est ce manque qu’il convient de combler aujourd’hui.

Il est évident que l’action de masse ne va pas venir dans un premier temps de Gaza, noyée sous un déluge de bombes. Mais la résistance internationale a un rôle à jouer. En 1982, durant l’invasion israélienne du Liban pour déloger l’OLP de Beyrouth, qui a notamment conduit au massacre de Sabra et Chatila, les protestations internationales ont mis pression sur le plus proche allié de l’État israélien, les États-Unis, qui ont considéré de stopper la livraison d’armes à Israël.6 Reagan avait dit au gouvernement israélien que l’opinion était «contre nous». Le régime israélien n’écoutera pas la colère internationale, mais il est sensible à ce soutien de l’impérialisme étasunien. Cela pourrait redonner un souffle aux masses palestiniennes.

Le socialisme et la résolution des conflits nationaux

Sur une base capitaliste, ni un ni deux États n’offrent une solution à l’oppression nationale. Dans le contexte capitaliste du Moyen-Orient, une «solution à deux États» signifie la création d’un État fantoche néocolonial pour les Palestiniennes et les Palestiniens sans véritable indépendance nationale ni solution des problèmes fondamentaux auxquels sont confrontées les masses palestiniennes. La libération nationale est indissolublement liée à la libération sociale.

La Palestine est minuscule et ne peut exister qu’en tant que partie d’une totalité économique mondiale. L’objectif à viser, c’est la fin du «régime de Sykes-Picot» qui ne servait que les intérêts de l’impérialisme. La lutte de masse de la classe travailleuse et des pauvres doit redessiner toute la région en respectant le droit à l’autodétermination des peuples et les intérêts de chaque communauté (arabes, amazighs, kurdes, juives). C’est pourquoi nous défendons la construction d’une fédération socialiste volontaire du Moyen-Orient reposant sur des structures étatiques démocratiques nées des mobilisations de masse, à partir de comités démocratiques de lutte, pour en finir avec la trahison des aspirations nationales et sociales par des élites autocratiques. Cela devra être lié à la collectivisation des richesses et grands moyens de production de la région afin d’assurer l’épanouissement de chacun et de la société dans son ensemble.

Au sein de celle-ci, nous défendons de lutter pour deux États palestinien et israélien socialiste, avec droit au retour dans des conditions de vie décente pour les millions de personnes réfugiées qui vivent actuellement en dehors de Palestine, ce qui nécessitera l’extension du territoire de Palestine et e démantèlement des colonies en Cisjordanie. Il s’agit d’une étape nécessaire pour garantir la construction de la confiance nécessaire pour aller plus loin dans la collaboration volontaire. Ce n’est qu’à cette condition que la paix dans la région et la prospérité pour tous seront possibles.


1. Quand Israël favorisait le Hamas, par Charles Enderlin, Le Monde, 3 février 2006, disponible sur lemonde.fr
2. Parti des travailleurs de la terre d’Israël, disparu en 1968 par sa fusion avec le Parti travailliste israélien.
3. Organisation sioniste créée en 1929 sous le nom d’Agence juive pour la Palestine pour être l’exécutif de l’Organisation sioniste mondiale en Palestine mandataire britannique.
4. Felix Morrow, For a Socialist Policy on Palestine, marxists.org
5. Alain Gresh et Dominique Vidal, Palestine 47 un partage avorté, Editions complexes, Bruxelles 1987.
6. When Push Comes to Shove: Israel flouts U.S. diplomacy with an attack on Beirut, TIME Magazine, 16 août 1982
7. Peter Hadden, Palestinian youth revolt, Militant Irish Monthly, février 1988

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