Menu d’action pour des grèves combatives!

Piquet de grève au cégep du Vieux-Montréal, 21 novembre 2023

La 3e séquence de grève dans le secteur public – qui a mobilisé plus de 570 000 personnes – vient de se terminer mi-décembre. De son côté, le corps enseignant représenté par la FAE continue sa grève générale illimitée pour une 4e semaine. Les actions de grève réalisées jusqu’ici nous permettent de tirer des leçons pour maximiser l’impact qu’aura une probable 4e vague de grève massive.

Politiser notre grève

Il est crucial d’utiliser nos prochaines journées de grève pour développer une compréhension politique du combat pour des services publics de qualité, gratuits et accessibles. S’ils sont dans un état si lamentable, c’est que les gouvernements pro-patronaux ont saboté les services publics pour engraisser leurs amis du privé du secteur des batteries, de l’automobile ou encore de la construction.

Les services publics dont nous avons besoin sont impossibles dans un contexte où les gouvernements les charcutent et autorisent les compagnies privées à les dépecer. Voilà pourquoi une lutte pour des conditions minimales – comme l’indexation des salaires au coût de la vie combinée à un rattrapage salarial – se transforme en affrontement gigantesque entre 10% de la population active et le gouvernement du patronat.

Alors que l’État-employeur prétend ne pas avoir d’argent pour les employé⋅es du secteur public, il offre des hausses salariales de 21% à la police provinciale, de 30% aux député⋅es et jusqu’à 50% aux juges. Alors que l’État-employeur prétend négocier de bonne foi, des injonctions de la Cour s’abattent sur les grévistes. De plus en plus de gens réalisent que le système capitaliste ne nous permet tout simplement pas d’améliorer nos conditions de vie.

Perturber l’économie et la politique

Pour gagner la bataille, chaque gréviste doit comprendre les raisons politiques derrière sa mobilisation: Pourquoi se mobiliser, contre qui le faire et comment le faire efficacement.

On ne fait pas la grève parce que ça nous amuse. Nous voulons obtenir des victoires concrètes, telle l’indexation des salaires et une réduction des heures de travail. Si le gouvernement n’est pas en mesure de répondre à nos demandes, rappelons-nous que nous n’avons pas besoin de lui. Il devra plier ou tomber.

Mais ça n’arrivera pas sans frapper là où ça fait mal, au portefeuille. Voilà pourquoi chaque gréviste doit comprendre comment les actions entreprises permettent de franchir des étapes concrètes vers cette victoire.

Jusqu’ici, plusieurs rassemblements ont visé des cibles économiques importantes comme le Centre de commerce mondial de Montréal ou les bureaux de la compagnie de batteries Northvolt, dont la construction d’une méga-usine en Montérégie représente la plus grande dépense gouvernementale jamais faite pour une multinationale. Pourquoi ne pas prioriser le blocage constant de ce type de site pour effectivement perturber les plans économiques de Legault?

La créativité comme outil politique

Une ligne de piquetage ou une manifestation peut être un lieu plus sûr pour partager les problèmes rencontrés au travail. Les discussions permettent de ventiler, d’exprimer notre solidarité avec les collègues et d’échanger sur les meilleurs moyens de se battre. C’est aussi un moment pour discuter des causes politiques de la crise dans les services publics. Avec l’expérience de la grève, la «politique» devient beaucoup plus concrète. À partir de revendications concrètes, la créativité se développe rapidement.

Slogans, pancartes et banderoles

Une ligne de piquetage ou une manifestation constitue une démonstration de force. Elle reflète la motivation et la compréhension des grévistes. Organiser des ateliers préalables de confection de pancartes, de banderoles ou de slogans est très important pour s’approprier collectivement les objectifs et les revendications d’une lutte.

Avoir du matériel de création de pancartes directement sur les lignes de piquetage ou sur le lieu de départ de la manifestation peut aussi offrir la possibilité de rebondir sur l’actualité ou impliquer de nouvelles personnes. Les grévistes peuvent ajuster les revendications, créer de nouvelles caricatures ou s’amuser à transformer une bévue du gouvernement en slogan!

Créer ensemble des slogans, dans pancartes et des banderoles permet de s’approprier une action de grève. Le matériel syndical auto promotionnel générique s’avère aussi utile, surtout lorsque rien n’a été préparé localement. Toutefois, il ne permet pas de réfléchir sur les revendications ni les stratégies de grève à envisager.

Ces slogans créés collectivement peuvent ensuite être scandés au mégaphone!

Musique et danse

Toutes activités de chant (chorale, karaoké) ou de danse (exercices, chorégraphie) ont leur place pour garder le moral et le corps chaud. Elles deviennent politiques quand vient le temps de choisir les chansons ou encore de cibler l’endroit où aura lieu la chorégraphie. Par exemple, pourquoi ne pas installer une chorale pour bloquer une entrée? Pourquoi ne pas préparer une playlist sans tounes clichées et cyniques, qui assure dynamisme et propos militant? On peut être fâchés et festifs en même temps!

Discours, exposés et micro-ouvert

La colonne vertébrale de la politisation, c’est l’information. Les grévistes sont les acteurs et les actrices de leurs luttes. Pour choisir la bonne direction stratégique à prendre, il faut être informé⋅e.

Les représentantes et les représentants du syndicat ont la responsabilité de prendre tous les moyens nécessaires pour que les membres soient au courant de l’actualité de la grève. Les membres doivent aussi être capables de maîtriser le discours autour de leurs revendications et de démasquer les tactiques patronales. Tracts, discours, point d’information au mégaphone, capsule vidéo sur Instagram, Tiktok et Facebook sont autant de moyens à combiner pour y arriver.

Les discours politiques sont fondamentaux pour dynamiser les gens. Ils permettent de réaffirmer nos objectifs, les moyens pour y parvenir et notre détermination à aller jusqu’au bout. Il est essentiel de les effectuer en présence d’un maximum de gens.

Les discours sont souvent réservés aux élu⋅es et employé⋅es syndicaux. Toutefois, plus de prises de paroles stimulent la réflexion. Un micro ouvert peut servir d’espace à la fois créatif et politique pour échanger entre collègues sur nos préoccupations et nos aspirations.

Se motiver pour rester mobilisé⋅es! 

De nombreuses actions d’envergure ont été organisées jusqu’ici par les différentes équipes des fédérations et des centrales syndicales. L’organisation logistique et tactique est souvent très impressionnante. Mais l’organisation de la «mob» prend souvent le dessus sur le contenu politique. Ainsi, plusieurs grévistes motivé⋅es peuvent se sentir instrumentalisé⋅es lorsqu’on les lance dans des actions dont on ne connaît pas les tenants et aboutissants.

Or, discuter démocratiquement dans nos instances syndicales locales des actions à entreprendre demeure la meilleure façon de politiser la grève et de favoriser la participation.

Lors d’une action, il est important d’avoir des interventions publiques au début et à la fin. Rien de plus démotivant que de voir un rassemblement diminuer à vue d’oeil parce que les gens ne savent plus ce qu’ils y font.

Toutes les personnes présentes doivent savoir pourquoi elles sont là, pour quelles raisons l’endroit a été choisi, qui est présent et en quoi le fait d’être là permet de faire avancer la lutte.

Organiser des visites de solidarité

La grève, c’est aussi l’occasion de se solidariser avec d’autres milieux et établissements en lutte, peu importe leur appartenance syndicale. Aller à la rencontre d’autres grévistes ou les recevoir en visite donne une dose de courage. Cela permet d’en apprendre plus sur les autres réalités de travail et sur d’autres pratiques de grève.

Favoriser l’unité syndicale

Dans plusieurs milieux, des syndicats affiliés à différentes centrales et représentant différents types d’emplois s’organisent pour planifier leurs actions de grève. L’action unitaire de comités interprofessionnels et intersyndicaux ouvre un océan d’opportunités tactiques. Par exemple, un piquet d’employé⋅es de l’éducation peut être planifié à des endroits où les grévistes de la santé ne peuvent pas le faire légalement.

Favoriser l’unité syndicale la plus large possible est déterminant pour élaborer un plan de grève qui sera partagé et suivi. L’unité au sommet entre les directions des centrales syndicales est importante. Mais c’est la solidarité entre les syndiqué⋅es de la base – peu importe leur allégeance – qui fera de la grève une réussite.

S’il n’existe pas de comité de grève intersyndical dans votre établissement, pourquoi ne pas en créer un? En l’absence d’assemblée syndicale officielle, les piquets eux-mêmes peuvent se transformer en assemblée visant à discuter et décider des stratégies de grève à adopter.

Les comités de grève peuvent aussi servir à mettre en place des systèmes d’entraide, de gardiennage d’enfants ou encore des activités culturelles d’abord parmi les grévistes, mais aussi dans la communauté.

Organiser la solidarité dans la communauté

L’appui de la population est important pour la victoire. L’appui actif des parents (comme avec le retour des chaînes humaines pour l’éducation), des bénéficiaires et d’autres organisations étudiantes et politiques s’avère crucial pour organiser la grève contre le gouvernement, mais pas contre les travailleurs et les travailleuses.

Élargir notre lutte à celle des autres permet de tisser des solidarités. Par exemple, les grévistes peuvent organiser un contingent pour une manifestation d’appui à Gaza ou à des étudiantes stagiaires en grève.

Comptons sur nos propres moyens!

Au-delà des sondages sur «l’opinion publique», aller systématiquement à la rencontre des gens qui ne sont pas en grève est crucial pour garantir un soutien réel à notre lutte. Ces rencontres peuvent se faire au centre d’achat, à l’arrêt d’autobus ou lors des partys des Fêtes. Par exemple, le contact peut être établi par l’entremise d’une pétition visant à défendre les revendications des grévistes.

L’ensemble des personnes qui étudient, qui travaillent ou qui sont à la retraite ont intérêt à ce qu’on gagne notre bataille. Nos conditions de travail sont les conditions d’apprentissage, de soin et de service de tous les membres de notre classe sociale!

Nous n’avons rien à attendre des médias de masse. Ils existent pour faire de l’argent, pas pour témoigner en faveur de nos luttes. Ne comptons que sur nos propres moyens pour partager nos idées, notre motivation et nos raisons de faire la grève!


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