François Legault et Éric Duhaime

Élections 2022 : Comment expliquer le virage à droite?

20 min de lecture

Sans surprise, la CAQ dirigée par François Legault est reportée au pouvoir à Québec. Un vote réactionnaire s’est manifesté avec la montée fulgurante du parti conservateur d’Éric Duhaime. De son côté, la gauche réformiste stagne et ignore l’électorat de la classe travailleuse.

La politique québécoise prend un virage à droite marqué avec les élections du 3 octobre 2022. Le climat politique s’est tellement polarisé à droite que même la boussole électorale de Radio-Canada place les partis traditionnels des élites capitalistes – le Parti québécois et le Parti libéral du Québec – à gauche!

La Coalition avenir Québec (CAQ) de François Legault améliore son appui électoral de +4%. Elle se place de nouveau en position de majorité parlementaire absolue avec 90 député⋅es. Tout cela même si la CAQ accuse une gestion sanitaire catastrophique, des politiques pro-patronales et un discours discriminatoire envers les personnes immigrées.

Toujours est-il que l’écrasante majorité de la population en âge de voter l’a fait pour un parti politique associé de près ou de loin aux coupures dans les services publics, aux largesses de l’État envers les multinationales, au droit de polluer et à la corruption. Comment expliquer que quatre votes sur cinq s’expriment pour un parti ouvertement favorable à l’agenda des patrons et des propriétaires?

Une situation volatile

L’hégémonie de la droite au parlement cache une situation plus instable qu’il n’y paraît. Environ 65% des personnes inscrites pour voter n’ont ni appuyé la CAQ ni le Parti conservateur du Québec (PLQ) d’Éric Duhaime. Cela n’empêche pas la CAQ de détenir 100% du pouvoir.

L’instabilité économique actuelle, caractérisée par une hausse du coût de la vie et une précarité des emplois, engendre un stress et une colère sociale de plus en plus grande. Les gens cherchent de nouvelles solutions. Pour beaucoup de personnes, cette quête a pris la forme d’un appui au PCQ et à la CAQ. Plus de 470 000 nouvelles personnes ont changé leur fusil d’épaule pour appuyer le PCQ le 3 octobre dernier.

Tout porte à croire que le Canada se dirige vers une récession économique. La situation pourrait rapidement pousser les gens à changer d’allégeance politique dans le cas où, par exemple, la colère sociale exploserait d’une manière inattendue. La fragmentation du vote pour les partis traditionnels va continuer. Cela signifie que l’ouverture pour des solutions plus radicales, à gauche comme à droite, s’élargira.

La CAQ et le PCQ ont l’avantage en ce moment grâce à leurs politiques nationalistes identitaires et leur discours concernant les enjeux quotidiens des gens. Mais une force politique qui oserait mobiliser les mêmes personnes sur les mêmes enjeux – mais avec des solutions socialistes – aurait tout autant de gains à réaliser.

Avec la fin annoncée de la pandémie, plusieurs commentateurs et commentatrices pensent que le PCQ a définitivement raté sa chance de faire élire des député⋅es. C’est erroné. D’abord, la pandémie n’est pas terminée. L’émergence constante de nouveaux variants et la hausse des cas de COVID-19 au Québec montre que la menace est toujours là. Ensuite, la récession économique à venir apportera une période de tumulte social. La droite aura le vent dans les voiles avec ses stratégies de bouc émissaire et de populisme. Si la gauche boude les opportunités qui se présentent à elle en refusant un programme de lutte socialiste, la crise économique et pandémique permettra au PCQ de rebondir.

Contexte de faible lutte de classes

La campagne électorale s’est déroulée dans un contexte de faible intensité des luttes sociales. Les mouvements sociaux ont beaucoup de difficultés à faire perdurer la mobilisation dans le temps. Aucun d’entre eux ne s’est lancé dans la politique partisane active cette année. Tous se sont contentés de formuler des revendications dirigées au prochain gouvernement. Le seul mouvement social qui s’est maintenu est celui des rassemblements contre les mesures sanitaires. Ces derniers occupent un espace social important de manière régulière depuis le début de la pandémie.

Les manifestations de masse spontanées des dernières années ont toutefois montré un potentiel encore plus grand sur d’autres enjeux sociaux. On parle ici des rassemblements contre les féminicides, la brutalité policière, les changements climatiques, les hausses de loyers ou pour les droits démocratiques des peuples autochtones, de Palestine ou d’Iran. Du côté syndical, d’importantes luttes ont mené à des victoires. Mais elles sont concentrées dans certaines entreprises et déconnectées du contexte politique. Contrastant avec la faible mobilisation du mouvement syndical québécois, en Europe, on assiste actuellement à d’importantes grèves en France et en Grande-Bretagne pour lutter contre l’inflation.

Ici plus qu’ailleurs, les mouvements ouvriers et sociaux souffrent d’un manque de leadership politique. Le potentiel est grand à faire du travail d’intervention de terrain, à récolter des noms, créer des comités d’action, organiser des actions communes dans le but d’aller plus loin que les marches dans la rue. Il s’agit d’établir un rapport de force réel face aux classes dominantes. Ce rapport de force réside dans notre nombre, d’où la nécessité de tisser des solidarités entre communautés à travers les luttes concrètes sur le terrain.

Une telle approche participerait à construire une identité selon laquelle on appartient à la même classe sociale que la personne qui lutte à ses côtés, peu importe sa langue, sa religion ou son origine. Un projet qui nous amènerait à conquérir ensemble le pouvoir politique pour cette classe travailleuse.

En l’absence d’un tel leadership politique, les puissants réussissent à convaincre la population que la politique se fait uniquement aux quatre ans, à travers le vote. Cette situation favorise l’abstention, le doomerism et l’écoanxiété, surtout chez les jeunes. Les appels de Québec solidaire au vote de la «dernière chance» n’ont certainement pas aidé la situation. Pendant ce temps, la CAQ et le PCQ impriment leur propre vision culturelle de ce qui devrait unir la majorité de la population dans la vie quotidienne.

Abstention significative

Les médias de masse pointent souvent du doigt l’abstention parmi les jeunes pour expliquer les distorsions entre les résultats électoraux et les tendances sociales. Mais pour la population en général, le taux d’abstention aux élections 2022 est relativement élevé, tout comme celui des élections 2018. Plus du tiers des électrices et électeurs ne sont pas allés voter. Le taux d’abstention est plus élevé dans les quartiers où se concentrent les travailleurs et les travailleuses avec moins de ressources. Il atteint les taux les plus élevés parmi les populations autochtones.

Certes, des études rapportent la diminution de participation électorale des 18 à 34 ans depuis des années. L’explication serait le sentiment d’impuissance en regard du vote et le déficit de confiance envers les représentants et représentantes des partis politiques.

Mais les jeunes ne délaissent pas l’action politique pour autant. On les retrouve ailleurs, dans la rue, dans des associations ou dans les syndicats. Les partis politiques actuels semblent incapables de traduire cet engouement. Jusqu’ici, le vote des jeunes est le plus élevé chez QS et au PCQ, deux partis polarisants.

Apparition du vote réactionnaire

Le scrutin du 3 octobre a été marqué par l’appui au Parti conservateur du Québec (PCQ) d’Éric Duhaime. Malgré son nom, ce parti poursuit des politiques économiques ultralibérales. Les positions morales de ses candidatures tirent dans tous les sens: de l’antiavortement au refus de se faire vacciner. Ce qui les unit est toutefois la défense des petites et moyennes entreprises, voire des grandes compagnies.

Le PCQ a connu une ascension fulgurante de +11% par rapport aux dernières élections. Bien qu’il n’a fait élire aucun député, le PCQ bénéficie d’un appui électoral qui rivalise avec celui des autres partis d’opposition (13%). Son chef veut privatiser les sociétés d’État comme la SAQ ainsi que le système de santé. Éric Duhaime propose de faire face à la crise mondiale en exploitant les hydrocarbures locaux. L’antisyndicaliste propose de sacrifier une partie de l’environnement ainsi que les droits syndicaux pour y parvenir. Duhaime défend surtout l’annulation de toutes les mesures sanitaires entourant la COVID-19 depuis janvier dernier. Cet appel à la liberté individuelle lui a permis de transformer une colère sociale en votes.

CAQ PLQ QS PQ PCQ
Député⋅es 2022 90 21 11 3 0
Résultats 2022 40,98% 14,37% 15,43% 14,61% 12,91%
#votes 1 685 573 591 077 634 535 600 708 530 786
Député⋅es 2018 74 31 10 10 0
Résultats 2018 37,42% 24,82% 16,10% 17,06% 1,46%
#votes 1 509 455 1 001 037 649 503 687 995 59 055

 

Quant à eux, les partis traditionnels, le Parti libéral du Québec (PLQ) et le Parti québécois (PQ), accusent leur pire score depuis plus de 50 ans. Ils sombrent autant en termes de suffrages qu’en nombre de député⋅es. Le PLQ demeure néanmoins l’opposition officielle à la CAQ avec 21 élu⋅es, malgré ses 14% d’appui. La distorsion héritée du mode de scrutin uninominal à un tour donne 3 député⋅es au PQ, malgré avoir obtenu près de 10 000 voix de plus que le PLQ.

C’est Québec solidaire (QS) qui arrive après la CAQ en termes d’appui électoral (15%). Toutes ces distorsions dans la représentativité des votes exprimés suscitent une vague d’indignation qui dépasse les murs de l’Assemblée nationale.

QS maintient son niveau d’appui légèrement sous celui de 2018 (16%) avec une perte d’environ 15 000 voix. QS perd aussi une députée de région au profit de la CAQ. Mais le parti en a ravi deux à Montréal des mains du Parti libéral. Sa campagne axée sur la lutte aux changements climatiques, l’accès à la propriété et la taxation des riches lui a permis de consolider sa base électorale urbaine, jeune, scolarisée et aisée.

Programmes et clivages

Les résultats électoraux du 3 octobre font écho à certains sondages internes réalisés auprès des membres de grandes centrales syndicales québécoises. Effectués il y a plusieurs mois, ces sondages révélaient déjà un appui majoritaire à la CAQ ainsi qu’un appui sérieux au PCQ des personnes syndiquées. Comment expliquer cette contradiction?

L’appui au programme d’un parti politique ne semble pas être le facteur principal pour lequel les gens votent. S’il l’était réellement, il serait difficile d’expliquer pourquoi les électeurs et électrices votent pour des partis qui défendent ouvertement la nécessité de réduire leurs conditions de travail ou de laisser les compagnies polluer leur environnement.

Le profil socio-économique des électeurs et électrices est la variable à observer pour mieux comprendre les dynamiques d’appui partisan, davantage que le clivage ville/région si cher aux médias de masse. Un sondage Mainstreet indique que les appuis à QS sont issus de la «classe moyenne» la plus instruite, soit la jeunesse diplômée universitaire en début de carrière et aux études. Ce vote est concentré dans les quartiers urbains embourgeoisés francophones de Montréal. L’appui au PCQ semble être le négatif de celui de QS. Il s’agit d’un vote concentré parmi les jeunes et les gens aisés de la grande région de Québec et du reste de la province. Légèrement plus d’anglophones l’ont appuyé que de francophones.

De son côté, la CAQ est le parti des personnes francophones les moins instruites, les plus pauvres, les plus âgées et vivant hors de l’île de Montréal.

PCQ : canaliser la colère

Le PCQ d’Éric Duhaime est le seul parti à avoir canalisé la colère légitime des gens durant les années de pandémie. L’emprise des firmes-conseils comme McKinsey sur le gouvernement et le chantage des pharmaceutiques à son égard sont plus évidents que jamais. La perte de confiance envers les institutions et leur gestion est telle, que plusieurs personnes en sont venues à douter de la démarche scientifique et de l’efficacité des vaccins. Le discours combatif et hostile du PCQ envers le gouvernement et les médias de masse a frappé dans le mille.

Le PCQ a offert un ennemi aux gens: le gouvernement Legault. Il a rassemblé plus de 3 000 personnes lors d’une soirée militante à Québec, le plus gros rassemblement de toute la campagne électorale. Il a aussi réuni des centaines d’autres personnes à une manifestation contre François Legault et son bilan sanitaire.

Il a proposé un combat pour la liberté (des entreprises) aux gens qui regardent la société s’écrouler et leurs conditions de vie se dégrader. Les organisations syndicales et la gauche avaient tout l’espace pour jouer ce rôle de catalyseur social. Mais ne pas être en mesure de s’adapter au rythme des changements actuels est très risqué. Si les méthodes et les idées modérées n’étaient pas efficaces avant la pandémie, elles le sont encore moins aujourd’hui. Un sondage estime que deux fois plus de gens font confiance aux solutions libertariennes du PCQ qu’à celles de QS pour faire face à une éventuelle récession!

Plusieurs petits et moyens entrepreneurs, comme des propriétaires de gyms ou de restaurants, ont été ruinés par la pandémie. Le PCQ représente d’abord et avant tout les intérêts de ce segment de la population, en particulier dans la région de la Beauce et de Québec. Plutôt que de diriger leur colère vers les multinationales qui les vampirisent, le PCQ pointe du doigt le «poids de la bureaucratie» et les taxes «étouffantes» de l’État. L’appui d’Éric Duhaime aux convois de camions a transformé cette colère en appui électoral.

Le discours du mérite et de la liberté individuelle d’entreprendre convainc aussi une couche de la classe ouvrière qui aspire un jour à être riche en travaillant fort. Comme les néoconservateurs des États-Unis, les dirigeants du PCQ utilisent la rhétorique de la liberté individuelle (Libres chez nous) auprès d’une population précaire afin qu’elle travaille ultimement à «libérer» les entreprises du joug des taxes, des impôts et des normes environnementales. Ce discours du chacun-pour-soi laisse entrevoir un sursis pour certains, mais il est déconnecté des réalités implacables du marché mondial.

Les phénomènes économiques planétaires – inflation, récession, rupture des chaînes d’approvisionnement – sont hors de notre contrôle. La situation économique mondiale, et la nôtre au passage, vont s’aggraver au cours des prochaines années.

CAQ : les intérêts du Québec «authentique»

Dans le cas de la CAQ, une partie de son appui de masse semble découler de mesures concrètes pour «lutter contre l’inflation», comme l’envoi de chèques de 500$ et les promesses de baisses de taxes. Mais c’est surtout la campagne de peur du gouvernement Legault contre les étrangers, menée depuis les tous débuts de son mandat, qui l’a propulsé comme défenseur du Québec «authentique». Cette nation québécoise est blanche, catholique, francophone et – comme son chef – humble et un peu ringarde. Sans opposition sérieuse, il a remporté sa guerre culturelle menée sur le terrain des signes religieux, de la langue et des personnes immigrantes qui profiteraient du système.

Parfois défiées par leur base militante, la direction solidaire et plusieurs directions syndicales étaient d’accord avec certaines positions caquistes, comme la Loi 21 ou la Loi 96. En déplaçant systématiquement l’accent des débats sur leur aspect culturel plutôt qu’économique, la CAQ s’est imposée comme la seule vraie voix nationaliste au Québec.

Legault s’est posé comme le défenseur des intérêts de la nation québécoise avec son discours axé sur l’identité culturelle et le nationalisme économique. L’arnaque est ici : en se positionnant comme la championne de la nation, la CAQ se place également comme championne de la classe ouvrière québécoise. Avec son nationalisme culturel assumé, elle prétend représenter le meilleur rempart contre les «menaces extérieures». Il est alors facile de confondre les intérêts de la classe ouvrière avec des notions identitaires. Ce nationalisme vient expliquer les problèmes d’un point de vue hyper local et culturel: on se fait attaquer par des agents extérieurs. Sans eux et leurs différences, tout irait bien.

Cette stratégie vise à invisibiliser les vraies causes de la crise économique et légitimer l’action des acteurs qui y contribuent. En utilisant des enjeux culturels polarisants, la CAQ crée des boucs émissaires pour faire disparaître les classes sociales et leurs conflits irréconciliables. Sous le parasol du Québec pure laine, les intérêts du milieu des affaires et celui des gens ordinaires paraissent ensuite pouvoir s’harmoniser!

Comment vaincre la droite?

Les solutions pour régler les crises devant nous ne viendront pas de l’idéalisme de la «gauche» ou de la «droite» actuelle. Elles ne viendront que de l’organisation de la classe travailleuse elle-même. Le Québec n’a jamais connu de gouvernement dédié uniquement à la défense des intérêts de la classe ouvrière. Aucun gouvernement ni même aucune opposition travailliste, sociale-démocrate, socialiste ou communiste n’a déjà siégé à l’Assemblée nationale.

Pourtant, des gains importants – uniques en Amérique du Nord – ont été gagnés par la classe ouvrière québécoise, notamment la syndicalisation massive de la fonction publique, le système de garderie ou encore le réseau de CLSC. Ces victoires sont le résultat de l’organisation et de la lutte massive de travailleurs et de travailleuses dans leur milieu de vie et de travail. Pour atteindre une envergure de masse, ces mouvements ont dû développer des revendications concrètes pour les gens, en plus de les outiller pour qu’ils et elles se mettent en action. Leurs mouvements ont contraint les partis politiques à adopter des lois pour sécuriser leurs demandes.

Identifier nos ennemis

Identifier à qui profite les mauvais salaires, la discrimination, la gestion privée de la santé ou du marché immobilier permet de démasquer qui sont nos ennemis et qui marchent à leurs côtés. En pointant du doigt les élites économiques qui profitent de notre travail et de notre argent, on peut se définir comme ceux et celles qui créent réellement les richesses de la société québécoise.

C’est notre travail qui produit les biens et rend les services. Pas l’action des grands propriétaires, des spéculateurs, des banquiers ou des grands actionnaires. La classe travailleuse veut se battre pour contrôler la société qu’elle construit. Mais pas en confiant systématiquement ses rênes à des experts patentés, à des médecins, à des avocats ou à des banquiers, même si ces personnes se disent de «gauche».

Saisir d’où vient le danger

Plutôt que de remettre en cause son tournant électoraliste, le leadership de QS explique sa stagnation par le déferlement d’une «vague caquiste». Partout dans le monde, la gauche libérale en déroute mobilise cet argument: c’est la faute de la droite. Il s’agit d’un aveu d’impuissance et de courte vue politique. Il n’y a pas eu de vague caquiste. La CAQ a fait légèrement mieux qu’en 2018. Ce qu’il y a eu, c’est une intensification de la crise du capitalisme mondiale suivie d’une vague réactionnaire. La montée du PCQ est la punition que subit QS pour sa propre incapacité à rejoindre la classe travailleuse québécoise. S’il y a une couche de la population qui doit absolument être gagnée aux méthodes et aux idées socialistes, c’est bien celle qui a voté pour le CAQ.

La polarisation va continuer

Durant les prochaines années, la situation économique et sociale va empirer. Les attaques contre nos conditions de vie et nos droits vont s’accentuer. Contre un gouvernement et un patronat qui détient tous les leviers économiques et politiques, nous devons opposer des solutions socialistes qui remettent le pouvoir entre les mains de notre propre classe sociale. Contre un ennemi encore plus puissant qu’avant, nous devons construire un rapport de force réel, sur le terrain grâce aux luttes des travailleurs et des travailleuses.

La modération politique de QS a livré tous ses fruits. QS perd ses chances d’organiser les forces vives de la contestation sociale en se détournant toujours davantage de la classe travailleuse.

Le rôle des «député⋅es de la rue»

Les député⋅es solidaires peuvent continuer d’être utiles aux luttes sociales en les défendant dans les médias de masse ainsi qu’à l’Assemblée nationale. Mais cela est insuffisant pour construire les rapports de force nécessaires dans les communautés. Cela est insuffisant pour gagner contre le gouvernement caquiste et le patronat.

Même si les député⋅es de QS participent à des mobilisations locales ou convoquent des assemblées (par exemple sur le 3e lien à Québec, le nickel à Limoilou ou l’arsenic à Rouyn), il est insuffisant d’uniquement «être avec le mouvement». Il s’agit de le structurer et de lui donner des perspectives politiques globales, un programme et des méthodes issues de la classe travailleuse.

Le rôle d’un vrai «parti de la rue» est de servir de bougie d’allumage et de catalyseur aux luttes sociales. Il n’est pas question de «parler pour les gens» ou d’exercer le pouvoir à leur place. Les gens en lutte se prennent en main, s’organisent et s’expriment de manière autonome. Peu importe le mode de scrutin, nous avons besoin d’une force politique offensive, qui initie des luttes et organise le rapport de force stratégiquement contre les élites.

Prendre conscience de notre puissance

Il est absolument inutile et irréaliste d’exiger quoique ce soit de sérieux de la part du gouvernement caquiste. Il ne peut pas assurer les besoins de la classe travailleuse. Pour y arriver, nous avons besoin qu’un parti ouvrier massif prenne le pouvoir et applique des politiques socialistes.

Mettre sur pied un tel parti exige que les mouvements ouvriers et sociaux se coordonnent dans leurs luttes de tous les jours. Cela exige qu’ils attaquent le droit à la propriété des classes dominantes sur la base d’un programme de changement radical de la société.

Les mobilisations anti-mesures sanitaires organisées par la droite radicale et les petits patrons ont perturbé la société. Elles ont ébranlé le gouvernement de Legault et celui de Justin Trudeau. Imaginez si le mouvement syndical déployait des stratégies semblables! On pourrait obtenir des concessions importantes: de meilleures protections contre la pandémie, des salaires indexés automatiquement au coût de la vie ou encore des nationalisations démocratiques liées aux impératifs de la lutte aux changements climatiques.

Les prochaines négociations dans le secteur public représentent une excellente occasion de lier les revendications syndicales à la nécessité de bâtir une force politique dans l’intérêt de l’ensemble des travailleurs et travailleuses du Québec.

Des exemples modernes, comme celui de la conseillère municipale socialiste de Seattle, Kshama Sawant, prouvent qu’il est possible de mettre sur pied une telle force aujourd’hui et de gagner contre les élites, même avec une seule élue.

Construire cette force politique est la raison d’être des membres d’Alternative socialiste. Conquérir un monde dans lequel la classe travailleuse dans toute sa diversité décide de ce qu’elle produit et rend comme services en fonction de ses moyens et de ceux de l’environnement, selon les besoins réels.

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