Don’t look up : une fin catastrophique évitable

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Attention: Cet article contient des spoilers.


Le film satirique Don’t look up a le mérite de dénoncer l’inaction des gens au pouvoir face à la crise climatique qui pèse sur nous. Son cynisme et son pessimisme pointe toutefois du doigt une élite culturelle et une industrie du cinéma incapables d’envisager une suite du monde optimiste, soit un scénario révolutionnaire.

Don’t look up est le nouveau film d’Adam Mckay en partenariat avec Netflix. Ce film d’un budget de 75 millions $ américains mérite notre attention. Ce long métrage satirique et apocalyptique avec notamment Leonardo DiCaprio, Jennifer Lawrence et Meryl Streep est une critique des élites américaines. Elle est aussi une métaphore de la crise climatique qui pèse sur nous. Le but est clairement de dénoncer l’inaction des gens de pouvoir. Le scénario et les références politiques ne seront étrangers à personne qui est au fait de l’actualité américaine et occidentale.

Don’t look up a le mérite de nous sortir des films «superhéroïques», des histoires à l’eau de rose et des films au parfum d’antan. Malgré tout, sa vision reste cynique et pessimiste. Elle n’aide en rien l’organisation des forces de la classe ouvrière en présentant la fatalité d’une fin catastrophique.

Le but n’est pas de décourager quiconque voudrait voir le film, mais de pointer du doigt l’incapacité des élites culturelles et cinématographiques à envisager un scénario à proprement dit révolutionnaire. C’est-à-dire où la majorité des gens ordinaires s’organisent et prennent le pouvoir dans leurs intérêts.

Quand la science parle, d’autres la détournent

Le film met en place une équipe de scientifiques (DiCaprio, J. Lawrence) qui découvre que la Terre est menacée par une grosse comète. Sans tarder, ces scientifiques alertent les autorités. Mais au gouvernement comme à la télévision, ils sont ridiculisés et leur découverte, minimisée. Le film en profite pour écorcher les animateurs et animatrices de télé qui prennent la chose à la légère. Nous faisons ici référence à l’émission fictive grand public The Daily Rip présentée dans le film. Ses animateurs (Cate Blanchett et Tyler Perry) minimisent volontairement l’urgence.

En plus, pour discréditer ces scientifiques, d’autres animateurs caricaturant les conservateurs et des trumpistes les dénoncent comme étant des «marxistes». Bref, la bonne vieille peur des «rouges». En ce sens, le film satirique s’en prend à la démagogie de la droite, aux fake news et à la parole dirigée contre les scientifiques et les intellectuel⋅les. Dans quel but? Nous diviser. C’est dans cette optique que le bras droit (Jonah Hill) de la Présidente prend la parole et y oppose «la classe ouvrière» contre «eux» (scientifiques, intellectuel⋅les, etc.) C’est la stratégie de «diviser pour mieux régner».

Ayant pris conscience de la gravité de la situation et des pressions subies suite à la propagation de la nouvelle, la Présidente et son gouvernement promettent aux scientifiques de tout faire pour sauver l’humanité. Mais ce changement de cap est purement électoraliste et cache autre chose.

Après avoir donné le feu vert aux scientifiques pour trouver une solution afin de faire dévier la comète, la Présidente fait volte-face. Elle préfère donner le contrat à un riche entrepreneur privé (Mike Rylance). Ce dernier peut autant évoquer le monde de la finance que celui des supers riches comme Soros, Musk et Bezos.

Ce richissime personnage a réalisé des études sur la comète et elles révèlent que cette dernière possède des ressources pouvant engranger des profits monstres! Confronté par le personnage de Leonardo DiCaprio, le capitaliste se justifie avec un discours propre aux capitalistes. Dans leur esprit, ils sont des bienfaiteurs de l’humanité. Ce dernier affirme que grâce à ces profits, la justice, la crise climatique et la pauvreté seront enfin résolues. N’est-ce pas le discours mensonger de la Théorie du ruissellement? C’est-à-dire de croire qu’en donnant la liberté totale de profit et de propriété, les richesses des capitalistes retomberont sur le pauvre petit peuple travaillant. Nous savons à quel point c’est faux.

Une fin de film catastrophique, mais la réalité peut être autrement!

Comme bien des films hollywoodiens, la fin du scénario est pessimiste et cynique. L’angoisse qui nous habite pendant le film ne disparaît pas. On s’attend à un point de rupture où le peuple se séparerait de ces élites pour les renverser et prendre le pouvoir… mais cela n’arrive jamais. Au contraire, seuls des riches et des puissants s’en sortent. À aucun moment du film le recours à l’organisation de la classe ouvrière (au sens large du terme) n’est envisagé. Oui, il y a des scènes de révolte, un ralliement «politique» avec la chanteuse Ariana Grande et des manifestations, mais rien de plus.

Alternative socialiste pense qu’un autre monde est possible, dans la réalité comme dans la fiction! Ne laissons pas les élites politiques, économiques et culturelles nous embrouiller et nous diviser avec leur petitesse d’esprit. Les grands médias de masse privés ou étatiques cherchent à nous distraire, à nous divertir et (parfois) à nous informer. Mais ils ont d’abord et avant tout pour fonction de nous endormir politiquement afin d’éviter de réveiller notre solidarité contre leurs propriétaires et gestionnaires. Ils donnent une vision du monde adaptée à l’agenda des puissants et des capitalistes. C’est d’ailleurs ce que montre le film! Mais là où Adam Mckay voit une fatalité, nous voyons un moment propice pour transformer la société radicalement!

Nous avons des moyens incroyables pour remédier aux problèmes qui affligent l’Humanité. Karl Marx avait cette extraordinaire formule : «C’est pourquoi l’humanité ne se pose jamais que les problèmes qu’elle peut résoudre»1. Le pessimisme, l’élitisme et le cynisme sont le propre des classes dirigeantes. À nous de nous organiser sur notre propre base et de transformer la société. Prenons en main notre production culturelle! N’hésitons pas à représenter le monde dans lequel nous voulons réellement vivre. Prenons en main notre économie. Réalisons une transition écologique démocratique dans l’intérêt du plus grand nombre. Il faut donner tort à ce film. Il est possible de s’organiser politiquement, massivement, et de changer le cours de l’Histoire!


1 Karl Marx, Préface à la « Contribution à la critique de l’économie politique », 1859.

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