Rapport sur les inégalités mondiales : nous devons renverser les milliardaires

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Le rapport sur les inégalités mondiales 2022 (produit par le World Inequality Lab) est le fruit d’un travail mené durant 4 ans par 100 chercheurs et chercheuses. Il souligne les incroyables disparités de revenus existantes ainsi que les incroyables richesses présentes au niveau mondial. Le rapport révèle qu’au cours des 20 dernières années, «l’écart entre les revenus moyens des 10% d’individus les plus riches et des 50% d’individus les plus pauvres au sein des pays a presque doublé.»

Le système capitaliste est un casino vicieux. Ses contradictions inhérentes (y compris l’extrême inégalité) produisent des crises récurrentes dont les classes capitalistes sont en fin de compte responsables, mais qui se traduisent systématiquement par une plus grande richesse pour elles-mêmes au détriment de la classe ouvrière et de la majorité pauvre. La crise sanitaire en est un parfait exemple, illustré une fois de plus par les données du Rapport sur les inégalités mondiales 2022.

Prenons l’exemple d’Elon Musk, actuellement l’homme le plus riche du monde, qui a vu sa richesse décuplée pendant la pandémie. De 28 milliards de dollars au début de 2020, celle-ci est passée à plus de 278 milliards de dollars à la fin de cette année 2021. Il représente l’exemple le plus obscène, mais la crise fut une aubaine pour les super-riches dans leur ensemble. La richesse collective des 3000 milliardaires du monde a augmenté de 3600 milliards de dollars rien qu’en 2020, ce qui, selon l’OIT (Organisation internationale du travail), contraste avec les 3700 milliards de dollars de revenus perdus par les travailleurs et travailleuses du monde entier au cours de la même période. Et à mesure que la pandémie se poursuit, avec le variant Omicron qui annonce une nouvelle vague, cette tendance à l’inégalité en matière de santé et de richesse se confirme.

L’extrême inégalité des richesses

Si l’inégalité a augmenté plus ou moins partout à travers le globe, elle n’a pas été uniforme, ce qui, selon le rapport, «confirme que l’inégalité n’est pas inévitable, c’est un choix politique.»

Dans l’ensemble, les 10% les plus riches de la population adulte mondiale reçoivent aujourd’hui 52% du revenu mondial, tandis que les 50% les plus pauvres – qui représentent aujourd’hui près de 3 milliards de personnes – n’en reçoivent que 8%. En ce qui concerne la richesse, les disparités sont encore plus marquées: les 10% les plus riches possèdent 76% de toutes les richesses, ce qui signifie que 90% du monde se partagent moins d’un quart. Les 50% les plus pauvres n’ont pratiquement aucune richesse, puisqu’ils ne possèdent que 2% du total.

Le rapport souligne un fait particulièrement accablant: «Les inégalités mondiales semblent être à peu près aussi importantes aujourd’hui qu’elles l’étaient à l’apogée de l’impérialisme occidental au début du XXe siècle. En effet, la part du revenu actuellement captée par la moitié la plus pauvre de la population mondiale est environ la moitié de ce qu’elle était en 1820.»

En d’autres termes, 200 ans de capitalisme ont laissé à la moitié la plus pauvre du monde une part de revenu inférieure de 50%. Un échec abyssal, quel que soit le critère retenu.

Des décennies de néolibéralisme

Quatre décennies d’idéologie néolibérale dominant la politique économique mondiale ont clairement laissé des traces. Les privatisations et les coupes budgétaires dans les services et les biens publics, ainsi que les crises périodiques au cours desquelles l’État emprunte pour renflouer les banques et les entreprises jugées «trop grosses pour faire faillite», ont eu pour conséquence que: «Au cours des 40 dernières années, les pays se sont considérablement enrichis, mais leurs gouvernements se sont considérablement appauvris. La part de la richesse détenue par les acteurs publics est proche de zéro ou négative dans les pays riches, ce qui signifie que la totalité de la richesse est entre les mains de particuliers. Cette tendance a été amplifiée par la crise de Covid, pendant laquelle les gouvernements ont emprunté l’équivalent de 10 à 20% du PIB, essentiellement auprès du secteur privé.»

Le rôle vital de l’intervention de l’État a été mis en évidence par la pandémie, au cours de laquelle des milliers de milliards ont été dépensés par les gouvernements (l’État irlandais a dépensé 24,6 milliards d’euros en 2020) pour des mesures liées à la crise Covid, notamment pour le soutien au revenu. Face à une autre urgence de cette ampleur – et de nombreuses autres potentielles se profilent – la capacité des États à réagir de la même manière sera inhibée par ces tendances, surtout avec des gouvernements au pouvoir qui refusent de reprendre les richesses aux milliardaires et aux grandes entreprises.

L’impact sur le climat

Les inégalités dans le monde sont extrêmes et dommageables. Par exemple, plus d’un milliard de personnes vivent dans des bidonvilles, 690 millions souffrent de la faim et 25 000 personnes meurent chaque jour de la faim ou de maladies liées à la faim.

Mais cette inégalité est à l’origine d’autres problèmes, peut-être moins évidents, comme le réchauffement de la planète par la libération de CO2, dont les plus riches sont les principaux responsables. Le rapport constate que les 10% les plus riches sont responsables de près de 50% de l’ensemble des émissions, les 50% les plus pauvres étant responsables de 12%.

Et ces disparités se retrouvent non seulement entre les pays riches et les pays pauvres, mais aussi entre les riches et les pauvres au sein de ces pays. En Europe, les 50% de la population les plus pauvres émettent environ cinq tonnes par an et par personne, tandis que les 10% les plus riches en émettent 29; les 50% les plus pauvres en Asie de l’Est émettent environ trois tonnes, tandis que les 10% les plus riches en émettent 39; et les 50% les plus pauvres en Amérique du Nord émettent environ 10 tonnes, tandis que les 10% les plus riches en émettent 73 tonnes !

Comme le fait remarquer le rapport: «Les grandes inégalités en matière d’émissions suggèrent que les politiques climatiques devraient cibler davantage les pollueurs riches. Jusqu’à présent, les politiques climatiques telles que les taxes sur le carbone ont souvent eu un impact disproportionné sur les groupes à faibles et moyens revenus, tout en laissant inchangées les habitudes de consommation des groupes les plus riches.»

S’emparer de la richesse

Le rapport conclut de toute son analyse que ce qu’il faut, c’est une redistribution des richesses par le biais de «modestes impôts progressifs (…) afin de relever les défis du XXIe siècle», notamment «en matière d’éducation, de santé et de transition écologique.» Concrètement, il suggère un impôt sur la fortune de 1% sur les millionnaires (qui sont 62 millions), ce qui générerait 1,7 trillion de dollars. Il suggère également l’idée d’un impôt unique sur la richesse excédentaire réalisée par les milliardaires en 2020, les 3600 milliards de dollars mentionnés ci-dessus, qui, s’ils étaient consacrés aux soins de santé, «doubleraient presque les dépenses mondiales de santé en un an.»

Ce sont effectivement des propositions modestes, mais si elles sont réellement mises en œuvre, elles pourraient avoir un effet profond sur la vie de la classe ouvrière et des pauvres dans le monde. Le problème, cependant, c’est que même ces propositions modestes ne seront tout simplement pas mises en œuvre par les gouvernements et institutions capitalistes du monde entier. Ceux-ci représentent les intérêts des milliardaires et des grandes entreprises et les protègent précisément de ces politiques. Seul un mouvement organisé et massif de la classe ouvrière dans chaque pays et au niveau international, pourrait forcer une telle redistribution des richesses.

Mais le problème ne réside pas seulement là. Il nous faut des mesures bien plus radicales: il s’agit d’une question de propriété et de contrôle. Cinq mille milliards de dollars supplémentaires entre les mains des régimes capitalistes du monde entier, même s’ils devaient être utilisés pour les services publics, finiraient par revenir aux capitalistes d’une manière ou d’une autre. C’est à cela que servent les États capitalistes.

Ce n’est qu’en prenant le contrôle des richesses par la classe ouvrière et en planifiant démocratiquement leur utilisation pour répondre aux besoins de tous et toutes et de la planète que l’on pourra réellement mettre fin aux inégalités. Une telle alternative socialiste n’est pas seulement possible, elle est nécessaire et urgente – pour le bien de tous les peuples et de la planète. Sur cette question, le rapport n’est pas à la hauteur, mais ses conclusions sont utiles, même si elles ne sont pas particulièrement révélatrices.

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