Des vies volées sur des terres volées

Le vol d’enfants autochtones est l’un des crimes les plus horribles commis par le Canada contre les peuples autochtones. Jusqu’à présent, plus de 1 000 tombes anonymes ont été retrouvées sur les terrains de pensionnats autochtones. Ce nombre continuera d’augmenter jusqu’à ce que les 139 terrains de pensionnats soient fouillés.

Cette nouvelle ajoute au traumatisme vécu par les communautés autochtones. Elle arrive au moment d’une pandémie mondiale qui touche de manière disproportionnée les personnes en situation de pauvreté, les femmes, les personnes de couleur, les personnes autochtones, etc. De plus, la crise climatique croissante, avec sa vague de chaleur mortelle, s’ajoute aux luttes constantes que les autochtones mènent pour défendre leur territoire. Les systèmes qui maintiennent l’État canadien sont des systèmes qui abusent, exploitent et tuent les peuples autochtones. Ces horreurs ne sont ni historiques ni nouvelles. Elles constituent plutôt des injustices continuelles et permanentes dans le but de maintenir le contrôle du territoire pour son exploitation.

Le 1er juillet marque le 154e anniversaire de la confédération et de l’occupation des terres autochtones par l’État canadien. Les peuples autochtones n’ont jamais cessé de résister à la violence du Canada. Ils n’ont jamais capitulé et continueront à défendre leurs territoires et leur souveraineté contre l’expansion industrielle ruineuse et l’État policier qui la protège. L’histoire du Canada reflète les intersections entre le colonialisme, l’impérialisme, le capitalisme, le racisme, la violence policière et la destruction de l’environnement. Toutes les facettes de la société canadienne contemporaine ont une base historique qui se répercute dans les institutions, les politiques, la conscience et la vie quotidienne d’aujourd’hui. Avant le premier contact avec les colonisateurs, les peuples autochtones vivaient dans des sociétés complexes et dynamiques. Leur relation avec la terre transcende la propriété et la possession.

Le colonialisme, l’impérialisme et le capitalisme rejettent catégoriquement tout type de relation avec la terre qui ne soit pas motivée par la marchandisation, l’exploitation et le profit. L’expansion capitaliste exige une croissance sans fin et nécessite des marchés toujours en expansion. Le territoire du Canada était considéré comme inutilisé et prêt à être conquis.

Un génocide légiféré

L’État canadien a fait appel à un ensemble de politiques et de lois couvrant presque tous les aspects de l’existence des Autochtones pour les contrôler et finalement les assimiler. La Loi sur les Indiens est l’un des textes législatifs les plus génocidaires jamais mis en œuvre. Pendant de nombreuses années, elle a interdit aux bandes d’amasser des fonds ou d’avoir accès à des avocats pour faire valoir leurs revendications territoriales. Elle a défini qui était et qui n’était pas un «Indien» au sens de la loi canadienne, sans tenir compte des systèmes de parenté complexes. De nombreuses femmes ainsi que leurs descendants ont perdu leur statut de cette manière. Les systèmes de leadership héréditaire et matriarcal ont été sapés par la mise en place du système de bandes et de conseils. Pour attaquer davantage l’identité autochtone, la Loi a interdit les cérémonies du Potlatch et de la Danse du Soleil. Elle a fini par superviser l’expansion des pensionnats autochtones, en accordant aux églises un soutien financier et politique. Les peuples autochtones ont été déplacés de force sur de petites portions de terre, dépossédés de leurs territoires et de leurs systèmes alimentaires traditionnels, incapables de conserver des relations autosuffisantes et réciproques avec la terre. 

Les systèmes de parenté et de gouvernance autochtones ont été perturbés, obligeant les communautés à devenir dépendantes du système colonial. Cela a entraîné des cycles de pauvreté. L’État canadien ignore intentionnellement la pauvreté, les logements inadéquats et l’absence d’accès à l’eau potable dans certaines réserves (un droit humain fondamental), laissant les communautés dans des situations mortelles. Les peuples autochtones subissent des préjudices disproportionnés causés par des systèmes réactionnaires, punitifs et racistes.

Le gouvernement ne veut pas agir

Les gouvernements ne manquent pas de capacité d’agir. Ils ne veulent tout simplement pas le faire. De nombreuses enquêtes, commissions et projets de recherche fait par le gouvernement lui-même ont conclu que le Canada est coupable de génocide à l’encontre des peuples autochtones et qu’une action immédiate est nécessaire pour préserver et revitaliser la culture et les modes de vie autochtones. Mais les gouvernements s’opposent à tout changement systémique.

L’exploitation des peuples et des terres autochtones est internationale. Elle détruit les communautés, la culture, la langue et nous rapproche chaque année de la catastrophe climatique. Avec les feux de forêts massifs et les changements de températures à grande échelle, la catastrophe est déjà là. Cette année, le nord-ouest du Pacifique a été frappé par une vague de chaleur sans précédent qui a tué plus de 600 personnes rien qu’en Colombie-Britannique. L’incendie tragique de la ville de Lytton a entraîné le déplacement de milliers de personnes. La chaleur a certainement été un accélérateur, mais les lignes ferroviaires qui traversent le territoire ont longtemps été un problème soulevé par la communauté. Elle a invoqué le danger imminent d’étincelles pouvant provoquer un incendie. Cinq jours seulement après l’incendie, les trains circulaient au sud de Lytton.

Nous ne pouvons pas analyser les changements climatiques sans tenir compte du système capitaliste faisant toujours passer les profits avant les gens. Les changements climatiques touchent d’abord les Autochtones et les personnes à faible revenu. Les risques liés à l’exploitation industrielle sont non seulement extrêmement élevés, mais les fuites, les déversements ou simplement les conséquences attendues des projets à forte émission de carbone ont un impact mondial.

La lutte est internationale

Parce que cette oppression et cette exploitation sont internationales, notre lutte contre elles doit aussi l’être. Aucun changement visant à transformer ce système ne peut perdurer longtemps s’il demeure isolé. «Même sans leadership, les luttes spontanées peuvent remporter des victoires temporaires, ou forcer la classe dirigeante à faire des concessions partielles», affirme l’Alternative socialiste internationale. «Mais une telle spontanéité finira par rencontrer des limites, et les concessions pourront être réduites si ces mouvements ne sont pas capables de se hisser à un niveau plus élevé et mieux organisé, comprenant l’adoption d’un programme qui va au-delà de la logique du capitalisme.» 

Ce n’est qu’en coopération avec les luttes autochtones internationales, les luttes des femmes, les luttes des travailleurs et travailleuses, la lutte contre le racisme et d’autres mouvements que nous pourrons défier le système qui menace de détruire les conditions de vie sur cette planète et assister à la restitution des terres aux peuples autochtones. Sur cette base, nous pouvons lutter pour un programme révolutionnaire clair qui inclut la protection du territoire et des peuples ainsi que la fin de l’oppression systémique des peuples autochtones. Cela signifie démanteler complètement le capitalisme, l’État fédéral canadien et son impérialisme, et les remplacer par un système socialiste qui soutient les peuples et la planète.

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