Jérusalem à nouveau en feu : que se passe-t-il vraiment à Jérusalem-Est et à Sheikh Jarrah?

Vendredi soir, après la prière du ramadan, la police a fait irruption dans la mosquée al-Aqsa. Elle y a tiré des grenades assourdissantes et des balles en caoutchouc sur des centaines de Palestiniens. Les manifestations se sont poursuivies en parallèle dans la nuit à Sheikh Jarrah, un quartier de Jérusalem-Est, ainsi qu’à la porte de Damas. Les personnes prenant part à la contestation ont fait face à une répression extrême de la part de l’État. 205 Palestiniens et Palestiniennes ont été blessé·es, la plupart à al-Aqsa. 45 des personnes blessées ont subi des blessures à la tête causées par les balles en caoutchouc et deux ont été grièvement blessées. Du côté de la police, on compte 18 blessés (légers pour la plupart). On n’avait pas vu une telle violence à Jérusalem-Est depuis 2017.

La police a tenté d’empêcher des milliers de musulmans et musulmanes de participer aux prières de la Nuit du Destin (l’une des dernières nuits du ramadan), qui rassemblent chaque année 200 000 fidèles à al-Aqsa. Plus tôt dans la semaine, Tsahal avait abattu un Palestinien de 16 ans lors d’une manifestation. Le même jour, on a déploré le décès d’un Israélien de 19 ans qui s’était fait tirer dessus par un Palestinien. Une heure avant le début des émeutes à al-Aqsa, une grenade assourdissante tirée par un soldat israélien a explosé à proximité d’une petite fille. Ce ne sont là que quelques exemples de la dernière série de provocations nationalistes de la part de l’État israélien.

Tranchant avec l’approche adoptée ces dernières années, la police et l’armée ont eu l’arrogance de vouloir empêcher les jeunes Palestiniens et Palestiniennes de se rassembler à la porte de Damas. La police a tenté d’empêcher l’accès à la zone par la force, en recourant à des clôtures, des barrages, des arrestations, des autopompes, des grenades assourdissantes et en faisant appel à la police montée. Mais la détermination des manifestants et manifestantes a contraint la police à les laisser entrer. Cela illustre de nouveau l’intensification de la répression à Jérusalem-Est, dans le contexte d’un ramadan particulièrement difficile, du fait de la crise sanitaire et de l’aggravation de la pauvreté et du chômage causées par la Covid dans les territoires occupés, particulièrement à Jérusalem-Est.

Une fois les barricades de la porte de Damas abattues par les manifestants et manifestantes, le quartier de Sheikh Jarrah est devenu le point focal de la résistance à Jérusalem-Est. Mohammed Abou Houmous, militant palestinien bien connu, a expliqué lors d’une manifestation dans la région que «la victoire [à la porte de Damas] a donné le pouvoir aux jeunes, qui ont vu qu’ils et elles pouvaient obtenir des résultats ; maintenant, ils et elles iront partout où l’occupation est présente, comme ici.»

Les manifestations de Sheikh Jarrah sont passées à la vitesse supérieure, se muant en une lutte contre les expulsions de familles palestiniennes pauvres et contre la prise de contrôle du quartier par les colons juifs. Des Palestiniens et Palestiniennes de tout le pays sont venu·es manifester, tout en aidant les familles du quartier à organiser les repas de rupture du jeûne. En guise de réponse, la police a intensifié la répression. Les fêtes et les manifestations ont été interrompues par la force, ce qui s’est presque toujours terminé par des blessures. Mardi, on a fait état d’une arrestation rappelant celle de George Floyd : un policier qui appuyait sa jambe sur le cou d’un manifestant, qui criait qu’il ne pouvait pas respirer. La violence policière s’est accompagnée de provocations de la part de l’extrême droite ; au même moment, la maire adjointe de Jérusalem exprimait son souhait qu’Abou Houmous reçoive une balle dans la tête.

Itamar Ben Gvir, un député israélien d’extrême droite nouvellement élu, a installé une tente à Sheikh Jarrah, en face des maisons des familles menacées d’expulsion, affirmant qu’il s’agit de son nouveau «bureau parlementaire». Ses partisans ont attaqué des Palestiniens pendant le repas de rupture du jeûne, et la voiture d’un colon a été incendiée, ce à quoi les colons ont riposté par des tirs sur les Palestiniens. Bien entendu, Ben Gvir n’a pas été le moins du monde inquiété par les forces de l’ordre, contrairement aux députés et députées venu·es dans le quartier en solidarité aux familles, qui ont été violemment arrêté·es.

Les manifestations à Jérusalem-Est font suite à l’annulation des élections au Parlement palestinien. Sous la dictature de l’occupation en Cisjordanie, on a vu émerger la sous-dictature de l’Autorité nationale palestinienne. Les dernières élections ont eu lieu il y a 15 ans ; depuis, elles sont systématiquement reportées. 51% de la population palestinienne considère l’Autorité comme un fardeau plutôt qu’un atout. Afin de maintenir l’occupation de la ville, le gouvernement Netanyahou a décidé de ne pas permettre aux citoyens et citoyennes de Jérusalem-Est de participer aux élections pour l’Autorité palestinienne.

Lundi, l’État d’Israël célébrera l’anniversaire de l’occupation de Jérusalem-Est. L’extrême droite organise une marche provocatrice qui traversera le quartier musulman de la vieille ville, la Marche des drapeaux, événement annuel toujours accompagné du slogan «Mort aux Arabes» et de violentes tentatives d’agression. Des contre-manifestations sont en train d’être organisées. En même temps, la Cour suprême israélienne devait examiner l’appel par les familles du Sheikh Jarrah contre leur ordre d’expulsion. À la demande du procureur général, ce procès a été reporté.

Après la récente manifestation, un grand nombre de jeunes Palestiniens et Palestiniennes estiment que la lutte peut permettre d’obtenir des victoires contre le régime d’occupation. Pour barrer la voie à l’extrême droite, et pour empêcher les expulsions à Sheikh Jarrah, la lutte doit être élargie et organisée à une échelle de masse. Des comités d’action démocratiques pourraient être mis en place pour assurer l’autodéfense des Palestiniens et des Palestiniennes et pour appeler à la solidarité des travailleurs, des travailleuses et des jeunes israéliens et israéliennes, afin de mener une lutte commune pour le bien-être, le logement et l’emploi, et contre les discriminations ; pour la fin de l’occupation; et pour l’autodétermination et une paix réelle, fondée sur l’égalité et sur la transformation socialiste de la société.

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