Après le meurtre de Sarah Everard : luttons contre les féminicides et la violence sexiste!

Le weekend dernier, une manifestation pacifique a eu lieu suite à la mort de Sarah Everard au Royaume Uni. Elle a été assassinée et il n’y a eu pratiquement aucune réaction de la part de la police. Cette manifestation pacifique a de manière parfaitement scandaleuse été la cible de la répression policière. Les organisateurs ont été arrêtés tout simplement pour avoir exercé leur droit de manifester. La colère contre ce féminicide et contre la violence policière va se poursuivre. Voici une première réaction de Sue Berry, membre de notre organisation-sœur en Angleterre, Pays de Galles et Ecosse, Socialist Alternative.

Le meurtre de Sarah Everard est une tragédie – pour sa famille et ses amis, la communauté locale, et pour toutes celles et ceux qui s’opposent à l’oppression et à la violence. Socialist Alternative envoie ses sympathies et sa solidarité à toutes celles et ceux qui connaissaient Sarah, et à toutes celles et ceux qui sont ébranlés par les révélations de ces derniers jours.

Le chagrin s’est accompagné, à juste titre, de la colère – contre l’auteur de l’agression, contre le victim-blaming de la police (qui a conseillé aux femmes vivant près de l’endroit où Sarah a disparu de ne pas sortir seules), et contre une société qui propage la violence contre les femmes.

Les réseaux sociaux ont été inondés de témoignages de femmes partageant leurs propres histoires d’agression sexuelle et dénonçant les mythes sur la violence de genre qui persistent contrairement à toutes les constatations que ces mythes sont bien évidemment non fondés. Un cri collectif se fait entendre : nous en avons assez ! Nous ne pouvons pas permettre que l’histoire de Sarah devienne une statistique de plus. Nous devons nous battre pour que justice soit rendue à Sarah et, en même temps, nous interroger sur le type de société qui peut offrir une sécurité et une liberté véritables aux femmes et aux personnes au genre non conforme.

On ne peut pas compter sur les partis politiques en place

Ce qui ressort des réponses des politiciens capitalistes de tous les partis, c’est que nous ne pouvons pas compter sur eux pour résoudre le problème de la violence sexiste. Malgré sa déclaration de sympathie, le Premier ministre Boris Johnson a un long passé de commentaires misogynes, et a été accusé d’agression sexuelle contre une journaliste. Au sein de son propre gouvernement, un ancien ministre accusé de viol, d’agression sexuelle et de contrôle coercitif en 2020 n’a jamais été suspendu.

La réponse de Keir Starmer (chef de l’opposition travailliste) a été de demander un plus grand nombre de policiers dans les rues, une déclaration particulièrement irréfléchie étant donné que l’homme accusé de ce crime est un policier en service. Starmer était à la tête du Crown Prosecution Service (« Service des poursuites judiciaires de la Couronne ») lorsque la décision a été prise de ne pas poursuivre le prédateur sexuel Jimmy Savile au motif que les preuves étaient insuffisantes…

Le sexisme endémique au sein de la police

Nous ne pouvons pas non plus compter sur la police elle-même. Le sexisme systémique, ainsi que le racisme et l’homophobie, sont bien documentés dans la police. L’année dernière encore, deux officiers de la police métropolitaine ont été suspendus après avoir posé en faisant des selfies avec les cadavres des victimes Nicole Smallman et Bibaa Henry. Mina Smallman, mère de Nicole et Bibaa, a déclaré : « C’est un exemple de la toxicité de la situation au sein de la police : ces policiers se sentaient tellement en sécurité, tellement intouchables, qu’ils pensaient pouvoir prendre des photos de jeunes filles noires mortes et les envoyer à d’autres. Cela en dit long sur la mentalité qui règne au sein de la police métropolitaine (Met). »

Au sein de la Met, entre 2012 et 2018, 594 plaintes pour des infractions sexuelles ont été déposées contre le personnel de la police, dont 119 seulement ont été retenues. L’Office indépendant pour la conduite de la police enquête sur des plaintes selon lesquelles des accusations d’attentat à la pudeur contre le policier arrêté n’ont pas été traitées correctement. Cet environnement toxique ne protège non seulement pas le personnel féminin des forces de police, mais aussi les membres du public.

L’approche sécuritaire est insuffisante : il faut lutter contre ce système sexiste !

Nous soutenons toutes les mesures qui contribuent à ce que les femmes se sentent en sécurité. Par exemple, un éclairage abondant et bien entretenu des lieux publics. Les personnes en colère après le meurtre de Sarah (et les arrestations durant la veillée) doivent continuer à s’organiser et à discuter ensemble pour lutter en faveur de ces mesures urgentes.

Mais ce n’est pas suffisant. Nous savons que Sarah a  fait tout ce qu’il fallait : elle a emprunté un itinéraire très fréquenté, elle a passé un coup de fil et a fait savoir aux gens où elle allait et quand elle rentrerait. Mais cela n’a pas empêché la violente attaque qui lui a coûté la vie. Près de 80% des femmes tuées par des hommes au Royaume-Uni étaient victimes de leur partenaire et ont été tuées dans leur propre maison. Les mesures de sécurité ne les auraient pas protégées.

La violence de genre est intrinsèquement liée au capitalisme. Les idées misogynes qui justifient l’oppression des femmes sont normalisées et propagées dans toute la société, notamment par les médias, l’éducation, la publicité, la culture populaire et au sein des familles. Le capitalisme repose sur l’oppression des femmes – il ne peut exister sans elle. Pour mettre fin à l’oppression des femmes, nous avons besoin d’un changement de système fondamental. Nous devons construire un mouvement de masse contre l’oppression de genre et le système qui la perpétue.

La misogynie existe dans le monde entier, s’y opposer exige un mouvement international. Ces derniers mois, nous avons assisté à des manifestations pour le droit à l’avortement en Pologne, à une grève des femmes en Russie contre l’arrestation de militantes féministes et à d’immenses marches en Inde contre le viol et la violence envers les femmes. Les membres de Socialist Alternative et les diverses section d’Alternative Socialiste Internationale (qui est à la base du réseau international ROSA) ont participé activement à ces luttes et se battent pour un monde démocratique et socialiste débarrassé de la violence et de l’oppression.

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