Pays-Bas : Le SP dissout son organisation de jeunesse

Lors du conseil du parti de gauche Socialistich Partij du 4 décembre dernier, le parti a décidé de dissoudre son organisation de jeunesse, Rood (Rouge). Heureusement, l’organisation de jeunesse a refusé d’accepter cette décision et continue à s’organiser et à riposter. Rood mérite tout notre soutien dans cette entreprise!

Une importante minorité de 30% du conseil du parti, la plus haute autorité du SP, a voté contre les propositions de la direction du parti. Cela reflète le large mécontentement que suscite la ligne de conduite de la direction du parti contre Rood.

Concrètement, il a été décidé au conseil du parti de confirmer la suspension de tout soutien à Rood et de créer une nouvelle organisation de jeunesse via les sections, sous la direction d’un secrétaire de la jeunesse. Il ne faut pas se faire d’illusion : la direction du parti va essayer de faire passer ce travail de jeunesse sous le contrôle total de l’appareil du parti. Un comité a également été mis en place pour enquêter sur les problèmes entre le SP et Rood ainsi que sur la manière de procéder. Il publiera un rapport final le 1er mai. Nous ne devons pas nous faire d’illusions à ce sujet non plus : le but réel de la commission est d’étudier comment empêcher la radicalisation de l’organisation de jeunesse. Ce ne serait possible qu’en plaçant ces jeunes sur une île déserte… Ce ne sont pas les “communistes de salon” qui radicalisent les jeunes, c’est la crise profonde du capitalisme à laquelle ils sont confrontés !

Qui sont les vrais infiltrés ?

La présidente du parti, Jannie Visscher, a déclaré : «Nous ne sommes pas fous. Nous ne laisserons pas les communistes s’emparer de notre organisation de jeunesse». Pour le prouver, tout un dossier de près de 200 pages, parfois obtenu de façon suspecte, a été produit pour prouver que la Plateforme Communiste a infiltré le SP et tente de gagner la jeunesse à sa cause. Cette soi-disant «fiche d’information» remonte même à la création du Comité pour une Internationale Ouvrière (CIO) – notre Internationale qui s’appelle aujourd’hui Alternative Socialiste Internationale (ASI) – en 1974! Cette liste comprend plusieurs documents concernant Offensief, le précurseur de Socialistisch Alternatief, la section d’ASI aux Pays-Bas. Offensief et Socialistisch Alternatief n’ont jamais été impliqués dans la création ou le fonctionnement de la Plate-forme Communiste. Mais le même argument d’être des «infiltrés» a été utilisé pour nous expulser.

Nous avons rejoint le SP parce que nous considérions qu’il disposait d’un énorme potentiel après que le Parti travailliste (PvdA) ait été détourné par des carriéristes qui ont transformé ce qui était autrefois le grand parti des travailleurs en une organisation pro-capitaliste qui a appliqué d’énormes coupes budgétaires lorsqu’il était au gouvernement. Nous avons reconnu la possibilité que le SP puisse reprendre le rôle historique joué par le Pvda et se développer en un nouveau parti de masse des travailleurs. En tant que membre du mouvement ouvrier, nous estimions devoir être là où les travailleurs s’organisent en tant que travailleurs. En raison de son virage spectaculaire vers la droite à partir du début des années 1990, ce n’était plus le cas au sein du PvdA dans lequel nous étions actifs.

Les idées du marxisme sont au cœur du mouvement ouvrier. Cela vaut pour le mouvement syndical, l’ancienne social-démocratie, mais aussi pour le SP (quoique de façon déformée, avec des illusions envers le maoïsme). Ce ne sont pas les marxistes, mais celles et ceux qui veulent simplement réformer le capitalisme, à l’instar de l’actuelle direction du SP, qui ont détourné le mouvement ouvrier et notre parti ! Ils ont, dans une large mesure, dilapidé le potentiel dont disposait le SP et l’ont conduit dans une impasse pour devenir une sorte de Pvda 2.0. Ils n’ont rien appris des erreurs commises par le Pvda. Le SP et Rood n’ont pas été construits par ses infatigables membres pour devenir une nouvelle version du PvdA, mais pour lutter pour une société socialiste. Le marxisme offre un instrument irremplaçable pour cela.

Nous ne sommes pas d’accord avec toutes les positions et méthodes de la Plateforme Communiste, mais bien sûr nous défendons leur droit d’être présents en tant que groupe organisé au sein du SP. Nous sommes toujours prêts à coopérer avec d’autres forces de gauche et nous sommes en faveur d’un SP pluraliste où un espace existe pour les diverses tendances de gauche. Il est parfaitement justifié et logique que les mouvements marxistes fassent partie du SP.

Y aura-t-il une scission ?

Le mécontentement est généralisé au sein du parti et, malheureusement, de nombreux membres s’enfuient par colère. Diverses initiatives ont été prises pour lutter pour la démocratisation du SP : une pétition contre la chasse aux sorcières et une pétition pour défendre Rood. Le congrès du SP sur le programme électoral aura lieu d’ici peu pour tenter d’également discuter de la démocratisation. Enfin et surtout, Rood est en train de reconstruire ses structures et de lutter pour sa réintégration en tant qu’organisation de jeunesse du SP.

Socialistisch Alternatief soutient de tout cœur toutes ces initiatives. Nous devons nous battre pour démocratiser le SP. Ce combat est également nécessaire pour maintenir ensemble les jeunes de Rood et la gauche ainsi que pour les consolider davantage.

Mais nous devons également examiner les raisons politiques subjacentes et évaluer le rapport de forces. Il ne s’agit pas seulement d’une bataille sur la démocratisation, mais sur la direction politique du SP. Le SP doit-il poursuivre son chemin vers toujours plus de parlementarisme, dans le seul but d’obtenir une participation au gouvernement et de gérer le capitalisme de façon plus «sociale»? Ou bien va-t-il devenir une force combative, axée sur la construction de mouvements de masse, non seulement pour lutter pour des réformes, mais aussi pour promouvoir des changements socialistes fondamentaux?

Malheureusement, la direction du SP privilégie de plus en plus la première, et nous estimons qu’elle est prête à aller très loin pour y parvenir : si nécessaire, en chassant toutes les forces de gauche organisées du parti, ou en les faisant partir d’elles-mêmes par la démoralisation. Ils pensent qu’il serait préférable d’avoir un parti avec la moitié du nombre actuel de membres, ce qui leur permettrait de rejoindre une coalition, plutôt que d’avoir un parti de 31.000 membres avec une gauche forte qui les en empêche. Ils ont une grande expérience de la répression ou du harcèlement des forces d’opposition. Les structures du SP sont conçues de telle manière qu’il n’est pas facile de gagner une majorité contre la direction du parti. De plus, la direction du parti a les médias établis de son côté.

Nous devons donc tenir compte de différents scénarios. Il serait bien sûr extrêmement positif de gagner la lutte pour la démocratisation et pour Rood. Cependant, nous devons également garder à l’esprit la possibilité qu’à long terme, ce combat risque d’épuiser et de démoraliser les forces de gauche, ou que la direction du SP nous oblige à rompre par le moyen de nouvelles attaques.

C’est pourquoi nous pensons que Rood et la gauche doivent non seulement se battre pour la démocratisation du SP, mais doivent en même temps se préparer à une existence indépendante. Une organisation de jeunesse indépendante, ou une nouvelle formation à gauche du SP, serait, bien sûr, confrontée à des défis considérables, comme celui d’assurer son indépendance financière. En même temps, une organisation de jeunesse indépendante ou une nouvelle formation de gauche pourrait être un pôle d’attraction pour la radicalisation des jeunes et des travailleurs, pour lesquels le SP n’est actuellement pas du tout attractif. Rood pourrait désormais lancer des actions et des campagnes en direction des jeunes, rejoindre les mouvements de protestation là où ils se manifestent et, pour financer ce travail, commencer à demander des cotisations aux membres de Rood et lancer une grande campagne de soutien financier destinée aux membres du SP et à d’autres sympathisants.

À notre avis, il est toujours nécessaire, même s’il s’effondre, de maintenir une orientation vers le SP. Le SP compte encore 31 000 membres, dont de nombreux travailleurs, socialistes et membres de la gauche critique. Nous devons toujours essayer de ne pas perdre le contact avec eux.

Nous vivons une période tumultueuse de crise profonde du capitalisme qui voit de plus en plus de jeunes et de travailleurs chercher une alternative à ce système pourri. En même temps, la crise profonde du système rend impossible une voie intermédiaire : soit vous êtes prêt à rompre avec le capitalisme, soit vous suivez sa logique. Ces contradictions se reflètent dans la crise du SP. Socialistisch Alternatief se bat à l’intérieur et à l’extérieur du SP pour une société socialiste, aux Pays-Bas et au niveau international. Que vous soyez ou non membre du SP, si vous voulez vous battre avec nous pour une alternative socialiste, rejoignez-nous!

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