Après Trump… La menace de l’extrême droite n’a pas disparu, au contraire!

Le 14 novembre, 10 000 partisans de Trump ont traversé Washington DC pour protester contre ce qu’ils estiment être une fraude électorale. Parmi les manifestants, tout un patchwork de groupes d’extrême droite et de partisans des théories du complot, avec notamment le groupe QAnon.

Polarisation et radicalisation

Le changement d’atmosphère aux États-Unis se fait essentiellement vers la gauche. Le mouvement Black Lives Matter de l’été dernier l’a illustré, tout comme le soutien populaire de revendications telles qu’un système universel de soins de santé ou le flot de nouvelles affiliations syndicales. Mais à l’autre bout de cette polarisation, les idées réactionnaires s’enracinent dans une partie de la société. Une couche beaucoup plus restreinte, mais croissante, de la population est attirée par l’extrême droite. Les forces de l’extrême droite aux États-Unis sont plus importantes, plus visibles et plus sûres d’elles qu’elles ne l’ont été depuis de nombreuses décennies. Alors que le système s’enfonce dans la crise, l’extrême droite peut se développer encore plus. C’est certainement le cas si aucune alternative de gauche ne lui est opposée.

Trump a réussi à remporter les élections de 2016 grâce à l’aversion pour la politique d’Obama et de Biden. Malgré une façade progressiste d’«espoir et de changement», ce régime suivait servilement le programme des grandes entreprises. La «reprise» économique après 2008 n’a été ressentie que par les milliardaires et les grandes entreprises. Les banques ont été sauvées, mais les gens ont été expulsés de leur logement. La poursuite des guerres au Proche-Orient continue d’alimenter l’islamophobie. Face à Trump, les Démocrates ont placé Hillary Clinton en 2016, l’une des figures de proue de l’establishment.

L’extrême droite s’est développée aux États-Unis ces dernières années. Le Southern Poverty Law Center a dressé la carte des groupes suprémacistes blancs : leur nombre a augmenté de 55%, passant de 100 en 2017 à 155 en 2019. La violence de l’extrême droite a cru et provoqué des dizaines de morts. En même temps, il faut noter que l’extrême droite américaine est loin d’atteindre la force que le Ku Klux Klan (KKK) avait à son apogée. Dans les années 1920, le KKK comptait entre trois et six millions de membres !

Face à la violence de l’extrême droite, la riposte a souvent été massive. Après l’assassinat d’une antifasciste à Charlottesville en 2017, de grandes manifestations ont eu lieu. Un cortège de 40 000 personnes a empêché une manifestation d’extrême droite de se dérouler. Si l’extrême droite n’a pas pu dominer les rues après les élections de novembre 2020, c’est aussi en raison des mobilisations de masse pour exiger que tous les votes soient comptés et pour empêcher que Trump ne vole les élections. Dans toutes ces mobilisations, on a pu constater que non seulement le Parti démocrate ne prenait pas l’initiative, mais qu’il lui était souvent hostile.

QAnon et les Proud Boys

Trump a utilisé la désinformation et l’a amplifiée. C’est allé si loin que des médias sociaux comme Twitter et Facebook ont publié des alertes sur les messages du président. La méfiance à l’égard des médias établis (qui est justifiée) a été instrumentalisée pour renforcer la campagne de Trump, non seulement par le biais de médias «alternatifs» de droite comme Breitbart, qui était dirigé par Steve Bannon, mais aussi par toutes sortes de réseaux sociaux.

QAnon est une mouvance populaire reposant sur les théories conspirationnistes populaires. Le nom fait référence à un compte anonyme «Q» selon lequel une guerre secrète a lieu entre Donald Trump et les élites de «l’État profond» qui commettraient des crimes pédophiles et sataniques. Cette mouvance a également des partisans en Belgique, notamment Eva Rollier, du Vlaams Belang à Zoutleeuw. Même des figures dirigeantes du VB comme le député européen Gerolf Annemans et le président du VB, Van Grieken y ont fait référence dans leurs tweets. A Liège, des drapeaux QAnon ont été vus à un petit rassemblement anti-masques.

Certains vont plus loin et s’organisent en milices d’extrême droite, comme les «Proud Boys». Cette milice, dont seuls les hommes peuvent devenir membres, a été impliquée dans des actes de violence et d’intimidation contre des opposants de Trump, qui leur a en retour offert un soutien explicite. La violence de l’extrême droite aux États-Unis pose un problème plus large. En 2018, les violences commises par les extrémistes ont tué au moins 50 personnes ; dans la grande majorité des cas, les auteurs étaient des militants d’extrême droite. Selon le Comité antiterroriste du Conseil de sécurité des Nations unies, le terrorisme d’extrême droite a augmenté de 320 % dans le monde entier au cours des cinq années précédant 2020. En Europe, l’extrême droite est responsable du plus grand nombre d’attentats (ou de tentatives d’attentats). Dans notre pays, 3 000 personnes sont connues de la police en raison de leur extrémisme de droite.

Comment riposter?

La crise du système capitaliste ouvre un espace à l’extrême droite. La meilleure manière de l’empêcher de dominer les rues, c’est la mobilisation de masse. Quand l’extrême droite a les coudées franches, ses premières victimes sont ses opposants, au premier rang desquels le mouvement ouvrier. Nous ne devons ni compter ni nous reposer sur l’establishment capitaliste ou l’État. Nous devons organiser les travailleurs et les jeunes et faire usage de notre force collective. Cela ne suffira toutefois pas à stopper l’extrême droite : dans nos actions, nous devons défendre une alternative au capitalisme, afin que la méfiance et l’aversion justifiées envers le capitalisme ne soient pas instrumentalisées par des forces de droite réactionnaires. La seule solution à long terme est de mettre un terme à ce système insensé.

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