USA : Des élections dans un contexte de crise sans précédent

Plusieurs scénarios sont ouverts : une victoire de Biden de manière suffisamment convaincante pour que Trump se limiter à protester sur Twitter et à encourager les milices d’extrême droite à agir dans la rue, un résultat contesté où Trump utilise toutes les procédures et manœuvres imaginables pour voler les élections, ou bien une victoire de Trump. Quoi qu’il en soit, une chose est certaine : la politique américaine est en crise profonde. La classe ouvrière a besoin de son propre instrument politique pour y faire face.

Une crise sans précédent

Il est impossible de comprendre l’état actuel de la politique américaine sans regarder l’état désastreux du capitalisme dans ce pays. Les États-Unis se sont plongés dans la deuxième vague de la pandémie alors que la première faisait toujours ses dégâts. Il y a plus de 7,5 millions de contaminations confirmées et 210 000 personnes décédées. Cela est principalement dû à l’aveuglement criminel de Trump : 200 000 personnes supplémentaires pourraient encore mourir avant la fin de la pandémie. Le tragique bilan serait alors proche de celui des pertes américaines pendant la Seconde Guerre mondiale.

La pandémie a accéléré le développement de la crise économique qui est devenue le plus grand effondrement économique depuis la Grande Dépression. Les niveaux de chômage officiels ne racontent pas toute l’histoire. Les données plus larges du Bureau of Labor Statistics montrent que le taux de chômage réel est de 12,8%. C’est beaucoup moins que les 22,8% d’avril, mais cela reste désastreux. Des millions de personnes ont reçu une allocation de 600 dollars par mois, mais elle a pris fin en juillet. De nombreuses personnes doivent s’endetter pour payer leur loyer. Si nous n’assistons pas encore à des expulsions massives, c’est tout simplement parce qu’elles sont temporairement interdites.

La récession est de plus en plus décrite comme une récession «en forme de K», ce qui signifie que les classes riches et moyennes supérieures s’en sortent encore mieux qu’avant, tandis que le reste de la situation de la population continue de s’appauvrir. Alors que les États-Unis sont censés être le pays le plus riche au monde, on estime qu’un tiers des enfants est confronté à l’insécurité alimentaire. Le Covid-19 et la crise économique ont affecté de manière disproportionnée la classe ouvrière noire et latino. Les femmes ont également été durement touchées par les licenciements, tandis que nombre d’entre elles ont été contraintes de quitter leur emploi pour rester à la maison et s’occuper de leurs enfants et des cours en ligne. Les jeunes voient leurs perspectives d’avenir s’effondrer. En juillet, un rapport du Centers for Disease Control des États-Unis a estimé qu’un jeune adulte sur quatre, âgé de 18 à 24 ans, avait envisagé de se suicider durant le mois précédent.

Tout cela a ajouté à la nature explosive du soulèvement contre le racisme à la suite du meurtre de George Floyd par la police, fin mai. Mais alors que la plus grande vague de manifestations de l’histoire américaine a eu un effet positif sur la conscience, l’absence de structure démocratique, de direction et de programme clair du mouvement a laissé à l’establishment pourri – qu’il soit républicain au niveau national et démocrate dans les grandes villes – une opportunité de ressaisir. À Minneapolis, où a commencé le soulèvement, le conseil municipal est rapidement revenu sur sa promesse de réforme radicale de la police. L’extrême droite a également commencé à s’affirmer avec la bénédiction de Trump.

A cela s’ajoutent les incendies de forêt qui se sont étendus de la Californie à l’État de Washington, soulignant à nouveau qu’en plus de la pandémie et de la dépression économique, nous sommes également confrontés à une catastrophe climatique. Cette crise, avec les deux autres, résulte du fonctionnement du système capitaliste malade.

Voilà quelle était la situation alors que élections présidentielles entraient dans leur phase finale. Une situation explosive.

Réagir avec un nouveau parti

Vaincre la politique dominée par les grandes entreprises implique de construire un nouveau parti complètement distinct et indépendant de la direction du Parti démocrate, un parti aux véritables structures démocratiques et disposant d’un programme axé sur les besoins de la classe ouvrière. L’idée du «moindre mal» a perdu de sa substance avec le discrédit du Parti démocrate et la faiblesse de Joe Biden. Si Biden l’emporte, ce sera une présidence très faible confrontée à la pire crise économique et sociale depuis les années 1930.

En 2016, nous avions appelé Bernie Sanders à transformer sa campagne pour former l’embryon d’un nouveau parti de gauche, mais il a complètement raté cette opportunité historique en 2016 et à nouveau cette année. Le Parti vert se présente aux élections présidentielles depuis les années 1990 avec des candidats comme Ralph Nader et Jill Stein. Ce parti s’est clairement positionné à la gauche des partis verts européens. Malgré des meetings de masse, notamment avec les campagnes de Nader, le Parti vert n’a pas réussi à devenir un facteur dans les luttes sociales. Pendant les mouvements de grève historiques de ces dernières années ou lors des manifestations de Black Lives Matter et même dans le mouvement pour le climat, le Parti Vert était largement absent. Une force purement électorale ne suffira pas à vaincre la classe des milliardaires. Mais son candidat actuel, Howie Hawkins, un socialiste autoproclamé ayant un passé de syndicaliste, est le plus crédible de tous ceux que le Parti vert a défendu. Nos camarades de Socialist Alternative appellent donc à voter pour Hawkins.

La raison fondamentale pour laquelle les mouvements sociaux de ces dernières années n’ont pas réussi à imposer un changement à grande échelle est l’absence d’organisations combatives de masse aux États-Unis. La création d’un nouveau parti politique de masse changerait cela. Il pourrait abriter en sons sein des mouvements tels que Black Lives Matter, le mouvement ouvrier et toute lutte sociale contre l’exploitation et l’oppression. Chaque vote en faveur de Howie Hawkins peut renforcer cette perspective.

Les gigantesques défis posés par la crise profonde du capitalisme américain ne seront pas résolus par les élections. Il faudra lutter à travers un mouvement social conséquent disposant d’une structure organisée et démocratique. Pour remporter des victoires substantielles, la lutte doit bénéficier de son expression politique indépendante.

Pour garantir des soins de santé accessibles à tous, nous nous heurterons au secteur privé de l’assurance et aux politiciens qui la défendent. Pour parvenir à un Green New Deal sérieux, nous devrons nationaliser les grandes entreprises énergétiques et reconstruire le secteur sous le contrôle démocratique et la gestion des travailleurs. La classe des milliardaires ne contribuera financièrement de manière volontaire à la collectivité pour financer des logements abordables. Toutes nos revendications ont besoin d’un mouvement qui établisse un rapport de force et défende une société qui place les besoins de l’humanité avant le profit. Cela apporterait une contribution vitale à la construction d’un nouveau parti ouvrier.

Le rôle des socialistes révolutionnaires

Socialist Alternative démontre à Seattle qu’il est possible de remporter des élections avec un candidat socialiste. Mais aussi comment une lutte sérieusement construite peut mener à des victoires majeures, telles que l’instauration d’un salaire minimum de 15 dollars de l’heure ou la Taxe Amazon sur les grandes entreprises. Socialist Alternative n’estime pas pouvoir construire à elle seule un nouveau parti des travailleurs de masse, mais son énergie, ses analyses et son argumentation politique peuvent aider à faire avancer le processus. Un nouveau parti exigera des forces beaucoup plus larges, mais de petits groupes socialistes peuvent jouer un rôle important.

Au XXe siècle, il y avaient des partis ouvriers de masse avec une base solide dans plusieurs pays. Des réformes sociales ont été arrachées en faveur de la classe ouvrière. Surtout en Europe occidentale, pendant le long boom économique d’après-guerre et avec la crainte de l’Union soviétique, les capitalistes ont fait des concessions majeures aux mouvements de masse et aux partis ouvriers. Ils l’ont fait pour empêcher la révolution et préserver le capitalisme. Les dirigeants des principaux partis réformistes ont approuvé cet arrangement. Aujourd’hui, nous sommes dans une situation différente. Les nouveaux partis de gauche comme Syriza en Grèce sont testés beaucoup plus rapidement et tombent à la poubelle s’ils ne passent pas l’épreuve avec succès. Même pour des réformes limitées, ils se heurtent à une résistance capitaliste qui ne peut être brisée que par une lutte de masse et un programme de changement social.

Un nouveau parti de gauche aura besoin d’un programme socialiste clair et d’une direction marxiste. En tirant les leçons du mouvement ouvrier international et de son histoire, un mouvement marxiste fort peut montrer la voie dans les luttes qui se déroulent ici et maintenant.

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