Grèce : occupations d’écoles contre le manque de mesures sanitaires

Moins de deux semaines après la rentrée des classes en Grèce, 94 écoles et classes ont dû fermer à cause de l’augmentation des cas positifs en COVID 19. Ceci illustre de manière plus qu’évidente que le Ministère de l’Education n’a pas été préparé à faire face à la situation et n’a pas pris de mesures sérieuses.

Des mesures insuffisantes de la part du Ministère de l’Education

Pendant la période qui a précédé à la rentrée, le gouvernement et ses collaborateurs ont présenté toute une série de justifications et d’arguments sans base scientifique au sujet de la crise sanitaire. Au départ c’était les graphiques irrationnels du virologue Gkikas Malliorkinis (membre de l’équipe spéciale CoVid19 du gouvernement), selon lequel le nombre d’élèves par classe n’a pas d’influence sur la propagation du virus, une opinion qui va à l’encontre de toutes les études scientifiques connues. Ensuite, la Ministre, Mme Kerameus a affirmé que «les écoles grecques ont 17 élèves par classe en moyenne»: effectivement, s’il y a des classes de 5 élèves et d’autres de 29 élèves, la moyenne est sans doute 17. La Ministre apparemment n’est pas au courant de la situation dans la plupart des écoles des grandes villes, comme Athènes ou Thessalonique, dans lesquelles d’habitude il y a 25 ou même 30 élèves par classe.

En même temps, le port obligatoire du masque dans les écoles constitue la mesure par excellence du gouvernement contre la propagation du virus. Effectivement le masque est nécessaire, mais il est insuffisant si la distanciation sociale est impossible à observer. Observer les distances est vraiment impossible dans les écoles où il y a 25 élèves dans des classes minuscules, comme c’est le cas dans la plupart des écoles de la capitale et de grandes villes. En plus, il y a des doutes si cette mesure est efficace pour les jeunes de maternelle, si elle n’est pas accompagnée d’autres mesures.

Le Ministère n’a pas procédé à des embauches d’enseignants nécessaires pour le bon fonctionnement des écoles; tandis qu’il y a de graves manques au niveau du personnel de nettoyage et d’entretien. En pleine pandémie, au moment où la propreté et la désinfection des espaces communs des écoles devrait être la plus importante priorité du Ministère, ils se sont avérés incapables d’au moins embaucher du personnel de nettoyage!

Oui, mais on a des bouteilles !

Par contre, la Ministre de l’Education a pensé à ce que tous les élèves reçoivent des masques gratuits, même si à cause d’une erreur sur la commande, celles-ci sont d’une taille gigantesque: cela a fait le sujet de centaines de communications hilarantes sur les réseaux sociaux. Elle a aussi prévu des bouteilles d’eau pour tous les élèves, sauf que celles-ci sont minuscules et peuvent à peine contenir un verre d’eau. Ces bouteilles ont été fabriquées par une compagnie dont le propriétaire est un ami de la famille du Premier Ministre, ce qui a évidemment suscité diverses questions.

Le premier jour de la rentrée des classes est marqué par une cérémonie religieuse, qui a lieu dans toutes les écoles. Ceci est dû à la longue tradition d’implication des institutions orthodoxes dans la vie civile et politique du pays; la séparation de l’Eglise et de l’Etat fait l’objet de demande de longue date de la part de la gauche, même réformiste. Or, même le gouvernement de SYRIZA n’y est pas parvenu. Mais la plupart des prêtres soutiennent le mouvement anti-masque et se sont ainsi présentés aux écoles pour faire cette cérémonie sans en porter un; les élèves ont dû baisser le leur pour honorer la croix avec une bise, comme l’oblige la tradition. Au moins dans une école, le prêtre a été testé positif le lendemain de la rentrée.

Aucune mesure substantielle en cas de cas positifs

Au cas où un élève positif est détecté, selon les instructions du Ministère, seule sa classe doit être fermée, tandis qu’aucun tracing des contacts n’est prévu. Rien n’est prévu non plus pour les enseignants des cours spécialisés qui travaillent dans plusieurs classes ou même écoles, ce qui augmente considérablement le danger de propagation du virus. Rien n’est prévu non plus pour des classes mixtes, dans lesquelles des élèves de différentes classes sont mêlés.

Le Ministère nous rassure que tout est prêt pour lancer la procédure des cours en ligne, au cas où une classe ou une école doit fermer. Personne ne s’est par contre assuré que tous les élèves aient accès à internet, ni que tous soient en possession de l’équipement nécessaire. L’enseignement en ligne n’est pas couvert au niveau légal, ainsi les données personnelles des élèves et des enseignants ne seraient pas correctement protégées, tandis que le contrat convenu entre le gouvernement et la compagnie Cisco n’a jamais été publié. L’autorité responsable pour la protection des données de caractère personnel ne s’est toujours pas prononcée sur la question, ainsi la procédure pourrait être bloquée d’un jour à l’autre.

Les occupations des écoles et les mobilisations des écoliers

En réponse à tout ça, plus de 200 écoles étaient occupées fin septembre. La demande principale des écoliers est la diminution des élèves par classe à 15, ce qui est bien sûr lié à l’embauche d’enseignants. Une série d’autres demandes figure aussi sur la liste, liées aux mesures sanitaires qui doivent être prises pour les écoles. Le 24 septembre, les écoliers d’Athènes ont réalisé une manifestation massive au centre de la ville; les parents, les enseignants et les étudiants les ont rejoints en soutenant ces revendications.

Ces dernières semaines, les médias essaient de présenter les mobilisations des écoliers comme un mouvement contre le port du masque ou des négationnistes du CoVid19. Cela bien sûr n’est pas vrai du tout! Même si des occupations sont ponctuellement soutenues par des anti-masque, la grande majorité des occupations revendique ce qui est bien évident: aller aux cours dans une école qui ne constitue pas une bombe sanitaire.

Et comme les efforts en direction de la diffamation du mouvement n’ont pas porté leurs fruits, une autre manifestation des élèves et des enseignants le 15 octobre, à laquelle les étudiants universitaires ont aussi participé, a été brutalement réprimée par la police. Des élèves de 13 ou 14 ans ont été interpellés et menottés, comme le témoignent les photos qui ont circulé dans les réseaux sociaux en abondance. Il est évident que le gouvernement essaie de casser le mouvement des écoliers, en utilisant tous les moyens possibles, que ce soit la diffamation ou la violence.

Les dimensions massives de ce mouvement doivent être perçues comme un appel à l’action. Il faut construire des comités d’élèves à chaque école, qui à leur tour vont former des comités des districts. C’est ainsi que le mouvement pourra être coordonné au niveau national et également parvenir à avoir des contacts avec les syndicats des enseignants, les associations d’étudiants et de parents, dans le but de construire un front commun de l’éducation. La gauche devra aussi agir dans la même direction, parce que c’est le seul moyen pour le mouvement de réussir ses objectifs et de réaliser ses revendications, qui au moins dans un premier temps devraient être les suivants:

  • La diminution du nombre des élèves à 15 maximum par classes (tout en prenant en considération la taille de chaque salle);
  • Des embauches d’enseignants pour couvrir les besoins qui en découlent;
  • Des investissements en infrastructures, comme il y a toujours des écoles dont les bâtiments sont inadéquats;
  • Des tests massifs aux élèves et enseignants, c’est le seul moyen de contrôler la propagation du virus aux écoles;
  • Des embauches massives de personnel de nettoyage;
  • La création d’un service médical spécialisé pour les écoles, qui sera chargé de gérer les cas dans les écoles.

 

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