Le capitalisme met le feu à la planète, seul le socialisme peut éteindre l’incendie

Le matin du 10 septembre dernier, les Californiens de la région de San Francisco et alentours se sont réveillés dans une atmosphère aux allures d’apocalypse. Tout l’air de la ville semblait avoir pris une teinte orangeâtre. La cause : les nombreux incendies de forêt qui ont ravagé la région depuis la fin du mois d’août. Toujours non contenus entièrement au moment d’écrire ces lignes, cinq de ces incendies sont déjà classés dans le top 10 des plus grands incendies de toute l’Histoire de la Californie, pourtant habituée aux feux de forêt à cette période de l’année.

Plusieurs millions d’hectares sont partis en fumée, du jamais vu ! Mais les Californiens ne sont pas les seuls à avoir souffert du feu : leurs voisins des États de l’Oregon et de Washington au nord, ont aussi dû faire face à d’importants incendies tout au long du mois de septembre, contraignant plusieurs milliers de personnes à évacuer leurs maisons.

Une nouvelle norme

Malheureusement, de tels événements sont loin d’être marginaux, et encore moins surprenants. Depuis plus de 50 ans, les scientifiques accumulent les données démontrant la réalité du réchauffement climatique et la gravité de ses conséquences comme l’augmentation de la fréquence des incendies de forêt. Les immenses feux survenus en Australie en janvier dernier en sont un autre exemple frappant et qui ne fut occulté de l’information que par la crise du Covid-19, dans laquelle de nombreux experts voient également un symptôme de l’exploitation sauvage de la nature pour alimenter le mode de production capitaliste.

C’est un cercle vicieux : la concentration de gaz à effet de serre (CO2, méthane, etc.) augmente, ce qui fait monter la température, cause des incendies et accroît encore la quantité de CO2 dans l’atmosphère en supprimant la couverture forestière qui l’en extrayait. Et il faut encore ajouter à ça les incendies provoqués directement pour faire de la place pour l’agriculture ou l’élevage industriels intensifs (principales sources de méthane dans l’atmosphère) par les compagnies privées en Amazonie n’hésitant pas à s’approprier criminellement la terre des paysans pauvres pour en tirer toujours plus de profits.

L’impasse du capitalisme vert et le Green New Deal

Depuis peu, les avertissements des scientifiques reçoivent un nouvel écho un peu partout dans le monde, en particulier parmi les jeunes qui sont les plus sensibles à l’ampleur de la catastrophe climatique qui s’annonce. Certains politiciens bourgeois opportunistes y ont vu un créneau porteur pour leurs propres carrières. Inféodés aux intérêts économiques des grands groupes capitalistes, ils n’ont souvent rien d’autre à proposer que des solutions illusoires, comme la finance verte. Ils ne font rien pour entraver la libre circulation du capital absolument nécessaire pour exercer une pression à la baisse sur les salaires en dépit de la pollution causée par la délocalisation généralisée de la production. Tout ça, bien sûr, quand ils ne se servent pas directement de la nécessaire transition écologique comme d’un prétexte pour distribuer des aides publiques à de grands groupes privés en difficulté selon la formule bien connue : « Collectivisation des pertes, privatisation des profits ».

Le «capitalisme vert» s’adresse principalement aux travailleurs et à leurs familles. Cependant, l’idée que la modification des comportements de consommation individuelle puisse stopper le changement climatique a été réfutée lors de la pandémie de Covid-19. Malgré l’arrêt presque complet du trafic aérien et une réduction substantielle du trafic automobile, la réduction des émissions de CO2 n’a pas été suffisante pour rester en dessous de la limite de 1,5 degré de réchauffement climatique.

Aux États-Unis, des représentants politiques situés à la gauche du parti démocrate mettent en avant l’idée d’un Green New Deal, proposée initialement par la très populaire Alexandria Ocasio-Cortez. Cette proposition – qui fait référence au programme d’intervention de l’État dans l’économie de Roosevelt sous la pression des luttes ouvrières aux États-Unis dans les années ’30 – va dans le bon sens. Sa réalisation serait un grand pas en avant en comparaison de la situation actuelle sous la présidence de Donald Trump, notoirement climato-négationniste. Ce projet reste cependant critiquable sous deux rapports. Premièrement, le New Deal de Roosevelt ne fut pas imposé par « en haut », mais bien par les mobilisations massives de la classe ouvrière paupérisée par la crise et par la crainte que ces mobilisations ne menacent le système capitaliste lui-même. De plus, il ne permit jamais de relancer tout à fait l’économie qui ne sortit de l’ornière que « grâce » à la reconstruction d’après-guerre. Deuxièmement, un Green New Deal ne cherchant qu’à opérer à l’intérieur du système capitaliste existant serait rapidement mis en échec par les mécanismes du marché.

Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à observer la situation à l’origine des incendies californiens Camp Fire et Wine Fire de 2018 causés par la négligence de la compagnie Pacific Gas & Electric Company (PG&E). Celle-ci n’avait alors pas jugé utile de remplacer certaines de ses lignes à haute tension (vieilles de plus de 100 ans !) pour ne pas empiéter sur ses profits alors même qu’elle connaissait les risques depuis plusieurs dizaines d’années. En plus de la destruction de leurs conditions de vie, les habitants de la région ont, depuis, également dû subir les coupures de courant planifiées en périodes de sécheresse pour éviter à la compagnie de s’endetter. Le surcoût pour les compagnies d’assurance a finalement été compensé par une augmentation du montant des primes pour les particuliers.

Cet exemple montre qu’il n’y a rien à espérer des compagnies privées soumises aux impératifs de concurrence, de rentabilité et de profit pour aborder sérieusement le problème du réchauffement climatique et ses conséquences. Pour ça nous avons besoin d’une planification démocratique de la production et de la répartition des richesses ajustées aux besoins réels de la population.