Le 30e anniversaire de la résistance de Kanesatake

Le 11 juillet 1990, il y a trente ans, commençait l’un des plus anciens affrontements violents entre la police et les groupes autochtones au Canada. La crise d’Oka, également connue sous le nom de Résistance de Kanesatake ou Résistance mohawk à Kanesatake, a été une impasse de 78 jours entre les défenseurs des terres mohawks, la police québécoise, la GRC et l’armée canadienne. Elle s’est déroulée dans la communauté de Kanesatake, près de la ville d’Oka, sur la rive nord de Montréal. Après une décision de justice favorable aux promoteurs et à la ville d’Oka, leur donnant le feu vert pour agrandir un terrain de golf et construire des maisons en rangée sur un terrain que les Mohawks revendiquaient, adjacent au cimetière des Mohawks, ceux-ci ont érigé une barricade. La police a répondu avec force, avec des gaz lacrymogènes et des grenades à concussion. Après une fusillade de 15 minutes, la police s’est repliée, abandonnant six croiseurs et un bulldozer. Le caporal Marcel Lemay de la Sûreté du Québec (SQ), la police provinciale du Québec, a été tué. La tension a été forte pendant des semaines. Finalement, l’armée a été appelée et la manifestation a pris fin le 26 septembre 1990. Le gouvernement fédéral a acheté le terrain, le développement du terrain de golf n’a pas eu lieu, mais il n’y a pas eu de transfert de terrain aux Mohawks.

Ce n’est qu’un incident dans l’histoire du Canada où la police et l’armée ont été utilisées par l’État pour défendre les intérêts du capitalisme contre les peuples autochtones. Engels a écrit sur les « corps armés des hommes », qui maintiennent l’antagonisme de classe « dans les limites de l’ordre », mais défendent en fin de compte les intérêts de la classe dominante. Ces corps armés d’hommes et de femmes sont un élément clé de l’appareil d’État qui comprend les armées, le système juridique et les prisons. Trois ans seulement après la Confédération canadienne, le nouvel État canadien a utilisé des corps d’hommes armés pour réprimer le peuple métis dans la résistance de la rivière Rouge (1870) et à nouveau dans la résistance du Nord-Ouest en 1885. Cela s’est terminé par la pendaison du chef métis, Louis Riel, pour trahison.

Alors que les peuples autochtones ont toujours été une cible importante du capitalisme canadien, le gouvernement canadien n’a pas hésité à utiliser la police contre la classe ouvrière organisée. Lors de la grève générale de Winnipeg en 1919, une force spéciale composée de la police et de l’armée a été utilisée pour réprimer les protestations. Le 21 juin 1919, connu sous le nom de « samedi sanglant », la police montée, rejointe par des gendarmes spéciaux — engagés après que des officiers de Winnipeg aient été licenciés pour avoir refusé de dénoncer la grève — s’est alignée sur la largeur de la rue principale. La police montée et les agents spéciaux ont été rejoints par 200 agents spéciaux brandissant des massues à pied, et les grévistes ont été rassemblés dans un endroit appelé plus tard Hell’s Alley (allée de l’enfer). Winnipeg tomba sous le joug militaire pendant un certain temps, l’une des rares occupations d’une ville dans l’histoire de l’armée canadienne. Un historien, Reilly, qui a écrit sur la grève générale de Winnipeg, a déclaré : « C’est un exemple de l’État — le gouvernement canadien — qui retourne son armée et ses forces de police contre ses propres citoyens ».

Un autre exemple s’est produit il y a un peu plus de 85 ans, en juin 1935. Un millier de dockers en grève et leurs partisans se sont dirigés vers Ballantyne Pier à Vancouver, où les briseurs de grève déchargeaient les navires dans le port. Marchant derrière un drapeau de l’Union Jack, ils se rendaient en masse pour parler aux travailleurs non syndiqués, avec à leur tête Mickey O’Rourke, récipiendaire de la Victoria Cross, et un contingent d’anciens combattants de la Première Guerre mondiale.

À l’entrée de la jetée, ils ont été accueillis par le chef de police qui a dit aux manifestants qu’ils ne seraient pas autorisés à poursuivre leur chemin. Lorsqu’ils ont refusé de rebrousser chemin, les manifestants ont été attaqués à coups de matraque par la police qui gardait la jetée. Bientôt, la police provinciale de Colombie-Britannique, qui s’était cachée derrière des wagons couverts, et la GRC se sont jointes à la police de Vancouver pour poursuivre la foule en dispersion, matraquer les gens et lancer des gaz lacrymogènes. De nombreux manifestant·es ont riposté, jetant des pierres et d’autres projectiles sur la police. Au bout de trois heures, l’agression s’est terminée par l’hospitalisation de plusieurs personnes. La police a également fait une descente dans les bureaux des organisateurs communistes et du syndicat des dockers.

Ces exemples illustrent à eux seuls comment l’État utilise la police et, dans des cas extrêmes, l’armée pour protéger ses propres intérêts. Ils révèlent une vérité que les marxistes comprennent bien : la police est un instrument de l’État, créé pour défendre les classes dominantes et opprimer les travailleurs, travailleuses et les personnes marginalisées. De plus, il existe d’innombrables exemples de l’utilisation de la police par l’État pour protéger les intérêts du capitalisme. Nombreux sont ceux qui se souviennent des arrestations et des poursuites engagées contre les personnes qui protestaient contre l’oléoduc TransMountain sur la montagne de Burnaby, près de Vancouver. Plusieurs personnes ont fait de la prison pour s’être tenues pacifiquement devant les portes de Kinder Morgan où devait avoir lieu l’expansion de l’oléoduc.

On ne voit jamais la police défendre des travailleurs et travailleuses lorsque leurs emplois sont volés par les patron·es ou qu’ils luttent pour un salaire décent ou la sécurité au travail.

Le 6 février 2020, la GRC a lancé un assaut de style militaire sur le territoire traditionnel des Wet’suwet’en dans le nord-ouest de la Colombie-Britannique après que les Wet’suwet’en, menés par leurs chefs traditionnels, aient établi des camps pour revendiquer pacifiquement leur contrôle sur ce territoire, une terre qui n’a jamais été cédée par traité. Ils défendaient leurs terres et leur territoire contre le gazoduc Coastal GasLink que les gouvernements du Canada et de la Colombie-Britannique avaient approuvé pour traverser leurs terres. La GRC a bouclé la zone, refusant l’accès aux chefs des Wet’suwet’en, aux défenseurs des terres et aux médias. Ils ont utilisé des hélicoptères et des bulldozers pour imposer une injonction du tribunal qui autorise l’accès au Coastal GasLink. La police, portant ouvertement des armes, y compris des fusils d’assaut, a arrêté des dizaines de défenseurs des terres ancestrales.

Il est donc tout à fait approprié qu’à l’occasion du 30anniversaire d’Oka, les Wet’suwet’en aient lancé un appel à la solidarité. Les Wet’suwet’en ont organisé un blocus de solidarité pendant la crise d’Oka et en février de cette année, le mouvement #ShutDownCanada, avec les Mohawks qui ont répondu par un « impact massif et des appels à l’action ». La déclaration du peuple Wet’suwet’en dit : « Le changement passe par la solidarité. Une grande partie de la solidarité consiste à prendre l’initiative de défendre les autres, et à porter une partie du poids… Le 11 juillet marque le 30anniversaire d’Oka, lorsque les militaires du gouvernement canadien ont attaqué des terres autochtones non cédées afin d’ouvrir la voie au développement. Aujourd’hui, les communautés autochtones du Canada et du monde entier continuent de se battre pour défendre leurs terres contre les capitalistes dévoreurs de ressources et les gouvernements qui tentent de soumettre toute résistance à leurs intérêts ».

En tant que socialistes, nous soutenons la résistance des peuples autochtones, de la classe ouvrière organisée et de tous ceux qui se dressent contre l’État capitaliste. Nous sommes solidaires de ceux qui défendent leurs terres, leurs droits démocratiques en tant que travailleurs et qui font passer les gens et la planète avant le profit.

Leslie Kemp, Socialist Alternative (ISA au Canada)