Contre le colonialisme : le Congrès des Peuples de l’Orient (1920)

Un jour dans l’histoire de la lutte des classes

Il y a 100 ans, du 31 août au 7 septembre 1920, s’est tenu à Bakou (Azerbaïdjan), le Congrès des Peuples de l’Orient qui a rassemblé plus de 2000 délégués des peuples d’Asie1. Ce congrès, consacré pour l’essentiel à la lutte contre le colonialisme et la domination impérialiste, a été initié par l’Internationale (3e Internationale).

Le deuxième congrès de la 3e Internationale venait à peine de se tenir (août 1920) et avait notamment imposé aux partis politiques souhaitant rejoindre ses rangs «de soutenir, non en paroles mais en fait, tout mouvement d’émancipation dans les colonies, de nourrir au cœur des travailleurs du pays des sentiments véritablement fraternels vis-à-vis de la population laborieuse des colonies et des peuples opprimés, d’entretenir parmi les troupes une agitation continue contre toute oppression des peuples coloniaux.»

Dès l’ouverture du congrès, Zinoviev, envoyé de la 3e Internationale, exposa clairement l’enjeu : «Nous voulons en finir avec la domination du capital dans le monde entier. Nous sommes convaincus que nous ne pourrons abolir définitivement l’exploitation de l’homme par l’homme, que si nous allumons l’incendie révolutionnaire non seulement en Europe et en Amérique mais dans le monde entier, si nous sommes suivis par cette portion de l’humanité qui peuple l’Asie et l’Afrique.»

Organiser un tel congrès réunissant près de 2000 délégués parlant une multitude de langues différentes n’était pas une mince affaire, surtout qu’à l’époque il n’existait aucune installation moderne de traduction. Pour diriger le congrès on précéda à l’élection d’un bureau de 32 membres (16 communistes et 16 non-communistes) tous originaires de pays dominés. Chacun intervenait dans sa propre langue, le discours était traduit simultanément vers le russe, et ensuite la traduction russe était à son tour traduite vers les autres langues par des militants répartis dans les différents coins de la salle où les groupes de langue étaient rassemblés.

Sur les 2000 délégués, il n’y a que 55 femmes. La déléguée Naciye Hanim présenta le point de vue des femmes : «La lutte des femmes communistes de l’Orient sera encore plus dure, parce qu’elles auront à combattre, en plus, le despotisme de l’homme. Voici en abrégé nos principales revendications :

– Complète égalité des droits ;
– Droit pour la femme à recevoir l’instruction générale ou professionnelle dans toutes les écoles ;
– Égalité des droits de l’homme et de la femme dans le mariage. Abolition de la polygamie ;
– Admission sans réserve des femmes à tous les emplois administratifs et à toutes les fonctions législatives ;
– Organisation dans toutes les villes et villages de comité de protection des droits de la femme ;
La question du voile doit être placée au dernier plan des priorités.»

John Reed2, délégué du Parti communiste américain parla en ces termes : «L’Amérique du Nord, est habitée par dix millions de Noirs. Bien que citoyens américains, égaux en droits, les gens de couleur n’ont ni droits politiques, ni droits civils. Afin de donner un dérivatif aux revendications des ouvriers américains, leurs exploiteurs les incitent à persécuter les Noirs, provoquant ainsi sciemment une guerre de races.» Il clôturait en soulignant la nécessité de la lutte collective.

A la fin du congrès, Zinoviev déclara avec enthousiasme : «Il y a 70 ans, Karl Marx jetait un cri d’appel : Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! Nous, ses disciples, ses continuateurs, nous devons compléter cette devise et dire ; Prolétaires de tous les pays, opprimés du monde entier, unissez-vous !»

Il n’y aura pas de deuxième Congrès des peuples de l’Orient car après la mort de Lénine, Staline s’opposera à toute perspective de révolution mondiale. Zinoviev sera arrêté, jugé lors d’un procès truqué et fusillé en 1936…

Guy Van Sinoy, 

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1. Entre autres : Arabes, Arméniens, Chinois, Coréens, Géorgiens, Hindous, Ingouches, Israélites, Japonais, Koumyks, Kirghiz, Kurdes, Ossètes, Persans, Russes, Tadjiks, Tchétchènes, Turcomans, Turcs, Uzbeks.
2. John Reed, journaliste américain auteur du récit sur la Révolution russe 10 jours qui ébranlèrent le monde. Devenu militant communiste, il participe au Congrès de Bakou. Après le congrès, de retour à Moscou, il meurt du typhus le 20 octobre 1920, à l’âge de 33 ans. Les bolcheviks organisent des funérailles officielles et il est enterré sur la Place Rouge, dans la nécropole du mur du Kremlin, comme les révolutionnaires de 1917 dont il avait décrit le combat.

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