Le 1er Mai – 9. La fête internationale des travailleurs

Ce texte est tiré de la brochure de Claude Larivière Le 1er mai, fête internationale des travailleurs parue aux Éditions coopératives Albert Saint-Martin en 1975. Il s’agit d’une version corrigée de ce rare ouvrage consacré à l’histoire du 1er Mai au Québec.


C’est le congrès de fondation de la Deuxième internationale à Paris, en juillet 1889, qui décide de faire du 1er mai la fête internationale des travailleurs, en souvenir des événements de Chicago.

La situation internationale a changé depuis 1876, date de la disparition de la Première Internationale (L’Association Internationale des Travailleurs). Le mouvement ouvrier s’est développé dans tous les pays industrialisés; des partis socialistes ou sociaux-démocrates existent dans beaucoup de pays. Malgré la répression de Bismarck, par exemple, les organisations syndicales et le Parti social-démocrate allemand se développent rapidement en Allemagne. Karl Marx décédé (en 1883), c’est Friedrich Engels qui assume la continuité de l’oeuvre.

“Tant que les pays principaux ne possédaient pas encore de parti socialiste de masse et que la situation politique en Europe et en Amérique ne s’était pas encore aggravée au point de placer la question de l’organisation d’une nouvelle Internationale à l’ordre du jour, Engels déclinait toute proposition de présider à la fondation d’une nouvelle organisation prolétarienne internationale, l’estimant prématurée. Cependant, quand, tout à la fin des années 1880, la lutte s’engagea entre les ailes marxistes et opportunistes (favorisant la collaboration avec les partis bourgeois) à propos de la convocation à Paris en 1889 d’un congrès ouvrier international, et que les éléments opportunistes entreprirent des préparatifs énergétiques en vue de créer une organisation internationale, Engels, ajournant à plus de trois mois toutes ses autres occupations, déploya une intense activité en vue de faire échouer ce plan… Dans la lutte autour de la convocation du congrès international (de 1889), Engels voyait le prolongement de l’ancien conflit au sein de la Première Internationale… “L’ennemi est le même, écrivait-il, avec cette seule différence que l’étendard des anarchistes a été remplacé par celui des possibilistes (de ceux qui croient à la possibilité d’une entente avec les partis bourgeois). C’est la même vente de ces principes à la bourgeoisie contre des concessions partielles et, surtout, contre de bonnes places pour les dirigeants (membres de conseils municipaux, de la bourse du travail, etc.). Et la tactique est exactement la même”.

Ainsi, deux congrès de la Deuxième Internationale se réunirent-ils à Paris le 14 juillet 1889, cent ans exactement après le début de la Révolution française. “Le premier congrès, marxiste se réunit rue Rochechouart. En dépit du fait que les délégués étaient moins nombreux qu’au second congrès, possibiliste, il comptait tous les chefs socialistes marquants, dont Engels, Bebel, Guesde et Plekhanoff, représentants 19 pays. Il n’y a pas de doute que le congrès marxiste était le plus important des deux. Le second congrès, possibiliste, se réunit rue Lancry avec environ 600 délégués. Le double à-peu-près de ceux du congrès marxiste. Ceci principalement dû au fait que la nombreuse délégation britannique des trade-unions suivit H.M. Hyndman dans son adhésion à l’aile droite socialiste, conjointement avec 477 délégués français… Ce congrès se trouva donc dominé par les possibilistes français et les trade-unionistes anglais, tandis que les sociaux-démocrates allemands et les marxistes français formaient le noyau du congrès marxiste”.

Au congrès marxiste, le français Raymond Lavigne proposa que le 1er mai devienne l’occasion d’une manifestation internationale de solidarité ouvrière, en mémoire des martyrs de Chicago.

Voici le texte de la résolution adoptée:

“Il sera organisé une grande manifestation internationale à date fixe, de manière que, dans tous les pays et dans toutes les villes à la fois, le même jour convenu, les travailleurs mettent les pouvoirs publics en demeure de réduire légalement à 8 heures la journée de travail et d’appliquer les autres résolutions du Congrès international de Paris.

Attendu qu’une semblable manifestation a déjà été décidée pour le 1er mai 1890 par l’American Federation of Labor, à son congrès de décembre 1888 tenu à Saint-Louis, cette date est adoptée pour la manifestation internationale.

Les travailleurs des diverses nations auront à accomplir cette manifestation dans les conditions qui leur sont imposées par la situation particulière de leur pays”.

Les résolutions du congrès pour lesquelles les travailleurs du monde entier sont invités à manifester, outre la journée de 8 heures, portent sur la limitation du travail des femmes et des enfants, l’interdiction du travail de nuit, la suppression des bureaux privés de placement, la garantie d’un minimum de salaire et au moins un jour de repos par semaine.

Fin avril 1890, on retrouve quelque peu aux États-Unis le climat d’avril 1886. Le 25, par exemple, on peut lire dans les grands journaux américains que “le président Bowland, de l’Association des Charpentiers et Menuisiers d’Amérique, estime que si la réduction de la journée de travail à 8 heures, demandée par cette catégorie de travailleurs, n’est pas accordée, 100 000 de ces derniers seront en grève à partir du 1er mai”. Les déclarations de ce genre se multiplient à mesure que le 1er mai approche. Cette fois, cependant, le mouvement est organisé. Comme l’a demandé Samuel Gompers, ce sont les secteurs les plus forts qui feront la lutte pour imposer un pattern qu’il sera aisé aux autres d’endosser par la suite.

Pendant qu’en Amérique on se prépare, l’agitation se développe en France, en Espagne et en Autriche. Au Canada, plus précisément à Ottawa, 1 500 briqueteurs, tailleurs de pierre et maçons se mettent en grève. Ils ne veulent plus travailler que 9 heures par jour en touchant le salaire de 10 heures de travail. Aux États-Unis, les grèves sélectives s’avèrent assez efficaces dans certains secteurs et les manifestations se déroulent sans incident grave. Le président des charpentiers-menuisiers a révélé que 196 patrons ont cédé aux exigences ouvrières alors que seulement 15 résistaient encore. À Paris, au cours d’affrontements, 300 travailleurs sont arrêtés. Progressivement, à partir de 1890, l’habitude se répand d’un pays à l’autre à travers l’Europe, à moins que la répression n’empêche une telle pratique, comme c’est le cas en Russie et en Allemagne.

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