Préparer la lutte – faire tomber Bolsonaro et vaincre la droite néo-libérale

Pour une alternative politique dans l’intérêt des personnes travailleuses et pauvres afin de sauver des vies, sortir de la crise et reconstruire le pays sur de nouvelles bases.

Le désordre à l’étage d’au-dessus ne peut pas complètement détourner notre attention. En bas, le Brésil se dirige vers une catastrophe aux proportions historiques. La crise politique agit à la fois comme un catalyseur et un reflet du chaos social, économique et de santé publique dans lequel nous sommes en train de nous enfoncer.

Le Brésil est en train de devenir l’un des épicentres de la pandémie mondiale de coronavirus. Des projections sérieuses indiquent que nous devrions doubler le nombre de décès enregistrés en sept jours, ce qui signifie 5 000 décès supplémentaires rien que la semaine prochaine (fin mai).

L’évolution des cas de la COVID-19 au Brésil s’exprime déjà comme un scénario dramatique qui combine Milan, New York et Guayaquil.

Dans de nombreuses régions du pays, ce que nous avons déjà, c’est « l’horreur, l’horreur ». Le nombre d’enterrements quotidiens dans plusieurs capitales et grandes villes se multiplie sans que ces décès ne soient pris en compte dans les statistiques officielles sur la pandémie.

La surpopulation dans les unités de soins intensifs et le chaos dans les services hospitaliers sont déjà une réalité. Chaque jour, des centaines de décès surviennent à la maison sans aucune assistance médicale. Le système funéraire est insuffisant. Il y a des cas de corps laissés sur place pendant des jours sans être enlevés.

Les fosses communes sont utilisées dans de nombreux cimetières et pourtant il n’est pas possible de s’occuper de tous les morts. À Manaus, il y a eu des situations où des parents eux-mêmes ont dû enterrer leurs proches de leurs propres mains en raison d’un manque d’employé·es.

Le virus est un puissant allié des structures sociales inégalitaires dans la promotion d’un véritable génocide à la base de la pyramide sociale. En général, dans cette pandémie, ce sont les pauvres, les personnes noires, les populations périphériques et les habitant·es des bidonvilles qui souffriront et mourront le plus.

La mort et les souffrances indescriptibles que nous voyons aujourd’hui ne sont pas le fruit du hasard ou d’un mal inattendu qui a pris la forme d’un virus. Ils sont le résultat direct de nombreuses années de politiques néolibérales, de la précarité de l’emploi, de la réduction des dépenses publiques, de l’abandon des services de santé, du manque de logements, du manque d’investissement dans les mesures sanitaires, etc.

Ce n’est pas une coïncidence si Manaus, par exemple, vit l’un des scénarios les plus critiques de la crise sanitaire. L’année dernière, 500 médecins ont quitté la ville en raison de retards de salaires et de mauvaises conditions de travail résultant des politiques de réduction et de suppression des services publics.

La crise sanitaire et la crise économique et sociale se nourrissent l’une de l’autre. Même sans s’être complètement remis de la récession et de la stagnation de ces dernières années, nous nous enfonçons à nouveau dans le marécage d’une récession encore plus grave que la précédente.

La crise internationale du capitalisme, associée à des facteurs locaux, nous conduira à un recul historique d’un point de vue économique et social. Il en résultera du chômage et une perte massive de revenus pour des millions de travailleurs et de travailleuses. Les foules seront jetées dans une situation de pauvreté ou d’extrême pauvreté.

Il y a des coupables de cette barbarie et, oui, c’est le temps de dénoncer les responsables. Ce n’est qu’ainsi que la situation pourra être radicalement transformée et que des vies pourront être sauvées.

Bolsonaro promeut délibérément le chaos et la barbarie et tente d’en profiter pour mettre en œuvre son projet autoritaire. Mais il n’est pas le seul responsable. Sont également à blâmer tous ceux qui, pendant des années, ont fait la promotion des politiques d’accroissement des inégalités sociales et en ont profité.

Ce sont les mêmes banquiers et hommes d’affaires qui tentent aujourd’hui de se faire passer pour des philanthropes et des sympathisants dans le téléjournal national de Rede Globo. Ce sont également les gouverneurs et les parlementaires de la droite traditionnelle qui, avec Bolsonaro, ont promu les politiques de réduction des fonds du système de santé public et l’ensemble des politiques néolibérales. La justice bourgeoise aussi, qui a été de connivence avec le coup d’État institutionnel de 2016 et a légitimé les attaques contre les travailleurs.

A la veille du 1er mai, il est fondamental de crier haut et fort : pour défendre nos vies, la tâche centrale de la gauche socialiste, du mouvement ouvrier et de toutes les personnes opprimées est de renverser ce gouvernement meurtrier maintenant! Avec lui doivent tomber toute sa base de soutien et sa politique, le vice-président Mourão et tous les militaires et politiciens qui nous ont plongé·es dans cette situation de calamité.

Crise politique et divisions inter-bourgeoises
La tempête parfaite des crises combinées qui ravagent le pays ouvre des fissures et ébranle les piliers de l’ancien ordre. Tout le monde sait, les élites en particulier, qu’il n’y a pas de scénario possible de stabilité dans la période à venir. Tout le monde essaie de se préparer aux tremblements de terre à venir qui ébranleront la politique.

La crise a ouvert une nouvelle configuration politique dans le pays. Les classes dominantes et la droite (nouvelle et ancienne), qui étaient à l’offensive pour défendre leurs privilèges et leur pouvoir, tentent de s’adapter à la nouvelle situation. Mais chacun des groupes essaie à sa manière, et les divisions entre eux s’accentuent.

Une aile de la bourgeoisie brésilienne et sa représentation politique à travers la droite traditionnelle, les gouverneurs et les membres du Congrès, parient sur la tentative d’éviter une plus grande catastrophe. Ils prennent des mesures en faveur de la distanciation et de l’isolement social et appellent à une politique d’unité nationale en pleine pandémie. Mais logiquement, c’est toujours dans l’objectif de garantir leurs intérêts et leurs privilèges.

D’autre part, le gouvernement Bolsonaro et le bolsonarisme en tant que mouvement d’extrême droite prennent leur visage le plus nuisible. Isolés et en crise, ils ne peuvent que parier sur le chaos et l’agitation sociale capables de créer un environnement qui justifie la main de fer de la répression et de l’autoritarisme.

Leur rhétorique belligérante et irrationnelle trouve un écho dans une base sociale minoritaire, mais aussi féroce que réactionnaire. Une base qui pourrait avoir un impact sur des couches plus larges dans un contexte de plus grande agitation, de crise et de chaos. Ceci, bien sûr, s’il n’y a pas d’alternative de gauche capable de montrer une issue efficace du point de vue des majorités, des travailleurs et des opprimés.

Le Parti social-démocrate du Brésil, le parti démocrate et la droite traditionnelle tentent de profiter de la crise du gouvernement Bolsonaro et de ses paris politiques insouciants et risqués pour récupérer la base de soutien qu’ils ont perdue en 2018 face à la nouveauté du bolsonarisme.

Pour ce faire, ils se placent en tant que gardiens de la « démocratie » et du système politique. Mais ce sont les mêmes qui ont favorisé le coup d’État institutionnel de 2016 et qui ont systématiquement sapé les acquis démocratiques obtenus par les travailleurs et les travailleuses depuis la fin de la dictature militaire. Tout cela au nom de l’approfondissement des politiques néolibérales dans un contexte de crise capitaliste internationale.

Comme si ce n’était pas suffisant, ce sont les mêmes personnes qui font également la promotion de la criminalisation de la pauvreté et qui ont été élues avec des discours tels que « ceux qui vont au cimetière sont des criminels » et la promesse que « la police visera la tête et… tirera ».

L’unité de fer autour des contre-réformes a commencé à être minée par la gravité de la crise politique. Les divisions inter-bourgeoises ont entraîné la chute au Sénat de la Mesure provisoire qui instituait la carte de travail vert et jaune (qui impliquait notamment qu’une personne travailleuse renonçait à son droit de changer d’emploi).

La gravité de la crise a obligé le gouvernement à adopter des mesures qui nécessitent plus de dépenses publiques, dans le sens contraire des politiques ultra-néolibérales de Paulo Guedes. Les mesures de compensation sociale, comme le revenu de base d’urgence, représentent un progrès, bien qu’elles soient encore insuffisantes et inaccessibles à de nombreuses personnes dans le besoin. En même temps, le gouvernement dépense de l’argent pour aider les grandes entreprises et les banques.

Le mouvement ouvrier doit profiter de cette situation et passer à l’offensive pour défendre les droits sociaux menacés ou perdus dans la dernière période. Pour le bénéfice de la grande majorité du peuple brésilien, l’urgence sanitaire et sociale devrait impliquer l’annulation des contre-réformes adoptées dans le passé, telles que celles sur l’aide sociale, le travail, le plafond des dépenses, etc.

Sans la présence et le rôle actif du mouvement ouvrier et d’une gauche socialiste et sans un programme clair, l’issue de cette situation de crise peut être un revers majeur.

Recomposition bourgeoise et escalade autoritaire

Les scénarios possibles pour l’avenir peuvent aller dans le sens d’une recomposition bourgeoise par le haut de l’échelle, plus ou moins dans le cadre de l’ordre actuel, ou par une ligne de rupture plus explicite de l’ordre à travers une escalade autoritaire du bolsonarisme.

Dans le premier cas, cela pourrait se faire par le biais de l’ancienne droite traditionnelle rechapée, avec Doria et Maia notamment, ou avec des figures de la nouvelle droite qui s’est détachée de Bolsonaro, comme dans le cas de Sergio Moro lui-même.

Ils préfèrent parier sur l’affaiblissement et l’isolement de Bolsonaro, sur le rôle du Congrès national, des gouvernements des États et du Tribunal suprême fédéral, et sur la création d’un scénario favorable pour eux lors des élections de 2022. Mais en fonction de la réaction de Bolsonaro et de la gravité de la crise, l’option de la chute du président et d’une recomposition avec des secteurs militaires autour du vice-président Hamilton Mourão ne peut pas être écartée.

Bolsonaro ne peut tout simplement pas accepter ce scénario et il a donc décidé de prendre le chemin de de l’escalade autoritaire. Il sait qu’il n’y a pas de rapport de force aujourd’hui pour un coup d’État. En même temps, il travaille consciemment à accumuler des forces pour un contexte de crise, de chaos et de polarisation plus importants dans un avenir proche.

Un élément important pour ces deux résultats est le rôle de la direction des forces armées. L’armée a assumé une position beaucoup plus forte au sein du gouvernement, principalement par l’intermédiaire du secrétaire d’État, le général Braga Netto, et est fidèle à l’équilibre du point de vue des secteurs bourgeois.

Le rôle de l’armée aujourd’hui est celui de médiateur entre les forces en conflit au sein du gouvernement et dans les relations du gouvernement avec les autres institutions du régime. Ils essaient de contrôler Bolsonaro et en même temps de le maintenir au pouvoir, comme une façon de maintenir leur propre pouvoir.

Mais le scénario est extrêmement instable, et les forces armées ont également subi l’usure, les défaites et la pression de sa propre base. L’armée n’est pas fermée à une sortie plus autoritaire et même pas à un réalignement avec les forces de droite traditionnelles.

De toute façon, ils ont certainement un côté et ce n’est pas le nôtre. Ils ne sont pas une garantie fiable contre une sortie autoritaire, au contraire. Hamilton Mourão n’est pas, comme l’a déclaré le gouverneur du Maranhão, Flavio Dino (Parti communiste du Brésil), une voie démocratique de sortie de crise. Toute illusion à ce sujet par la gauche et le mouvement ouvrier pourrait être fatale.

Le rôle de la gauche et du mouvement ouvrier

Les divisions dans les hautes sphères de la société, à droite et à l’extrême droite, reflètent les turbulences à la base du mouvement ouvrier d’une manière directe ou indirecte. Le rôle de la gauche et du mouvement ouvrier à l’heure actuelle est de créer les conditions pour que cette agitation à la base s’exprime de manière organisée et cohérente dans la prochaine période.

La quarantaine et l’isolement social rendent très difficiles la mobilisation et la lutte des travailleurs et des travailleuses. Malgré cela, il existe plusieurs catégories et secteurs qui continuent à travailler et à faire face à des conditions précaires et à haut risque. Ces secteurs ont besoin de soutien et de solidarité pour pouvoir se battre de manière organisée. C’est le cas des travailleurs et des travailleuses de la santé, des transports, du commerce, des centres d’appels, des livreurs, etc.

De plus, dans les communautés pauvres, les périphéries et les bidonvilles, la tâche d’auto-organisation est une question de vie ou de mort en ce moment. Les mouvements des femmes et des personnes LGBTQIA+ devraient également jouer un rôle central dans la lutte contre l’augmentation de la violence domestique et les autres effets de la quarantaine et de l’aggravation de la crise.

Investir de l’énergie dans ces luttes, c’est accumuler des forces pour une sortie organisée, radicale et transformatrice avec la classe ouvrière comme protagoniste.

Mais il doit y avoir une référence politique générale pour ces luttes, un horizon clair à atteindre. Cet objectif politique est principalement motivé par la nécessité de renverser Bolsonaro et ses politiques.

Cela ne se fera pas en tendant la main à Rodrigo Maia, David Alcolumbre ou au Tribunal suprême fédéral. Ceux qui pensent que la vieille droite néolibérale traditionnelle aura le courage, la force ou la volonté politique d’aller jusqu’au bout des conséquences en affrontant Bolsonaro se trompent.

Nous sommes favorables à toute initiative visant à renverser le gouvernement, y compris les initiatives institutionnelles telles que la mise en accusation, le dépôt d’une plainte pénale, la dénonciation d’un crime électoral en cours, etc. Mais la seule possibilité qui mène effectivement à la chute de ce gouvernement est qu’il y ait une pression forte et indépendante des travailleurs et des travailleuses de tous les secteurs, à l’intérieur et à l’extérieur du système politique.

Le mouvement ouvrier indépendant doit se battre pour mener la lutte pour renverser Bolsonaro et, parallèlement, vaincre les alternatives bourgeoises et leurs politiques néolibérales.

C’est ce que nous devons nous efforcer de construire. C’est pourquoi la proposition d’une action le 1er mai, journée internationale de la lutte ouvrière, avec la présence de Rodrigo Maia, Toffoli et João Doria, représente, pour nous, l’équivalent de se tirer une balle dans le pied.

Le 1er mai serait l’occasion pour les organisations de la classe ouvrière de marquer la situation, de rejeter Bolsonaro ainsi que leur politique néolibérale, d’indiquer une voie de sortie de la crise pour la classe et de faire pression sur les institutions en accumulant des forces pour une lutte directe et de masse dans le futur.

Il faut travailler pour que la perplexité, la souffrance et le désespoir de ceux qui viennent d’en bas se transforment progressivement en rébellion. Elle peut être initialement passive ou contenue, mais elle a le potentiel d’exploser de manière ouverte, radicale et stimulante.

C’est possible d’y parvenir, mais il faudra une position ferme et claire de la gauche et du mouvement ouvrier. Dans ce processus, il est fondamental qu’une alternative des travailleurs, des travailleuses et des personnes pauvres soit forgée à chaud pour sauver des vies, sortir de la crise et reconstruire le pays sur de nouvelles bases.

Ainsi, le Brésil peut cesser de reproduire le scénario désespéré qui combine aujourd’hui la Lombardie, New York ou Guayaquil et refléter la force démontrée par les soulèvements populaires de la fin de l’année dernière en Équateur même, au Chili, en Colombie et dans la résistance populaire au coup d’État en Bolivie.

Construire cette solution de lutte radicale, de masse, démocratique, anticapitaliste et socialiste est notre tâche.

Dehors Bolsonaro, Mourão et l’agenda néolibéral !

Pour la défense de la santé, de l’emploi, des salaires, des revenus et des droits démocratiques !

Pour une alternative des travailleurs, des travailleuses et des personnes pauvres pour sauver des vies, pour sortir de la crise et reconstruire le pays sur des bases anticapitalistes et socialistes !

Par le comité national de Libertade, Socialismo e Revolução (ASI au Brésil)

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