USA : Face au capitalisme malade, un plan anti-crise socialiste

Le monde a été bouleversé. Des millions de travailleurs voient maintenant leur santé et leurs moyens de subsistance mis en danger en raison de l’épidémie mortelle de COVID-19 et de l’effondrement de l’économie capitaliste à une échelle encore plus grande que celle de la Grande Récession de 2008-9.

La pandémie et l’effondrement économique sont présentés comme le résultat d’un « acte divin » imprévisible. En réalité, les épidémies ont été multipliées par quatre au niveau mondial au cours des cinquante dernières années, principalement en raison de la destruction de l’environnement. Cette pandémie était tout à fait prévisible et, en fait, elle a été prédite par les scientifiques. Une chose qui n’était certainement pas inévitable, c’est l’absence totale de préparation.

Ce qui a vraiment été exposé aux États-Unis et en Europe, c’est l’effet dévastateur des réductions des budgets publics des soins de santé combinées à la privatisation. Le néolibéralisme, qui a massivement accru les inégalités sociales, va maintenant faire payer un tribut encore plus lourd aux masses populaires.

Si le coronavirus est le déclencheur de la crise économique, il met également en évidence l’énorme fragilité d’une économie mondiale qui était déjà au bord de la récession sans qu’aucun des problèmes sous-jacents à l’origine de la crise de 2008-2009 ne soit résolu. Aujourd’hui, Trump et les capitalistes sont contraints d’injecter des centaines de milliards dans l’économie, y compris directement dans les poches des travailleurs. Ce n’est pas parce qu’ils s’inquiètent soudainement de notre sort, mais pour sauver leur système d’un effondrement total. Leurs mesures ne feront que ralentir la crise, pas la résoudre.

C’est une crise créée à tous les niveaux par le système malade du capitalisme où les besoins de la grande majorité sont subordonnés aux diktats du profit pour les milliardaires égoïstes.

Une inaction criminelle

La Chine est maintenant présentée comme le « modèle » pour contenir le virus, mais la vérité est que le régime capitaliste d’État brutal a couvert l’étendue du problème fin décembre et début janvier tout en persécutant les travailleurs de la santé qui dénonçaient la situation. L’occasion de contenir l’épidémie au départ a donc été gâchée.

Pendant des semaines, Trump a été le pendant du comportement criminel du régime chinois en niant l’existence d’une menace quelconque et en ne faisant rien pour intensifier les tests ou préparer les soins de santé à faire face à la pandémie. Il cherche maintenant à détourner l’attention de cette inaction en attisant la xénophobie et en appelant le coronavirus le « virus chinois ». En raison de la négligence criminelle de cet égocentrique délirant, des milliers et probablement des dizaines de milliers de personnes mourront inutilement.

Trump envisage maintenant de « rouvrir l’économie » et d’exhorter les gens à reprendre le travail en avril afin d’éviter un effondrement plus profond de Wall Street. Cela va à l’encontre de l’avis quasi unilatéral des experts de la santé. En réponse à cela, au moment d’écrire ces lignes, le hashtag #NotDying4WallStreet (nous ne mourrons pas pour Wall Street) est devenu viral sur Twitter alors que les gens exprimaient leur indignation face à un système qui fait passer les profits avant la vie des gens.

Mais il n’y a pas que Trump. Les Démocrates au Congrès, ainsi qu’au niveau des États et des collectivités locales, à d’honorables exceptions près, ont été complices du maintien de ce qui se rapproche dangereusement d’un code du silence sur la véritable ampleur de la crise. Cela alors qu’au même moment, les médecins et les épidémiologistes du monde entier tiraient la sonnette d’alarme.

Même aujourd’hui, les États-Unis n’ont testé que 125 personnes par million, contre 5.000 par million en Corée du Sud qui a connu la première épidémie après la Chine et où elle a été relativement contenue, du moins pour l’instant.

Révision immédiate des soins de santé !

Des décennies de politiques capitalistes, conçues pour maximiser le profit sans se soucier des conséquences pour la société ou les travailleurs, sont responsables de l’état de vulnérabilité dans lequel nous nous trouvons aujourd’hui. Les longues chaînes d’approvisionnement et les coupes dans les hôpitaux publics nous ont laissés totalement démunis face à cette crise.

Nous sommes maintenant confrontés à une grave pénurie d’équipements de protection dans les hôpitaux, à un manque lamentable d’équipements de test et à une absence totale de préparation à cette pandémie.

– Nous exigeons que le gouvernement affecte immédiatement des ressources publiques à la production d’équipements médicaux, pour assurer des tests rapides pour l’ensemble de la population et pour doter le personnel médical et le public des équipements de protection nécessaires.
– Réouverture des hôpitaux fermés, construction immédiate de nouveaux hôpitaux pour faire face à l’afflux de patients à venir. Recrutement et formation accélérés et massifs du personnel médical. Le tout avec des droits syndicaux et de bons salaires.
– Création de cliniques médicales gratuites dans tous les quartiers. Réquisition des bâtiments vides lorsque cela est nécessaire.
– Investissements publics massifs dans la mise au point d’un vaccin. Non au plan de Trump de privatiser le vaccin. Nous avons besoin d’une entité publique pour assurer la production rapide d’un vaccin, gratuit pour tous, en toute transparence.

Assurer des conditions de travail sûres

Dans tout le pays, les travailleurs ont subi des pressions de la part de leurs patrons pour qu’ils continuent de travailler malgré l’absence totale d’équipements de protection. Les travailleurs de première ligne comme les infirmières, les caissiers de supermarché, les camionneurs, les magasiniers et les livreurs ne devraient pas avoir à compromettre leur santé afin d’aider la société et recevoir un salaire. Nous avons besoin de syndicats forts pour lutter en faveur de mesures de sécurité, de droits au travail et d’une augmentation des salaires pour les travailleurs à risque.

– Tous les travailleurs ont droit à un lieu de travail sûr. Personne ne devrait avoir à choisir entre revenu et sécurité.
– Les travailleurs ont le droit de faire grève et de refuser de travailler jusqu’à ce que la sécurité soit assurée. Nous appelons à la création de comités de travailleurs élus pour protéger les travailleurs sur leur lieu de travail.
– Non aux attaques contre les droits syndicaux ! Pas de suspension de la négociation collective ou du droit de constituer un syndicat.
– Pour une « indemnité de risque » à tous les travailleurs essentiels. Tous les travailleurs essentiels devraient être payés au moins à 150% pendant la pandémie.
– Les entreprises qui refusent de fonctionner selon ces règles devraient être prises en charge par le secteur public, avec un contrôle et une gestion démocratiques des travailleurs.

Plein salaire pour les chômeurs

– Tous les travailleurs doivent recevoir un salaire complet s’ils perdent leur emploi en raison de la pandémie ou de la récession. Cela inclut les millions de travailleurs qui sont faussement étiquetés « entrepreneurs indépendants » ou qui travaillent dans la « gig economy » (terme populaire aux USA qui désigne principalement les plateformes comme Uber ou Deliveroo).

– Tous les travailleurs sans travail rémunéré devraient avoir droit à des paiements fédéraux mensuels équivalant à un salaire de subsistance de 15 dollars de l’heure ou 600 dollars par semaine.

– Gel de tous les loyers et des hypothèques. Pour un plan d’urgence visant à loger les sans-abri.

Protéger les gens, pas les profits

Les travailleurs ne sont pas responsables de ces deux crises. Cependant, selon la logique du capitalisme, ce sont les travailleurs qui connaîtront les plus grandes difficultés, tandis que les PDG super-riches et les milliardaires, dont les politiques ont provoqué cette crise, reçoivent des billions de dollars en renflouements gouvernementaux. Et maintenant, il est révélé que des sénateurs investissaient des millions dans les stocks lorsqu’ils ont été avertis de l’ampleur de la pandémie à venir.

Les politiques néolibérales promues par les politiciens capitalistes ont saigné l’éducation publique et les services publics en général au cours des dernières décennies. Comme l’a souligné Bernie Sanders, l’absence d’un système d’assurance-maladie pour tous a laissé le public sans protection contre cette pandémie. La moitié des familles de la classe ouvrière n’ont pas les ressources nécessaires pour faire face à une urgence de 400 dollars. Ces politiciens capitalistes ne méritent rien de notre part. Nous devons être prêts à prendre des mesures décisives contre ceux qui nous ont mis dans ce pétrin.

– Soins de santé gratuits pour tous. Mettons un terme à la logique du privé dans le domaine de la médecine : propriété publique des installations médicales, de l’industrie pharmaceutique et des entreprises de dispositifs médicaux.
– Réorganisation rapide de l’industrie pour créer davantage de fournitures médicales, de masques, de désinfectants pour les mains et d’autres articles nécessaires.
– Toute entreprise cherchant à exploiter cette crise à des fins lucratives devrait être mise sous propriété publique avec gestion et contrôle démocratique des travailleurs.
– Confisquer les richesses des milliardaires avec une compensation qui ne sera accordée que sur la base d’un besoin prouvé. Utilisons ces ressources pour financer les fournitures médicales d’urgence, la nourriture et les services nécessaires à tous les travailleurs.
– Mettons fin à l’incarcération massive et à la détention inhumaine des migrants. Libération immédiatement de tous les délinquants non violents et les personnes accusées de délits mineurs. Fournissons immédiatement un espace public sûr pour héberger les sans-abri, où ils pourront avoir accès à des ressources médicales gratuites.

Le capitalisme a échoué – pour une société socialiste

Le crash de Wall Street en 2020 et les attaques contre le niveau de vie et les programmes sociaux des travailleurs sont le résultat direct de la logique du capitalisme. Nous ne pouvons pas attendre du système capitaliste qu’il fasse autre chose que de maximiser la richesse des milliardaires qui thésaurisent les ressources et cherchent à tirer profit de notre misère. Cette crise a révélé qui fait réellement fonctionner la société : les infirmières, les magasiniers, les employés des épiceries, les livreurs. Nous exigeons que les ressources de la société soient planifiées démocratiquement par ceux d’entre nous qui font tout le travail – la majorité. Cela signifie qu’il faut remettre en question le règne des milliardaires et leur retirer les leviers du pouvoir.

Cela ne peut se faire que par la propriété publique de la richesse des plus grandes banques et entreprises et par une planification démocratique de l’économie par les représentants élus de la classe ouvrière sur le lieu de travail et dans la communauté. La nécessité d’une transformation socialiste de la société n’a jamais été aussi urgente.

Nous avons besoin d’un nouveau parti pour faire face à la crise

Les travailleurs peuvent encore agir pour changer les choses ! Les pétitions en ligne, les grèves, l’organisation des lieux de travail et d’autres efforts ont suscité des concessions de la part des démocrates et des républicains aux niveaux fédéral, étatique et local. Plus nous exigeons et nous nous battons, plus ils seront obligés de céder. Dans le même temps, les directions des deux partis sont achetées et payées par la classe des milliardaires, et ils feront ce qu’il faut pour soutenir ces mêmes milliardaires qui nous ont mis dans des lieux de travail dangereux, refusent de payer leurs impôts et cherchent à profiter de notre mort et de nos souffrances.

Le Sénat a adopté un projet de loi de relance qui prévoit des paiements uniques de 1 200 $ pour la plupart des adultes et une extension importante de l’assurance chômage. Mais il comprend également un plan de sauvetage de 500 milliards de dollars pour les entreprises américaines. Dans le même temps, la Réserve fédérale affirme qu’elle est prête à injecter littéralement un billion de dollars par jour sur les marchés financiers si nécessaire.

Le gouvernement a déjà donné des billions pour soutenir Wall Street qui joue sur nos vies. Cela n’a pas empêché l’effondrement économique. La seule raison pour laquelle ils aident maintenant les travailleurs est pour essayer de soutenir l’économie capitaliste. Trump se fait passer pour un homme fort populiste, mais nous nous opposons à toute tentative de militarisation de la société ou d’attiser la haine nationaliste contre les personnes de couleur ou les immigrants. Les ennemis des travailleurs sont les milliardaires et leurs représentants des deux partis, et non les immigrés ou les travailleurs d’autres pays. Nous ne pouvons pas laisser les riches diaboliser les malades et les personnes vulnérables et laisser les milliardaires égoïstes qui ont créé cette crise s’en tirer à bon compte.

Nous devrons compter sur notre propre force, notre engagement et notre organisation pour surmonter cette crise. Le Parti démocrate a bloqué Bernie Sanders, le seul candidat ayant un programme et un mouvement qui pourrait sérieusement s’attaquer aux crises auxquelles les travailleurs sont confrontés. Le soutien du parti démocrate à Joe Biden donne à Trump l’occasion de se présenter à nouveau comme le candidat le plus anti-establishment pour faire face à cette situation. Et ce en dépit du fait qu’il ait supprimé les tests pendant des mois et qu’il ait supervisé l’imprudence capitaliste qui a intensifié cette tragédie.

– Transformons la campagne de Bernie Sanders en un mouvement de lutte contre la pandémie grâce à l’organisation en ligne, sur le lieu de travail et au sein de la communauté, afin de gagner nos revendications socialistes.
– Bernie ne devrait pas se ranger derrière le raciste, sexiste et milliardaire Biden et plutôt lancer un nouveau parti des travailleurs.
– Organisons immédiatement des conférences en ligne des partisans de Sanders afin de s’organiser ensemble pour faire face à la crise et poser les bases d’un nouveau parti par, de et pour les travailleurs sans aucun don des entreprises ou des milliardaires.
– Pour un Green New Deal qui profite aux travailleurs. Assurons que les entreprises de combustibles fossiles deviennent propriété publique pour lutter immédiatement contre le changement climatique. Embauchons et formons des dizaines de millions de travailleurs pour aider à construire une nouvelle économie démocratiquement planifiée basée sur une énergie non carbonée. Pour les gens et la planète, pas pour les profits des entreprises !

Tony Wilsdon, Socialist Alternative (ISA aux USA)