Belgique : Une réponse socialiste à la pandémie du Covid-19

La protection et la santé au travail et dans la société en général sont des questions qui préoccupent le mouvement ouvrier en premier lieu. C’est au prix de durs combats que nous avons arraché la sécurité sociale, dont l’assurance maladie. Les travailleurs ont également défendu la prévention et la protection au travail et dans leur milieu de vie. Ces derniers mois, les jeunes et les travailleurs ont milité en faveur du climat, c’est-à-dire pour la protection de la santé des personnes et de la planète. Ci-dessous, cinq propositions pour faire face à la crise.

1/ Un plan d’investissements publics drastique dans les soins de santé

Le taux de mortalité en raison du virus est de 2,6% en Italie, mais il atteint 3,9% dans les zones où les hôpitaux sont saturés. Un espace suffisant dans les hôpitaux est essentiel pour combattre le virus.

Ces dernières années, le nombre de lits d’hôpitaux a fortement diminué en Belgique. Le progrès médical a permis de réduire le nombre de lits et de faire des économies. Alors qu’en 1990, il y avait encore 46.472 lits d’hôpitaux pour les admissions en soins intensifs, ce chiffre est tombé à 34.962 lits en 2019. Si les progrès de la médecine se traduisent en diminution des infrastructures, ils risquent de se transformer en pandémie.

Après des années d’austérité, la pénurie de personnel se généralise dans le secteur des soins de santé. Un emploi dans ce secteur est peu attractif : bas salaires, pression au travail insoutenable, horaires décalés. La contestation récente dans plusieurs hôpitaux en réaction aux mauvaises conditions de travail n’est donc pas étonnante. Les patients souffrent de la politique de réduction des coûts imposée par Maggie De Block: les temps d’attente augmentent, le nombre de jours d’hospitalisation diminue, les soins et les médicaments sont de plus en plus chers.

Les économies rendent la médecine préventive moins efficace. ‘‘Mieux vaut prévenir que guérir’’, dit le dicton, mais cela n’est possible qu’avec un système de soins de santé développé. Les économies réalisées sur la sécurité sociale doivent cesser, mais il faut aller au-delà et investir davantage.

2/ Des travailleurs protégés à leur domicile avec un salaire complet et une prime de risque pour ceux qui doivent travailler

Celles et ceux qui travaillent devraient avoir librement accès aux mesures de protection telles que les masques de protection. Si les entreprises qui produisent des masques prétendent qu’il n’y a plus de stock afin de faire grimper les prix, elles doivent être placées sous le contrôle des représentants élus de la population et du personnel de l’entreprise.

Des mesures de protection sont indispensables en cas de danger sur le lieu de travail, mais il faut aussi prévoir des indemnisations. Par exemple une prime de risque pour le personnel de santé ou le personnel des transports publics, lorsqu’il y a contact avec le public et donc avec des personnes potentiellement infectées. Pour faire face à la fermeture des écoles, il faut réduire les heures de travail sans perte de salaire afin d’organiser la garde des enfants. Des recrutements supplémentaires doivent permettre d’y parvenir.

Toute personne contrainte à ne pas travailler, en quarantaine ou malade, doit être protégée des soucis financiers. La maladie elle-même est déjà assez grave ! Ceux qui ne peuvent pas travailler en raison de la crise du coronavirus doivent être entièrement indemnisés. L’augmentation de l’allocation de chômage temporaire de 65 % à 70 % du salaire est une bonne chose, mais c’est insuffisant. Le salaire complet doit être versé ou remplacé par une allocation qui correspond à 100 % du salaire. Après tout, les loyers, les hypothèques ou le coût de la vie ne diminuent pas.

Lorsque les écoles ferment, les parents doivent avoir la possibilité de s’occuper de leurs enfants à la maison, à moins qu’ils ne travaillent dans des secteurs essentiels tels que les soins ou la distribution de nourriture. Cela devrait être possible tout en conservant la totalité du salaire. Un plan doit être établi pour déterminer quels sont les secteurs essentiels et quels travailleurs peuvent être déployés à cette fin. Cela doit être fait par des comités d’experts en soins, organisés et gérés démocratiquement, par la collectivité locale et par les travailleurs du secteur concerné. Un soutien immédiat dans le secteur des soins avec un vaste programme de recrutement est nécessaire. Les personnes qui travaillent dans un secteur non essentiel et qui restent à la maison devraient également pouvoir temporairement aider le secteur des soins.

Le personnel des secteurs essentiels devrait bénéficier d’une protection suffisante offerte gratuitement. Le contrôle de cette situation ne doit pas être laissé aux politiciens, aux patrons ou aux conseils d’administration. Ce sont les travailleurs eux-mêmes qui savent le mieux ce qu’il faut faire.

Les petites entreprises ou les indépendants qui se retrouvent en difficulté à cause de cette crise doivent être indemnisés sur la base de besoins prouvés. Les travailleurs qui subissent des pertes en raison de l’annulation de vacances, de concerts ou d’autres activités doivent être indemnisés. Ce n’est pas aux travailleurs de payer pour cette crise.

3/ Le secteur pharmaceutique et d’autres secteurs clés doivent devenir propriété publique

Les entreprises pharmaceutiques cherchent chacune séparément un vaccin contre le coronavirus. Le développement d’un tel vaccin est important pour l’avenir, même s’il est peu probable qu’il y ait encore un vaccin utilisable cette année. Les différentes entreprises travaillent séparément car elles entendent transformer la percée en chiffre d’affaires pour elles-mêmes. C’est ainsi que fonctionne le secteur pharmaceutique, l’un des plus rentables au monde. Entre 2000 et 2018, 35 géants pharmaceutiques ont réalisé ensemble un bénéfice net de 1.900 milliards de dollars dans le monde ! Les marges bénéficiaires des entreprises pharmaceutiques sont bien supérieures à la moyenne, voire plus élevées que celles du secteur technologique. Des laboratoires privés proposent des tests de coronavirus à des prix exorbitants dans l’espoir de bénéficier de la crise.

Il est scandaleux que l’une des plus grandes entreprises pharmaceutiques du pays, GSK, ait annoncé au début de l’année une restructuration qui pourrait coûter des centaines d’emplois. À un moment où le développement d’un vaccin est crucial, il est tout aussi important d’utiliser au maximum les connaissances disponibles. Cela montre également qu’il est problématique de laisser ce secteur vital à la soif de profits des grands actionnaires. Notre santé compte moins que leurs dividendes.

L’ensemble du secteur doit être aux mains du public afin que les travailleurs et la population dans son ensemble puissent décider démocratiquement de de ce qui est produit et de quelle manière. Cela permettra de réduire les prix, d’éliminer les pénuries de médicaments et de rassembler les efforts pour développer de nouveaux vaccins.

4/ Transparence démocratique et planification rationnelle

Le manque de clarté, la méfiance justifiée envers les institutions établies et le sensationnalisme des médias dominants créent une certaine panique au sein de la population. Et la méfiance conduit à faire des réserves démesurées. Il est important que chacun ait accès à des informations fiables et scientifiquement fondées. Tout le contraire du fonctionnement actuel des médias. De plus, l’information ne sera considérée comme fiable que s’il y a une transparence démocratique.

Les décisions sur les mesures nécessaires doivent être prises par des structures démocratiques de travailleurs, avec des représentants du mouvement ouvrier et de la population locale en consultation avec des experts médicaux. Dans les entreprises, les Comités pour la prévention et la protection au travail (CPPT) ont un rôle à jouer : la lutte contre la propagation du coronavirus fait partie de leur domaine.

Mais il faut plus : l’ampleur de la crise rend nécessaire une approche planifiée. Dans le mouvement pour le climat, nous avons préconisé une planification rationnelle afin de permettre une réorientation de la production. Cela est nécessaire pour éviter le gaspillage, mais aussi pour réaliser une transition vers les énergies renouvelables. Il en va de même pour l’organisation de la production et de la distribution de produits vitaux tels que l’alimentation, les médicaments, les équipements de protection,… en temps de crise.

Le principe du just-in-time utilisé sous le capitalisme pour économiser sur les stocks rend la chaîne d’approvisionnement vulnérable. Les intérêts commerciaux et économiques placent la santé au second plan. Pieter Timmermans, de l’organisation patronale FEB, a commenté dans La Libre (13 mars) : « A mon avis, l’essentiel a été sauvegardé : la préservation de l’appareil de production et surtout de ceux qui travaillent dans les entreprises ». Lire : les bénéfices des actionnaires. Nous ne pouvons pas laisser l’organisation de l’économie à cette cupidité !

Afin de permettre un contrôle et une gestion démocratiques de la production et de la distribution, nous devons assurer que les leviers économiques deviennent propriétés publiques. La nationalisation de secteurs clés de l’économie sous le contrôle démocratique de la collectivité doit poser les bases d’une planification rationnelle où les ressources disponibles seront adaptées aux besoins et aux exigences de la population.

5/ Prendre l’argent là où il est

C’est LA question qui se posera au lendemain de la crise du coronavirus : qui en paiera les conséquences ? Sur fond de crise boursière, liée à une récession de l’économie réelle, les capitalistes et leur personnel politique diront que l’argent manque. Ils diront que la collectivité doit continuer à soutenir les grandes entreprises pour qu’elles puissent investir, après quoi cela se répercutera sur la population. C’est faux. Nous l’avons constaté après la crise de 2008. Les cadeaux aux capitalistes ont été augmentés, tandis que la majorité de la population a été obligée de se serrer la ceinture. En Belgique, nous avons subi un saut d’index qui a réduit nos salaires réels, une augmentation de l’âge de la pension, des économies sur la sécurité sociale, etc.

Immédiatement au début de la crise du coronavirus, les autorités ont annoncé qu’il y avait de l’argent pour les banques. Les entreprises ont obtenu, entre autres, un report du paiement de leurs cotisations à la sécurité sociale. Mais il n’est pas question de fonds supplémentaires pour nos salaires et nos soins de santé.

Si cela ne dépendait que des patrons et de leurs pantins politiques, le coût de la crise serait répercuté sur les travailleurs et leur famille. Ils nous diront qu’augmenter les salaires est impossible et qu’il faudra nous serrer la ceinture, notamment en sabrant dans la sécurité sociale. Ils vont essayer de faire passer cela pour de la solidarité. La vérité est que le tax-shift à lui seul a créé un trou de 5,8 milliards d’euros dans la sécurité sociale. Toutes sortes de systèmes de prestations extra-légales, encouragés par le gouvernement par le biais, entre autres, d’un plafond obligatoire de normes salariales, ont également créé un trou de plusieurs milliards dans la sécurité sociale. Au lieu d’investir dans une meilleure protection sociale, qui ne s’avère pas être un luxe superflu dans cette crise, des milliards ont été donnés en cadeau aux grandes entreprises. Toutes les réductions de cotisations patronales à la sécurité sociale doivent cesser immédiatement. Nous exigeons le remboursement de ce qui a été pillé et l’imposition de contributions sociales pour faire face aux besoins. C’est grâce au combat acharné de la classe ouvrière que la sécurité sociale a été instaurée pour faire face à des crises comme celles d’aujourd’hui.

Aller chercher l’argent là où il est exigera le même type de combat ! Les études d’Oxfam ont clairement illustré qu’un petit groupe richissime dispose d’une fortune sans précédent. Des milliards d’euros sont planqués dans les paradis fiscaux et des capitaux sont investis massivement dans des productions socialement inutiles, comme les dépenses militaires. Allons y chercher ce dont nous avons besoin ! Et pas en le demandant gentiment ! Nous devrons nous battre pour retirer les secteurs clés des mains des grands actionnaires et les placer sous propriété publique.

En fin de compte, pour orienter les richesses et les moyens disponibles sur la satisfaction des besoins de la majorité de la population, il faut un changement de système. Le capitalisme est un système malade, nous avons besoin d’une société différente. Nous défendons un système de contrôle et de propriété publique démocratique des moyens de production afin qu’ils puissent être utilisés dans l’intérêt de la majorité de la population, une société socialiste démocratique.

Geert Cool, Parti socialiste de lutte, ISA en Belgique