Le capitalisme australien incapable face aux feux de brousse

Le réchauffement de la planète entraîne des changements climatiques qui rendent les incendies catastrophiques de plus en plus probables. Le système capitaliste est responsable de cette crise climatique. Il est aussi à l’origine du manque de préparation du gouvernement australien en prévision de la saison des feux de brousse. Les lacunes du capitalisme ne feront qu’amplifier les dangers des changements climatiques.

Les services d’urgence ont manqué de ressources pendant la période précédant ces incendies. Cela a entraîné la perte de vies, la destruction de maisons en plus d’imposer un stress extrême aux pompiers et pompières. Une lettre signée par six chefs syndicaux des services d’urgence, envoyée au ministre des Catastrophes naturelles, indique que les équipes chargées des mesures préventives ne disposaient que du 2/3 des effectifs qu’elles auraient dû avoir.

En juin 2019, le Fire Brigade Employees Union de la Nouvelle-Galles du Sud (New South Wales, NSW) a écrit : « Il y a de nombreuses communautés en pleine croissance, en particulier dans la région de NSW, qui n’ont pas assez de pompiers professionnels. »

Le syndicat de pompiers et de pompières poursuit : « Nos camions sont vieux. Nous avons besoin de plus de matériel spécialisé, pas moins. Certaines de nos stations existantes ont désespérément besoin d’être mises à jour. Nous avons besoin d’uniformes de protection et d’équipements sûrs. Nous avons besoin de formation. Nous avons besoin de soutien après ces événements traumatisants ».

Le manque de ressources a contribué aux dommages causés par les récents incendies. En décembre, le Service d’Incendie Rural (Rural Fire Service, RFS) a retiré le matériel de lutte contre les incendies d’une ville régionale appelée Balmoral, contre la volonté du capitaine local du RFS. Peu de temps après, un incendie a détruit 10 % de la ville. Le RFS n’aurait peut-être jamais eu à prendre une telle décision s’il avait plus de matériel à disposition.

À Braidwood (NSW), le manque de ressources a conduit les gens à organiser une équipe non officielle de lutte contre les incendies. Appelée la Mongarlowe Mozzies, elle comprend des pompiers et pompières formées et fonctionne avec une organisation minutieuse. Les membres de la RFS ont reconnu le soutien vital apporté par cette équipe.

Il est clair que les services d’incendies sont sous-financés. De plus, les paiements de dédommagement aux personnes ayant perdu leur maison ont été largement critiqués comme étant « trop peu, trop tard ». Jusqu’à présent, certains paiements n’ont atteint que 1 000 $ pour des personnes ayant tout perdu.

Le gouvernement de Scott Morrison a tardivement alloué 2 milliards de dollars à la mise en place d’une agence de rétablissement après feux de brousse. Mais cette somme doit être dépensée sur deux ans. Or, les gens souffrent en ce moment, et certaines personnes n’ont aucune aide en vue.

Ce financement inadéquat est dû au fait que la richesse de la société est accaparée par les capitalistes sous forme de profit, ce qui en prive le reste de la communauté. Les capitalistes réclament des coupes dans les services publics et refusent de les financer adéquatement afin de couvrir les réductions d’impôts des grandes compagnies. C’est pourquoi le financement public est insuffisant en cas d’urgence.

Si les travailleurs et les travailleuses contrôlaient de la société, nous aurions de bien meilleures chances de préparer des réponses efficaces aux catastrophes naturelles. Le capitalisme n‘offre pas la flexibilité aux gens pour se porter volontaire, d’influencer les décisions de financement ou de planifier collectivement notre réponse aux catastrophes naturelles.

Dépendre de la charité

Le financement insuffisant a conduit à un déferlement de charité. Les gens ordinaires ont été extrêmement généreux. La comédienne Celeste Barber a lancé un appel qui, au moment où nous écrivons ces lignes, a permis de récolter plus de 50 millions de dollars auprès de plus de 1,3 million de personnes, soit un don moyen d’environ 40 $. Ce n’est qu’une des nombreuses collectes de fonds organisées. Et les contributions sont venues du monde entier.

Un don de 40 $ de la part d’une personne qui travaille, à une époque où beaucoup ont du mal à joindre les deux bouts, peut représenter un véritable sacrifice. Cela met à mal le mythe selon lequel les gens sont généralement égoïstes. Il est clair que la majorité veut s’engager et aider.

Mais le besoin en donation expose les gens ordinaires à la prédation des escrocs, qui prennent leur argent sans le transmettre là où il faut. Plus de 400 cas d’escroqueries sous couvert de charité ont été signalés jusqu’à présent.

Les dons des grandes entreprises ont été, pour la plupart, symboliques. Certaines des entreprises les plus riches d’Australie ont fait des dons à 7 chiffres. Ce serait beaucoup dans les mains d’une personne normale, mais c’est un petit montant pour une entreprise qui vaut plusieurs milliards de dollars.

Les dons des entreprises sont bien en deçà de ce qu’elles soutirent comme profits à la société. De nombreuses entreprises donatrices ont l’habitude d’éviter de payer leurs impôts, de contribuer au réchauffement climatique et de faire des dons à l’élite politique qui s’oppose à la lutte contre les changements climatiques. Leurs allègements fiscaux entraînent un sous-financement continu des services publics, y compris des services d’urgence.

Le milliardaire minier Andrew Forrest s’est engagé à faire un don de 70 millions de dollars. Mais seuls 10 millions de dollars de ce montant iront réellement aux communautés touchées. Pourtant, au départ, tout cet argent a été pris à la communauté.

60 millions de dollars iront à un service privé de pompiers et de pompières volontaires et à un effort de recherche privé pour développer des plans de lutte contre les feux de brousse. Il est fort possible que cet effort de recherche soit compromis, étant donné qu’Andrew Forrest promeut le mythe selon lequel les incendies volontaires ont été le moteur de ces feux.

Un effort démocratique et entièrement financé par l’État serait bien meilleur que celui des organisations de recherche et de bénévolat privées de Forrest. Si les plus grandes entreprises australiennes étaient prises en main par le secteur public sous le contrôle des travailleurs et des travailleuses, la richesse disponible serait bien plus importante que celle offerte par la classe dirigeante. Il ne serait pas nécessaire de dépendre de la charité.

Une alternative socialiste est nécessaire

L’indignation des gens ordinaires a poussé les grandes entreprises et le gouvernement à intervenir à la dernière minute. Les échecs époustouflants de Scott Morrison en matière de relations publiques ont servi à rappeler à la classe dirigeante qu’elle doit au moins prétendre se soucier de la population. Plusieurs éléments de la classe dirigeante, comme Forrest, ont compris devoir désormais dépenser leur argent afin de s’acheter une certaine crédibilité.

Les événements ont montré que nous ne pouvons pas dépendre de leur soutien. La catastrophe a mis en évidence l’énorme bravoure des gens ordinaires, mais aussi les terribles échecs du capitalisme. Ce système ne fonctionne pas, et nos vies sont en danger.

Les feux de brousse nous affectent d’une manière profondément viscérale, ce qui unit les gens ordinaires. Le soutien tardif du gouvernement est une réponse à la pression politique créée par les travailleurs et les travailleuses. Ces personnes ont fixé l’agenda politique de manière indirecte. Mais il n’est pas prudent d’espérer que les gouvernements passeront toujours à l’action par peur de notre indignation. Pour notre sécurité, nous devons fixer l’ordre du jour de manière plus directe.

Cela signifie qu’il faut construire un parti qui soit composé de travailleurs et de travailleuses, qui n’ait aucun lien avec les grandes entreprises et qui défende sans honte les intérêts des gens qui travaillent ainsi que ceux des écosystèmes.

Un tel parti doit s’appuyer sur les syndicats et les campagnes locales. Il doit proposer une alternative socialiste au système capitaliste. Il est clair que le capitalisme ne fait pas que ruiner nos efforts pour lutter contre les changements climatiques: il sabote également notre réponse aux catastrophes d’origine climatique.

Nous avons besoin d’un meilleur financement pour la gestion du territoire ainsi que d’un plan pour lutter contre les changements climatiques. Nous avons besoin de services d’incendie et d’urgence dotés de toutes les ressources nécessaires. Et nous devons être capables de planifier collectivement nos réponses et de les diriger démocratiquement. Nous ne pouvons y parvenir qu’en supprimant le capitalisme et en le remplaçant par un système socialiste.

Adapté de David Elliott, Socialist Action (ISA en Australie)

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