La fumée empoisonne les villes australiennes

Je me suis réveillé ce lundi avec une migraine. Après quelques instants, j’ai réalisé que je pouvais sentir la fumée du feu de brousse dans l’air de ma chambre. Beurk. Je ne pouvais pas m’échapper, c’était dans ma maison !

Dans toute Melbourne, une ville tentaculaire de près de 5 millions d’habitants, les gens ont signalé que la fumée s’infiltrait dans leurs maisons et leurs lieux de travail. Elle s’est infiltrée partout. Tous mes draps, mes serviettes et mes vêtements puent la fumée.

Les journaux affirment que 30 % des 25 millions d’habitants de l’Australie ont été touchés par la fumée toxique des feux de brousse cette saison. C’est vraiment sans précédent, ça n’a jamais été comme ça dans une saison de feux passée.

Je suis sorti et je n’ai pas pu voir le soleil, ni le ciel. Par une journée d’été normale et claire, la visibilité s’étend sur des kilomètres. Mais la brume causée par la fumée l’a réduite à quelques centaines de mètres. Les voitures circulaient avec les phares allumés au beau milieu de la journée.

Je n’ai pas revu le ciel bleu ou le soleil avant mercredi.

J’ai visité Shanghai une fois et j’ai été choqué par la brume brune et terne qui obscurcissait le ciel et enveloppait les bâtiments. C’était soudain très semblable à ce que l’on connait ici.

J’ai une compréhension beaucoup plus réelle de la situation à laquelle sont confrontés les gens ordinaires dans des villes très polluées comme Pékin ou Mumbai maintenant, et j’éprouve une extrême sympathie envers leurs habitants.

Je m’inquiétais pour ma santé en allant au travail. J’ai dû faire beaucoup de travail à l’extérieur, en marchant et en grimpant. Est-ce que je serais capable de respirer correctement ? Est-ce que je tomberais malade, ou est-ce que cela aggraverait le risque de maladies chroniques dans l’avenir ?

Le site Web de l’Autorité de protection de l’environnement a indiqué que la qualité de l’air était « très mauvaise », la deuxième plus mauvaise catégorie avant « dangereuse ». Mais les conseils donnés sur le site Web étaient très généraux et peu clairs.

Dans les jours qui ont suivi, d’autres articles ont été publiés sur les effets sur la santé, notamment sur le risque accru de démences lié à la fumée. Toutes les parties du corps sont touchées, selon un autre expert. Mais nous ne connaissons pas vraiment les effets futurs de cette exposition.

Les effets immédiats sur les gens peuvent durer plusieurs jours après le passage de la fumée. Le mardi, ma gorge et mes sinus m’ont causé des douleurs et j’ai beaucoup toussé.

Les porte-parole des services d’ambulance ont signalé un pic de personnes ayant besoin d’aide pour des problèmes respiratoires représentant 51 % de plus que la normale le lundi et plus du tiers de la normale le mardi après-midi.

Quand je suis arrivé au travail, une lettre d’un chef de la santé et de la sécurité nous informait qu’il n’était pas nécessaire de porter des masques de fumée spéciaux « P2 » ou « N95 » lorsque nous travaillions à l’extérieur. La direction nous adit qu’ils surveillaient les conditions de travail et que si nous nous sentions malades, il suffisait de parler à notre manager et de demander un avis médical. Continuez comme d’habitude, nous ont-ils dit.

Mon représentant en santé et sécurité était réticent à offrir des conseils autres que la recherche d’un traitement et de conseils médicaux si j’avais des difficultés respiratoires. Nos responsables syndicaux n’étaient pas non plus disposés à faire preuve de direction, même si les travailleurs ont le droit légal d’arrêter le travail si les conditions sont dangereuses.

Au travail, ma gorge s’est asséchée et a commencé à me démanger. J’ai senti un picotement dans mes yeux. L’air était sale et acide. Je ne pouvais pas enlever la sensation de poussière collante de ma peau, même quand je me lavais les mains. Je le sentais aussi dans mes cheveux.

Un de mes collègues m’a parlé de son expérience. Ils m’a dit que le simple fait de monter les escaliers du parking l’avait laissé à bout de souffle. Un autre collègue avait encore une voix caverneuse le jeudi.

À Canberra, la capitale, la qualité de l’air est la pire au monde depuis des jours. De nombreux bureaux du gouvernement sont fermés. À Sydney, le mois dernier, certains groupes de travailleurs ont stoppé le travail pour se protéger. Canberra, Sydney et Brisbane ont subi beaucoup plus de jours de fumée épaisse que Melbourne n’en a encore connu.

Et cela est appelé à devenir beaucoup plus fréquent et plus intense, car le réchauffement climatique alimente des feux de brousse beaucoup plus importants, plus fréquents et plus intenses. Les travailleurs se posent beaucoup de questions sur leur santé et leurs conditions de travail et de vie.

Depuis lundi, mes patrons ont concédé qu’ils fourniront des masques respiratoires anti-fumée à utiliser lorsque la qualité de l’air est jugée « dangereuse ». Mais ce n’est toujours pas suffisant. Lorsque la qualité de l’air est « mauvaise » ou « très mauvaise », il y a toujours un risque important et l’Agence pour la protection de l’environnement recommande d’éviter de se trouver à l’extérieur.

De plus, les masques respiratoires ne protègent que contre la poussière et les particules fines dans la fumée. Ils ne peuvent pas filtrer les gaz toxiques comme le monoxyde de carbone. Il est tout simplement dangereux de travailler à l’extérieur dans ces conditions.

Même à l’intérieur, la fumée s’infiltre par les fenêtres, les portes et l’air conditionné. Nous avons besoin de placer des filtres spéciaux sur l’air conditionné. Certains travailleurs de l’université de Sydney ont forcé leurs patrons à acheter des filtres portables.

Les dirigeants syndicaux doivent utiliser les lois sur la santé et la sécurité pour appeler à une action de grève massive dans toute la ville. Ils pourraient exiger et obtenir rapidement des mesures pour protéger les travailleurs contre le risque de fumée et exercer une pression énorme sur le gouvernement en ce qui concerne le financement des services d’incendie et la politique de lutte contre le réchauffement climatique.

Mais l’essentiel des dirigeants syndicaux n’ont montré aucun intérêt pour une telle action. Dans mon syndicat, ils ont détourné la pression sur les représentants individuels et locaux de la santé et de la sécurité.

Cela illustre le besoin désespéré de changer la politique syndicale et de remplacer les dirigeants actuels. Ils sont plus intéressés à maintenir la paix sociale avec les patrons et à entrer au Parlement dans l’avenir qu’à défendre notre santé et notre sécurité.

Quand je suis rentré du travail, j’avais désespérément besoin d’une douche. Je voulais enlever la fine poussière et le sable de ma peau. Je pouvais sentir qu’elle me recouvrait. J’espérais que la vapeur et l’eau purifieraient l’air dans la douche et que je pourrais obtenir un bref répit. Quand je me suis brossé les dents, l’eau et le dentifrice sont revenus noirs.

Certains dessins animés récents sur le réchauffement climatique montrent des gens « du futur » se promenant dans les villes dans des combinaisons spatiales, avec des bocaux à poisson sur la tête parce que l’air est empoisonné. Cela ne me semble plus si étrange ou si lointain. Les effets du réchauffement climatique arrivent et le besoin urgent de remplacer le système capitaliste qui en est la cause se fait sentir chaque jour davantage.

Témoignage par un membre de Socialist Action (CIO-Australie)

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